Chronique 'Curiosités du passé'

Les représentants du Québec au 80e anniversaire de Pie XII

Sur cette photo prise en mars 1956, ces trois hommes sont à Rome pour représenter le Québec dans le cadre d’un double anniversaire: le 80e anniversaire de naissance de Pie XII ainsi que son 17e anniversaire de pontificat.
Sur cette photo prise en mars 1956, ces trois hommes sont à Rome pour représenter le Québec dans le cadre d’un double anniversaire: le 80e anniversaire de naissance de Pie XII ainsi que son 17e anniversaire de pontificat.   (Phot. inconnu/Coll. privée)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2020-02-10 21:35 || Québec Québec

Des ministres québécois qui posent fièrement aux côtés du pape Pie XII, c’était il n’y a pas si longtemps…

Sur cette photo prise en mars 1956, ces trois hommes sont à Rome pour représenter le Québec dans le cadre d’un double anniversaire: le 80e anniversaire de naissance de Pie XII ainsi que son 17e anniversaire de pontificat.

De gauche à droite, on reconnait Antonio Barrette, ministre du Travail, Pie XII, Antonio Élie, ministre d’État, et Yves Prévost, ministre des Affaires municipales.

La gestuelle des quatre hommes est un peu difficile à déchiffrer. Elie et Prévost regardent l’objectif, tandis que Barrette et Pie XII regardent ailleurs.

Les trois ministres font alors partie du gouvernement de l’Union nationale dirigé par Maurice Duplessis. Ils ne se doutaient probablement pas que, parmi leur trio, l’un deviendrait sous peu premier ministre et un autre chef de l’opposition officielle.

Quant à Pie XII, il est décédé un peu plus de deux ans plus tard.

Fidèles de l’Union nationale

Antonio Élie (1893-1968) est alors un vieux routier de l’Union nationale. D’abord député conservateur élu en 1931, il fait partie de la déferlante de l’Union nationale qui met fin à 39 ans de règne libéral en 1936. Le politicien originaire de Baie-du-Febvre sera finalement député pendant 35 ans, dont une vingtaine d’années comme ministre. La désignation «ministre d’État» désigne essentiellement un ministre sans portefeuille.

Yves Prévost (1908-1997) a été député de la circonscription de Montmorency de 1948 à 1962 sous la bannière de l’Union nationale. Avocat puis juge, il fut notamment maire de Beauport, sa ville d’origine, de 1948 à 1952. Il a présidé la Commission royale d'enquête sur l'administration de la justice en matière criminelle et pénale de 1967 à 1970, appelée «Commission Prévost».

Antonio Barrette (1899-1968) fut député de Joliette de 1936 à 1960. Son nom reste associé au poste de ministre du Travail, qu’il occupa de 1944 à 1960. Après la mort en fonction de Maurice Duplessis en 1959, puis celle, en fonction aussi, de Paul Sauvé en 1960, il devient le 18e premier ministre du Québec. Il occupa le poste un peu moins de six mois, puisque l’Union nationale fut renversée par le Parti libéral de Jean Lesage en juin 1960. Peu de temps après, sa réputation fut égratignée par des allégations de corruption, mais aucune accusation ne fut portée contre lui. Il fut ambassadeur en Grèce pour le Canada de 1963 à 1966.

Voyage à Rome

Maurice Duplessis choisit donc des politiciens d’expérience, fidèles au parti, pour aller représenter le Québec à Rome. Mais ce choix n’était pas qu’un bonbon politique pour loyaux services.

«M. Barrette représentera l'élément ouvrier de la province; M. Prévost, les divers corps publics et M. Élie les cultivateurs. Les trois ministres, qui seront absents environ trois semaines, voyageront par avion. Ils quitteront l'aéroport de Dorval, mercredi», expliquait un texte de la Presse canadienne publié dans La Tribune du 7 mars 1956. Ce 7 mars était justement le mercredi évoqué dans le texte.

Les fêtes pour Pie XII se tenaient quelques jours plus tard, soit le dimanche 11 mars. En plus des trois ministres, l’archevêque de Québec, Maurice Roy, était aussi invité à y prendre part en tant que primat du Canada.

Saint Grégoire

Mais un détail particulier retient l’attention sur cette photo. Il s’agit des décorations que portent les trois politiciens. En effet, lors de leur mission diplomatique, ils ont été faits commandeurs avec plaque de l’Ordre de Saint-Grégoire le Grand.

On voit bien que les trois ministres portent la croix autour du cou et la plaque sur la poitrine.

Il s’agit de l’un des ordres pontificaux qui existent encore aujourd’hui. Il a été créé en 1831 par le pape Grégoire XVI. Une effigie de saint Grégoire est accompagnée à l’envers de la devise Pro Deo et Principe, ce qui signifie littéralement «pour Dieu et le prince». Les rubans sont bicolores, rouge et or. L’ordre comprend quatre classes: chevalier, commandeur, commandeur avec plaque et grand-croix, le titre le plus élevé.

Cette reconnaissance est surtout attribuée à des hommes ou des femmes pour leur soutien à l’Église ou au Saint-Siège, ou à des gens qui ont accompli des œuvres exceptionnelles et qui jouissent de la reconnaissance de leur communauté.

«Les trois ministres québécois ont été faits commandeurs avec plaque de l ’Ordre de Saint-Grégoire», précise le journal L’Action catholique dans son édition du 20 mars 1956.

Le journal ajoute également que l’ambassadeur du Canada en Italie, Pierre Dupuy, a été décoré de la grande croix de l’Ordre équestre de Saint-Sylvestre et qu’une grande réception réunissant plusieurs dignitaires a eu lieu au Collège canadien à Rome pour souligner le 80e anniversaire de naissance de Pie XII.

Et au cas où vous vous poseriez la question: oui, il existe un marché de la revente pour les décorations pontificales liées à un ordre comme celui de Saint-Grégoire. Les croix seules s’envolent habituellement pour plus de 500 $. Pour une plaque, les prix peuvent avoisiner les 1000 $. Un ensemble en bon état dans ses écrins d’origine peut valoir plusieurs milliers de dollars.

Moins clinquant, l’endos de la photo comprend quelques informations, dont le lieu et la date: «ROME, mars 1956».

«Souvenir de ma mission officielle à Rome le 11 mars 1956, à titre de représentant de la Province de Québec, aux fêtes marquant de glorieux anniversaires pour Sa Sainteté Pie XII», y lit-on.

La photo est signée de la main du ministre Yves Prévost.

Et si vous observez bien l’endos, vous découvrirez aussi qu’elle coûtait 3 $ dans une brocante…

C’est nettement moins que des bijoux d’ordres pontificaux, ce qui n’empêche pas d’apprécier la richesse des petites anecdotes de notre histoire religieuse.

***

 

 

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