JMJ 2016: carnet d’observation

Le laboratoire JMJ

Des participants aux JMJ 2016 rassemblés à Cracovie le 26 juillet 2016.
Des participants aux JMJ 2016 rassemblés à Cracovie le 26 juillet 2016.   (CNS photo/Jaclyn Lippelmann, Catholic Standard)
Jean-Philippe Perreault | Collaboration spéciale
Collaboration spéciale
2016-07-29 18:38 || Monde Monde

Ils accueillent les voyageurs dès le carrousel à bagages avec d’immenses mains à l’effigie des Journée mondiales de la jeunesse. Dès la sortie de la zone sécurisée, quelques dizaines sont réunis et chantent, accompagnés par des musiciens. Tout autour, des bannières, des images… Tout de go, le chercheur débarque sur son terrain d’observation. Bienvenue… à l’Aéroport Jean-Paul II!

Impossible d’être à Cracovie sans être plongé dans le phénomène JMJ. Difficile de ne pas être étourdi par ces milliers de jeunes déambulant ici, là et partout: sur les trottoirs, entassés dans les trams, au coin des rues, sur les places publiques. La ville envahie par des sacs à dos, des imperméables, des drapeaux. Ils prient en petits groupes aux coins des rues. Ils se reposent et s’amusent sur les terrasses des restos. Ils chantent dans les bus.

Pour le chercheur, l’aventure des prochains jours est d’observer, de noter, de vivre, d’analyser, de comprendre la dynamique de cet événement. Un exercice que nous partagerons avec les lecteurs de Présence, à travers quelques articles sous forme de «notes de recherche».

Le laboratoire JMJ

«La JMJ, est-ce un retour à la religion chez les jeunes?» nous demande-t-on souvent. Ceux et celles qui s’intéressent au religieux le savent bien: malgré quelques fluctuations (notamment du côté français selon un sondage récent), les faibles taux de pratique religieuse, la baisse de l’intensité de l’identité chrétienne, la déculturation religieuse catholique et l’augmentation du nombre de jeunes affirmant être «sans religion» ne cessent d’être confirmés. Voilà une réalité,  un versant de la montagne. Mais il y a plus, bien plus!

La Journée mondiale de la jeunesse est un incontournable lieu d’enquête et d’analyse. Il s’agit non seulement d’un des plus grands rassemblements religieux, mais sa configuration rend possible l’observation d’un type de religiosité particulier, traversé par les rapports à l’institution, à la mondialisation, à l’événementiel, à la médiatisation, à l’individualisation et à la personnalisation des itinéraires de sens; et ce, dans des contextes où l’expression publique de la foi et la manifestation de l’appartenance religieuse sont soumises aux normes de sociétés et de cultures plus ou moins sécularisées. L’événement est concentrateur/révélateur de ce qui se trouve produit lorsque la jeunesse et l’Église catholique se rencontrent dans la culture contemporaine mondialisée.

Il nous faut donc chercher à comprendre les différentes JMJ: la JMJ telle qu’elle est vécue par les jeunes dans une diversité de manières, d’intentions et d’intensités; la JMJ de l’Église catholique et du pape François qui veut se faire proche des jeunes et de la jeunesse; la JMJ telle qu’elle est reçue et perçue dans l’espace public, ici et ailleurs.

Jean-Philippe Perreault est professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval et titulaire de la Chaire Jeunes et religions. Ses travaux s’inscrivent en sciences des religions, dans une approche sociologique. Il s’intéresse aux configurations contemporaines du religieux, au religieux dans les sociétés de consommation, à la «religion numérique», à la religiosité des grands rassemblements.


2 Commentaire(s)

Valérie Carrier || 2016-08-05 14:54:11

Réponse à Mme Fortin: Parmi les volontaires des JMJ, en tout cas, j'ai rencontré bien des jeunes impliqués à fond au quotidien tant pastoralement que socialement, comme cette jeune Américaine qui vit présentement en Inde pour aider les Sœurs de Mère Térésa et ce jeune Brésilien qui entreprend une année de bénévolat humanitaire avec quelques organismes - et ce ne sont que des exemples plus marquants. L'action et la «ritualité» n'ont pas à être en confrontation, bien au contraire. Pour ce genre de jeunes, les JMJ ne sont pas un objectif de la foi, mais une source; ils y renouvellent l’enthousiasme et la motivation dont ils ont besoin pour se donner. C'est aussi l'effet que ça a eu sur moi.

Anne Fortin || 2016-07-31 13:56:22

"L’événement est concentrateur/révélateur de ce qui se trouve produit lorsque la jeunesse et l’Église catholique se rencontrent dans la culture contemporaine mondialisée." Oui, mais lorsque c'est "une certaine jeunesse" : ce ne sont pas tous les jeunes. J'en ai rencontré en Palestine dans des lieux d'insertion et de coopération avec le peuple palestinien opprimé sous l'occupation israélienne, et pour eux, la "pieusité" ne leur dit rien. Mais ils ne sont pas médiatiques car ils travaillent dans l'ombre, ils sont dans l'action et non la ritualité. C'est peut-être la même opposition que lorsque "j'étais jeune" entre les "liturgisants" et les "engagés socialement". Dans les années 80, ces deux groupes ne se parlaient pas et s'évitaient de toutes les façons. C'est peut-être encore la même chose. Sauf qu'à l'époque, l'attention des médias -forts différents de ceux d'aujourd'hui, j'en conviens- portait sur les "engagés socialement".

 

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