Lettre ouverte

Irais-je à l’église à Pâques?

Intérieur de la basilique Notre-Dame, à Montréal.
Intérieur de la basilique Notre-Dame, à Montréal.   (Pixabay)
2018-03-26 11:48 || Québec Québec

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les Québécois et Québécoises s’identifiaient en disant: «je suis de telle paroisse…» De nos jours, on dit j’habite le Plateau, Rosemont, HoMa, le Vieux-Québec…Il faut dire que jusqu’aux années 1960, l’Église catholique est très présente, omniprésente diront certains, dans la société québécoise.

En 2018, l’Église est malmenée et mal aimée. Bien sûr, des scandales sexuels ont fait grand bruit et contribué à noircir sa réputation, c’est indéniable. Plus largement, on constate un malaise certain à son évocation, à un point tel que de nombreux jeunes ont peur de dire publiquement qu’ils sont croyants et qu’ils pratiquent leur religion.

On pourrait s’étonner que le pape François bénéficie d’un très large capital de sympathie, voire de l’admiration de très nombreux Québécois, alors que son église est au banc des punitions…

On a célébré l’histoire de Montréal au cours des derniers mois, mais sans s’attarder trop sur le caractère quasiment mystique de cette réalisation et la contribution des religieux et religieuses. Pourquoi avoir honte et oublier notre histoire ? Nos racines et nos origines sont si importantes.

De nombreux commentateurs, notamment parmi les médias, ont vite fait de déclarer que l’Église catholique est moribonde. C’est un jugement à l’emporte-pièce qui ne reflète pas la réalité. L’institution que l’on a connue avant la révolution tranquille n’existe plus, c’est un fait. L’Église d’aujourd’hui travaille à se redéfinir, elle se réorganise différemment, pour répondre aux besoins d’aujourd’hui.

Au Québec, comme dans la plupart des pays occidentaux, il y a une grande soif de spiritualité. Notre société a connu des changements extrêmement rapides pendant plusieurs décennies ; elle doit s’y adapter. Ce n’est pas un hasard si, depuis quelques années, les hôtelleries des monastères peinent à suffire à la demande de plus en plus forte. Les gens aspirent à trouver, dans leur vie, des espaces de calme et de sérénité; ils sont tout autant à la recherche de sens et d’absolu.

Quel rôle pour l’Église dans tout ça? Notre monde va à toute vitesse, au détriment souvent des relations humaines et des vraies rencontres. En 2018, les gens vont voir les prêtres non pas pour se faire pardonner leurs péchés mais pour se confier à une personne qui est à leur écoute. Personnellement, je suis toujours surpris de voir les gens qui entrent dans les églises. Tous ne sont pas croyants, mais ils cherchent un lieu paisible pour méditer, ou simplement se détendre un moment. Nombreux sont ceux qui cherchent un espace pour rencontrer Dieu et lui confier leur vie, dans une démarche plus individuelle. Enfin, d’autres cherchent toujours à briser l’isolement et souhaitent être accompagnés pour vivre une célébration, une expérience de foi partagée, Ils sont plus nombreux qu’on ne le pense.

Oui en 2018, il y a encore des gens pour qui l’Église a un sens, pour qui elle répond à un réel besoin et d’autres qui choisissent de s’y engager. Au Grand Séminaire de Montréal, il y a présentement 17 futurs prêtres en formation, alors que le Grand Séminaire de Québec en accueille quatre (4) cette année.

Le dimanche 1er avril prochain, à l’occasion des festivités de Pâques, beaucoup de Québécois et Québécoises se rendront dans une église. Alors qu’on fêtera le jour de la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, ils y viendront pour se confier à Dieu, et pour célébrer nos traditions familiales dans lesquelles l’Église a toujours sa place.

Mon souhait pour cette fête de Pâques 2018, c’est que nous puissions faire la paix avec notre histoire et prendre conscience de l’importance de nos traditions. Surtout, je souhaite que nous puissions prendre le temps d’aller à la rencontre de ceux et celles qui sont importants et importantes dans nos vies. C’est aussi le moment de tendre la main vers ceux et celles qui vivent des moments difficiles et de les réconforter par un sourire, une poignée de main. C’est prendre le temps de rencontrer l’autre, et de rencontrer Dieu, pourquoi pas?

Sébastien Froidevaux
Directeur général
Fondation du Grand Séminaire de Montréal

 

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