Billet de Jean-Claude Leclerc

Humanité cherche Noé pour relation à long terme

Une dame touchée par l'ouragan Harvey, à Houston, le 28 août 2017.
Une dame touchée par l'ouragan Harvey, à Houston, le 28 août 2017.   (CNS photo/Adrees Latif, Reuters)
Jean-Claude Leclerc | Chroniqueur
Chroniqueur
2017-09-01 11:37 || Monde Monde

Tenu pour un mythe venu du fond des âges, le récit biblique du Déluge serait-il en train de se réaliser? Des scientifiques, croyants ou incroyants, voient dans le changement climatique et ses manifestations actuelles l'approche d'une catastrophe planétaire. La Bible attribuait cette fameuse inondation à la perversité des humains, punis par Dieu (les espèces ne durent leur salut qu'à la présence d'un juste, Noé, et à l'arche qu'il leur bâtit). Quelques autres traditions primitives font aussi état d'un tel fléau.

On en trouve chez les Hindous, les Iraniens, les Grecs et même les Scandinaves. À vrai dire, nul n'avait alors une idée réaliste de la Terre, de ses continents et de phénomènes naturels qui, depuis toujours, ont secoué cette planète. Par contre, séismes, éruptions, crues imprévues auront inspiré de grandes peurs et contribué aux croyances: il fallait apaiser, croyait-on, des divinités par différents rituels et sacrifices.

De même, à plus d'une époque, sécheresse, famine, épidémie ont décimé des populations. Les guerres aussi auront fait d'innombrables victimes. Ainsi on leur attribue l'effondrement des civilisations précolombiennes. Si le dernier conflit mondial fut le plus dévastateur de l'histoire, il n'a pas anéanti toute vie sur la planète. Depuis Hiroshima, cependant, la prolifération d'armes atomiques fait craindre qu'advenant un autre conflit mondial, l'humanité soit réduite à l'âge de pierre.

Pour la première fois dans l'histoire, des armes de destruction massive sont déployées. Menacées d'anéantissement mutuel, les grandes puissances, il est vrai, sont parvenues à pratiquer, non sans difficulté, un «équilibre de la terreur». Aujourd'hui, ces engins risquent d'échapper à tout contrôle. Mais il y a pire. Les États pensent encore contenir les vieux conflits et les nouveaux. Or, il en va tout autrement de fléaux planétaires causés par les errements de la civilisation contemporaine.

Pendant que la communauté internationale croit pouvoir enrayer les crises écologiques, même ses membres les plus riches peinent à combattre des incendies de forêts (France, Canada), des sécheresses (Californie), des inondations urbaines (Louisiane, Texas). Washington dépensera des milliards pour relocaliser des communautés insulaires menacées d'engloutissement dans le Golfe du Mexique.

Dans le sud des États-Unis, nombre d'habitants ayant connu des tempêtes tropicales croyaient encore récemment surmonter des épreuves comme celles de la Nouvelle-Orléans, pourtant à peine remise du choc de Katrina. La dévastation de Harvey à Houston, capitale de l'Amérique pétrolière, marquera-t-elle la fin de cet optimisme? Après de graves inondations au siècle dernier, comme celles du Mississipi ou de l'Ohio River, les gouvernements répondirent en construisant partout dans le pays barrages et réservoirs.

Faudrait-il désormais entourer les villes de murs imperméables? Relier ces agglomérations par des autoroutes suspendues? Y prévoir des réserves de provisions, de médicaments et d'équipements d'appoint? A quoi bon toutes ces forteresses, si le soleil et les mers allaient encore conspirer pour faire tomber du ciel des masses de pluies. Ces déluges auraient tôt fait de paralyser services public, usines et tous ces avantages auxquels les citadins ne veulent plus renoncer.

Les sociétés modernes ont durement appris des catastrophes naturelles et des crises politiques qui les ont affligées au fil des siècles. Mais elles restent encore désarmées devant certains fléaux d'aujourd'hui. La recherche tarde à vaincre certaines maladies. Les services de sécurité se révèlent impuissants devant certaines menaces (cartels de la drogue, trafics humains, nouveaux terrorismes). Et quel pays s'est montré à la hauteur du défi posé par les migrations massives?

Les changements climatiques actuels n'ont rien des «caprices de la nature» auxquels les humains et leurs sociétés se sont habitués. Les solutions traditionnelles ne sauraient répondre aux menaces d'envergure que posent les puissants éléments de plus en plus déchaînés. On pouvait jusqu'ici évacuer un village de quelques milliers d'habitants. On ne pourra transporter même préventivement des populations urbaines de dizaines de millions de personnes. C'est l'impasse.

Mais les sociétés de consommation résistent aux mesures qui freineraient les désordres «naturels» causés par les erreurs et les abus du «modèle» de production dominant. Les pires inondations ne dissuadent pas les promoteurs de bâtir sur des terres inondables. Certes, des assureurs veulent de moins en moins couvrir les risques posés par les «accidents» de la nature. Mais ces «acts of God» n'empêchent pas les banquiers de financer des châteaux de sable que les marées vont emporter.

Bref, pour reprendre une image biblique, si ce déluge menace notre humanité, l'arche d'un Noé se fait attendre.


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