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L'homélie des funérailles du père Benoît Lacroix

Le prieur provincial des dominicains, André Descôteaux, suit le cercueil de son confrère, le père Benoît Lacroix.
Le prieur provincial des dominicains, André Descôteaux, suit le cercueil de son confrère, le père Benoît Lacroix.   (Le Devoir/Jacques Nadeau)
2016-03-10 21:15 || Québec Québec

*Présence publie des textes en lien avec l'actualité. Nous reproduisons ici l'homélie prononcée par le prieur provincial des dominicains, André Descôteaux, lors des funérailles de Benoît Lacroix.

Une confidence. Ce texte de l’Évangile a été choisi à partir d’un magnifique message reçu de Sr Julie Lasnier,  prieure des moniales dominicaines de Shawinigan. Je l’invite à nous le partager.

Réflexion de soeur Julie Lasnier, o.p.            

Un grand arbre s'est écroulé dans votre jardin.
Il portait dans ses branches
une multitude d'oiseaux de toutes espèces
qui vous entouraient de leurs chants.
Le soleil jouait à travers son feuillage
et la lumière se laissait apprivoiser.
La fraîcheur qu'il vous apportait
restera sur vous
et son souffle nouveau vous rejoindra de plus loin encore.
Mais aujourd'hui l'arbre est là étendu sur le sol.
Les nuages et les vents se sont réunis
pour lui tisser un linceul et couvrir sa mort de douceur paternelle....

Merci soeur Julie. Le père Lacroix était, en effet, un géant, un homme d’exception, un grand arbre. Un grand arbre dont la cime n’a cessé de nous élever vers le beau, le vrai, le bien, vers le Très-Haut. Enraciné dans sa terre de Bellechasse arrosée par le grand fleuve. Enraciné depuis ses vingt ans dans le terreau dominicain où il dit avoir découvert non seulement la grandeur et l’importance du service de l’intelligence dans l’Église et la société, mais également le visage du Christ miséricordieux. Un arbre qui, durant toute sa vie, n’a cessé d’étendre son réseau de radicelles pour rester proche de ce qui se pensait et se créait dans notre monde et notre Église. Il fallait le voir, tôt le matin, dans notre bibliothèque, éplucher les revues, lire les articles et les recensions des ouvrages les plus récents.

Oui, un arbre élancé à la vaste ramure. Ses branches, comme chez les plus beaux feuillus, ont poussé dans toutes les directions.  Les témoignages que nous venons d’entendre nous l’ont rappelé: l’histoire, le Moyen-Âge, les religions populaires du Québec, la littérature, la quête spirituelle sous toutes ses formes, le monde des communications, et j’en passe. Il y a moins d’un mois, il était venu me voir avec son dernier ouvrage écrit en collaboration sur les nombres, oui, les nombres, les chiffres 1, 2, 3, 4. C’était le père Lacroix toujours surprenant.  Le mot «impossible» n’existait pas pour lui.

Cet arbre, comme tout arbre, savait capter la lumière, si faible fût-elle, et s’en nourrir pour ensuite la refléter afin de nous éclairer, nous guider, nous la faire aimer. Combien sont venus «faire leurs nids» dans ses branches? Et c’est ici que nous rejoignons la toute petite parabole de Jésus qui compare le Royaume de Dieu à un grand arbre où les oiseaux du ciel viennent faire leurs nids. En parlant ainsi, Jésus évoquait pour ses auditeurs cette image très ancienne du grand cèdre, proposée par les prophètes d’autrefois, Ézéchiel, Daniel, où tous et toutes, quelles que soient leurs origines, trouvaient leur  place dans le Royaume de Dieu à venir.

Tous les oiseaux quelles que soient leurs couleurs, leur taille, leur espèce avaient leur place chez lui. Tous étaient accueillis par le père Lacroix: riches, moins riches, pauvres; hommes, femmes, même si, comme il se plaisait à le dire, il avait un petit faible pour ces dernières; jeunes, gens âgés; croyants, incroyants, agnostiques. Détenir un diplôme n’était pas un critère. S’il donnait des conférences à l’Université de Montréal dans le cadre des Belles soirées, il pouvait aussi prendre son baluchon et aller parler à des personnes âgées avec son amie Jeannine Suto. Un jour, je ne pouvais présider les funérailles de la mère d’amis. À qui ai-je demandé de le faire? Devinez. On sait, il n’était pas occupé! Samedi dernier, un jeune membre de ma famille m’a demandé de prier pour un de ses grands amis dont la conjointe s’était suicidée. À qui ai-je pensé? Combien de personnes désespérées ont frappé à la porte du père Lacroix et il leur a ouvert? Combien de personnes a-t-il accompagnées pour le grand passage? Il est mort comme il a vécu : donné, en tenue de service. Je me suis souvent demandé quelle pouvait être la prière de cet homme, de ce prêtre, à qui tant de personnes venaient se confier! Ceci restera pour toujours entre lui et Dieu.

«La Parole s’est faite chair»! Ce verset central du grand début de l’Évangile de Jean était un autre de ses textes bibliques favoris. «La Parole s’est faite chair!» Eh bien, moi je dirais que la Parole de Dieu, sa Parole de miséricorde, sa Parole d’amour s’est faite chair en lui! Il a donné corps, dans sa vie, à ce grand rêve de Dieu repris par Jésus: «Je suis venu rassembler, dans l’amour, les enfants de Dieu dispersés». Pas de limites. Pas de frontières. Et comme Jésus, il n’acceptait pas que l’on restreigne l’accès aux seuls bien pensants. D’ailleurs dans l’Évangile les paroles les plus dures de Jésus sont prononcées contre ceux qui veulent empêcher une femme de mauvaise vie de baigner ses pieds de ses larmes ou qui se scandalisent de le voir partager la table des publicains, ces fonctionnaires spécialistes, à l’époque, des enveloppes brunes.

Il en était ainsi, me semble-t-il, parce que sa principale racine était ancrée profondément en celui que l’on nomme Dieu à défaut de trouver un autre nom. Il était profondément croyant, croyant en ce Dieu Amour, comme nous l’avons entendu.  L’amour est de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui, et surtout, il n’y a pas de crainte dans l’amour. Le parfait amour chasse la crainte. Et c’est ainsi que la sève de l’amour nourrissait le grand arbre que fut le P. Lacroix. Elle nourrissait jusqu’au plus petit rameau. Ainsi a-t-il été profondément humain, et toujours plus humain! L’homme de l’ouverture! L’homme de l’universel!

Vous aurez sans doute remarqué que la petite parabole de Jésus ne parle pas que du grand arbre. Elle met de l’avant la disproportion entre la petitesse de la semence et la grandeur de l’arbre.  C’est une des règles du Royaume. Ce qui est petit, simple, fragile peut surprendre et produire même un grand arbre. Dans la parabole qui suit immédiatement celle-ci, Jésus dit qu’il suffit d’un tout petit peu de levain pour faire lever toute la pâte.

Nous retrouvons ici le père Lacroix qui n’a cessé de parler de la grandeur du quotidien, de la puissance des petits gestes, de toutes ces petites semences lancées ici et là, même étendre son linge sur la corde. Tout peut être expression de l’amour. Il me semble que, quelle que soit notre croyance, si nous voulons être fidèles à l’esprit du P. Lacroix, il faut croire à la puissance, à la force de l’amour. Dans les ténèbres les plus épaisses, toujours essayer d’apercevoir une lumière, si faible soit-elle. Au cœur de toute vie, un appel à aimer et à se donner. «Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime», répétait-il souvent. Ne jamais désespérer de l’autre car, comme il le disait encore, nous sommes toujours plus grands que nos actes.

Comment un tel arbre peut-il disparaître? L’image de son ensevelissement sous la neige est certes belle, mais tout est-il fini avec sa mort? Vous savez comme moi qu’il ne pouvait se résoudre à ce que l’amour et la lumière soient engloutis pour toujours dans les ténèbres de la mort. Lui, qui nous rappelait qu’il avait étudié les grandes traditions spirituelles, il avait surtout rencontré sur son chemin, Jésus, le Christ  qui a vécu sa mort et l’a vaincue. Comme une semence, il a été jeté en terre et le troisième jour, il est ressuscité! Laissant ainsi le dernier mot non pas à la mort, mais à l’amour, à la vie, à la lumière et la liberté. Le père Lacroix s’est endormi dans cette espérance en remettant sa vie à son fidèle compagnon de route, son ami, son frère, le Ressuscité et à son Dieu.

Comme un grand arbre, le père Lacroix a donné beaucoup de beaux fruits, pleins de saveurs, pleins du goût de la vie et de l’amour. Recueillons-en les semences qui s’y cachent pour que nous aussi devenions, à notre manière, de beaux et grands arbres où les oiseaux du ciel peuvent venir faire leur nid.

«À l’horizon, toujours l’essentiel de la vie : aimer, être aimé, faire aimer l’amour, donner, prier pour…»

Amen.

fr. André Descôteaux, op
Prieur provincial

10 mars 2016


4 Commentaire(s)

Doré André || 2016-03-22 14:25:47

Quand, désormais, je pense au Père Lacroix, cette parole du moine Yves Girard ( acso ) me vient en tête : « La Vie nous devance, Elle nous informe et nous conduit jusqu`à Elle. » Le Père Lacroix était un fidèle et AMOUREUX serviteur de cette Vie. Je rends grâce à « son » Dieu qui est aussi le mien ! André Doré

Francine Lafleur || 2016-03-11 11:57:54

Pour etre accueilli au paradis nous devons redevenir de petits enfants. Pere Benoit a vécu avec son coeur d'enfant qui savait capter l'invisible et nous le transmettre il émanait de lui une douceur, une lumiere enveloppante qui réchauffait nos coeurs .

Micheline Bouchard- van lier || 2016-03-11 10:01:32

Je veux conserver ce beau texte ( homélie ) qui vraiment dépeint bien ce grand homme. je conserve également la lettre qu'il m'a écrite lors du décès de Tom. Toutes ces belles réflexions sur la vie de cet homme avec sa dimension spirituelle ne peut faire autrement que de nous inciter à nous élever également. Merci ! Meilleures salutations que j'accompagne également de mon bon souvenir.

Louise Villeneuve, Québec || 2016-03-10 23:23:50

Cette homélie se veut un vibrant témoignage de vie, à l'image du Père Lacroix. Les messages sont à la fois simples, forts et plein d'espoir comme ce qu'il nous partageait. À Dieu maintenant de l'avoir à ses côtés. Un ange de plus nous attend au ciel.

 

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