Chronique de Jocelyn Girard

Infanticides: la justice n’est pas vengeance

  (Pixabay)
Jocelyn Girard | Chroniqueur
Chroniqueur
2015-12-15 09:53 || Québec Québec

Les ossements de Cédrika Provencher, le procès de Guy Turcotte: le Québec est témoin ces jours-ci des plus récents rebondissements dans ces drames déchirants. Dans ce flot d’émotions baigné parfois de commentaires acerbes, rappelons-nous que la véritable justice est celle qui pacifie les cœurs et non celle qui cherche la vengeance.

Nous voudrions que ces histoires n’aient jamais eu lieu. Quand ça s’est passé si près de nous, ça prend une tournure nettement plus tragique. La proximité a ceci de particulier que l’événement nous atteint plus profondément. Et l’étalage de tous les détails macabres n’a pu que nous entraîner collectivement dans une sorte de délire qui n’en finit plus.

Notre désir de justice peut se confondre alors avec celui de la vengeance. «Il doit payer, l’écœurant!», «pour lui le retour de la peine de mort serait justifié!», ai-je entendu au sujet de Guy Turcotte, dont la sentence pour le meurtre de ses enfants sera connue sous peu.

Le sens de la justice

Le verdict du premier procès de Guy Turcotte avait de quoi étonner. Tant de subtilités juridiques, de terminologies spécialisées faisaient en sorte que nous n’étions pas en mesure d’en saisir la portée exacte. Si un deuxième procès a pu avoir lieu, ce n’est certes pas sur des arguments populistes, pour satisfaire un public revanchard s’exprimant massivement, ni pour le seul soulagement de la mère et ex-conjointe.

Non, notre système de justice permet de réviser les conditions qui ont conduit à un jugement et de considérer que certaines procédures ou «influences» ont pu égarer un jury, d’où la reprise.

En réalité, la justice constitue avant tout un idéal moral que toute société s’exerce à mettre en œuvre à travers ses institutions. Si elle a quelque chose d’inné, elle s’organise socialement dans la complexité et la recherche d’équilibre. Elle actualise le respect des droits et l’équité à l’égard des personnes et du bien commun, dans une recherche d’harmonie entre les humains.

La justice garantit aux individus qui respectent les lois de pouvoir user des libertés individuelles et collectives. Elle sanctionne les mauvais comportements en proportion du tort causé à autrui et à la société.

La justice est neutre, mais jamais totalement objective, car les lois sont votées en fonction des mœurs, des valeurs dominantes et de ce qui est jugé raisonnablement acceptable ou non par une culture particulière.

«Notre» justice a donc été rendue dans l’affaire Turcotte, mais elle n’apaisera que les personnes qui la cherchaient vraiment ! Toutes les autres qui avaient soif de vengeance ne s’en satisferont pas. Même le verdict le plus sévère n’aurait pas assouvi une telle soif.

À peine sortions-nous de cette affaire que la découverte d’ossements appartenant à la petite Cédrika Provencher, disparue depuis 2007, donne espoir à ceux qui espèrent que l’étau se resserrera sur le meurtrier. Sans rien enlever à la légitimité de ce souhait, il faut reconnaître que certains commentaires vont trop loin sur le sort qui attendrait le suspect une fois appréhendé.

La justice doit pacifier

Depuis toujours, l’être humain a cherché à instaurer les meilleures conditions possibles pour accomplir la justice. Les religions y ont beaucoup contribué. Nul ne peut ignorer que dans leurs expressions les plus conformes à la quête d’amour et de paix qui en sont la source, les religions ont largement appelé à cet équilibre qui permet la stabilité d’une nation par la proportionnalité des sanctions appliquées en fonction des époques.

De nombreuses voix chrétiennes, par exemple, ont contribué à éliminer la peine de mort presque partout dans le monde occidental en voyant dans la légitime défense le seul motif acceptable d’homicide. Si un bon système de justice permet aux personnes abusées, spoliées ou subissant des torts de parvenir à retrouver la paix intérieure, il doit également offrir aux contrevenants de réelles possibilités de réhabilitation. Enfin, la foi a aussi inspiré les personnes aux prises avec de grandes colères à trouver le réconfort dans le regard et la tendresse de Dieu.

La justice est aveugle. Mais le public est parfois aveuglé. En marge des affaires hautement émotives de Turcotte et de Provencher, il importe maintenant de penser aux personnes qui en ont subi les dommages. Les proches et… peut-être un peu nous tous, car nous nous sommes fait proches de ces douloureuses histoires!
En cette année où les catholiques redécouvrent la miséricorde, puissent la paix et le pardon s’installer comme une brise légère au plus profond des cœurs.

 

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