Chronique 'Curiosités du passé'

Les kiosques disparus de l'exposition missionnaire de Montréal

Détail de la carte postale du kiosque de la Société des Missions-Étrangères lors de l'Exposition missionnaire à Montréal en 1942.
Détail de la carte postale du kiosque de la Société des Missions-Étrangères lors de l'Exposition missionnaire à Montréal en 1942.   (Coll. privée Présence/Imprimerie Paul)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-02-04 00:00 || Québec Québec

La chronique Curiosités du passé vise à mettre en valeur des trouvailles et des curiosités liées à l’histoire religieuse du Québec. Au fil des mois, nous vous présenterons des objets inusités, parfois rares, qui, sous des airs anodins, ont une histoire à raconter.

Sous l'illustration sépia d'une demeure chinoise qui occupe presque toute la superficie de cette carte postale ancienne, l'imprimeur a pris soin d'indiquer qu'il s'agit du Kiosque de la Société des Missions-Étrangères. À l'endos de cette carte, juste au-dessus de l'espace réservé au timbre-poste et à l'adresse, on explique qu'elle est un souvenir d'une exposition missionnaire tenue en 1942, à l'occasion du 300e anniversaire de Montréal.

(Photos coll. privée Présence/Imprimerie Paul)

Où donc a eu lieu cette exposition? Responsable du Projet Histoire au sein de la Société des Missions-Étrangères, Bertrand Roy n'a pas hésité une seconde en voyant la carte postale et son pavillon chinois. Le kiosque de sa société missionnaire, fondée en 1921 par les évêques du Québec, était l'un des quarante à faire partie de cette exposition présentée à l'intérieur de la basilique de l'Oratoire Saint-Joseph, «une basilique alors en plein chantier», rappelle-t-il.

Exact, note l'archiviste David Bureau. En 1942, durant l'année du tricentenaire de Montréal, «on a décidé de tenir cette exposition à l'intérieur de la basilique. À cette époque, la basilique de l'Oratoire avait son dôme mais c'était encore une coquille vide. Le comité organisateur disposait donc d'une salle avec une importante superficie et un très haut dégagement pour installer des kiosques de grande envergure.»

Le responsable du Centre d'archives et de documentation Roland-Gauthier de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal explique que cette exposition, qui devait durer initialement dix jours, «voulait rappeler que Montréal a été fondée par des missionnaires et que, 300 ans plus tard, ce sont des missionnaires de Montréal qui quittent maintenant leur ville pour aller répandre l'Évangile partout sur la planète».

Chaque communauté religieuse missionnaire avait préparé son kiosque promotionnel. C'était aussi le cas de la province canadienne de la Congrégation de Sainte-Croix – la communauté religieuse qui anime toujours l'Oratoire Saint-Joseph – à qui l'on a confié le diocèse de Chittagong dans ce qui deviendra le Bangladesh.

Les archives de l'Oratoire possèdent un plan de cette exposition. À l'avant de la basilique, là où se trouve aujourd'hui l'autel, les kiosques rendaient hommage aux fondateurs de Montréal. Le kiosque de la Société des Missions-Étrangères était tout juste devant, du côté gauche, jouxté au kiosque des Clercs de Saint-Viateur. Dans ce qui deviendra l'allée centrale, on avait aménagé un kiosque de vente. C'est sans doute là que les visiteurs ont pu se procurer des cartes postales comme celle présentée ici.

Un grand succès populaire

L'exposition Ville-Marie missionnaire 1642-1942 a connu un énorme succès. On estime que 225 000 personnes l'ont visitée. À titre comparatif, un musée québécois qui attire plus de 300 000 personnes pour une exposition de quelques mois de nos jours estime qu'il s'agit d'un très grand succès.

«C'était une très grosse exposition, une grosse affaire. Pour la prochaine grande exposition que connaîtra Montréal, il faut sauter en 1967, à l'Expo 67», lance Bertrand Roy. Prévue durer dix jours, du 17 au 27 septembre, l'exposition a pris fin une semaine plus tard, le dimanche 4 octobre 1942.

L'archiviste David Bureau n’est pas surpris en entendant le nombre estimé de visiteurs. Tout en rappelant qu’aujourd’hui quelque 2100 personnes peuvent prendre place dans la basilique au même moment, il consulte l'édition de novembre 1942 des Annales de Saint-Joseph – qui deviendra la revue L'Oratoire en 1944 – et lit à haute voix cet extrait.

«Dans les huit premiers jours, plus de 100 000 personnes montèrent à l'exposition, au rythme de 22 000 personnes le dimanche et de 11 000 les autres jours de la semaine. De l'avant-midi au soir, les allées s'emplissaient d'un flot mouvant qui se renouvelait sans cesse. Les visiteurs qui souvent n'avaient prévu qu'une heure pour voir l'exposition se rendaient compte que cette heure aurait à peine suffi pour examiner sérieusement chacun des kiosques et écouter les missionnaires qui s'y tenaient.»

Bertrand Roy note qu'il y a deux ans, lorsque le 375e anniversaire de Montréal fut célébré, «la dimension religieuse n'était pas très présente».

«Mais en 1942, c'était différent. On était en temps de guerre. Il y avait peu de communication avec l'étranger. On n'avait pas beaucoup de nouvelles des missionnaires mais on savait que certains étaient emprisonnés.» C'était notamment le cas des membres de la Société des Missions-Étrangères présents en Mandchourie qui, sous l'occupation japonaise, ont été condamnés à vivre un long moment - près de quatre ans - en résidence surveillée.

Où est le kiosque?

Qu'a-t-on fait de ces grands kiosques après l'événement? Les congrégations religieuses les ont-elles déposés dans leurs musées respectifs? «Je ne sais pas. Le kiosque des Sainte-Croix n'est pas à l'Oratoire. Ici, on n'a plus de traces de cette exposition, sauf des photographies, une affiche, un guide touristique et un volume souvenir avec les discours prononcés», dit David Bureau.

«Ici, il ne reste rien du kiosque», indique le missionnaire Bertrand Roy. «Ce qu'il nous reste de l'exposition missionnaire, ce sont les deux statues chinoises, des personnages mythiques, qui accueillaient les visiteurs à l'exposition missionnaire. On les a toujours dans notre musée de Pont-Viau.»

La carte postale du kiosque de la Société des Missions-Étrangères fait partie d'une série de cartes identifiées à l'imprimerie Paul. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ) possède plusieurs de ces cartes dans ses collections, mais pas celle de la Société des Missions-Étrangères. En revanche, on y découvre une carte d'un kiosque des Clercs de Saint-Viateur qui semble idententique à celui de la Société des Missions-Étrangères. Toutes ces cartes étaient monochromes, mais de couleurs variées.

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2 Commentaire(s)

Maria Cristina soto || 2019-02-09 03:39:48

Très intéressant.

Claude Gravel || 2019-02-06 13:32:49

Article bien documenté et fort intéressant. Merci.

 

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