Éric Laliberté

LETTRE OUVERTE. L’essentiel précède toute spiritualité!

«La spiritualité ne peut advenir que lorsque l’humain a mangé, est vêtu, sécurisé, accueilli, aimé et reconnu. Pas avant!», écrit l'auteur.
«La spiritualité ne peut advenir que lorsque l’humain a mangé, est vêtu, sécurisé, accueilli, aimé et reconnu. Pas avant!», écrit l'auteur.   (P. Vaillancourt)
2020-03-30 14:40 || Québec Québec

(En réponse à la chronique de Jocelyn Girard: Spiritualité: service non-essentiel au Québec?)

La spiritualité n’est pas un besoin essentiel! L’essentiel est ce qui conduit à la spiritualité. Il est donc primordial de se rappeler que dans l’ordre des besoins, tels qu’ils furent réfléchis et développés à la suite de Maslow, la spiritualité n’est pas à la base des besoins, mais constitue l’aboutissement d’un cheminement. La spiritualité ne peut advenir que lorsque l’humain a mangé, est vêtu, sécurisé, accueilli, aimé et reconnu. Pas avant!

La spiritualité est l’aboutissement d’un cheminement incarné. Elle passe par tout le corps. Et, toujours selon Maslow, celle-ci ne relève pas des besoins carencés (besoins essentiels à la vie) que sont les besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance et de reconnaissance. Par exemple, je ne pourrai jamais dire: «Aujourd’hui, je mangerai tellement que je n’aurai plus jamais faim.» La spiritualité, en revanche, relève du besoin d’épanouissement; des besoins qui se satisfont en eux-mêmes. Elle se situe sur le même plan que la créativité, le désir d’apprendre et de découvrir. Ces besoins laissent un sentiment de satiété durable qui s’apparente à la joie durable à la base du discernement ignatien. Notez en passant que l’acte créateur se situe-là aussi, il ne relève pas de l’essentiel, mais en est l’aboutissement. L’essentiel étant de vivre.

Pour en arriver-là, l’humain aura besoin d’être nourri physiquement et émotivement. Car celui ou celle qui a faim, qui a peur ou qui est rejeté goûtera difficilement les fruits d’une spiritualité libératrice, alors qu’il est préoccupé par des besoins vitaux. Et c’est normal, il en va de sa vie!

Qui n’a pu expérimenter, goûter les fruits de la spiritualité, n’aura pas le même rapport à la nourriture, au risque ou à l’autre. Seuls les bienheureux – les passionnés de toutes sortes – ont pu expérimenter ce moment d’extase où, pleinement pris par leur activité créatrice, spirituelle ou exploratrice, ils en ont oublié de manger, de dormir, de s’habiller et ont osé prendre des risques. Parvenu à cet état d’être, solitude et souffrance ne s’éprouvent plus de la même façon. L’expérience spirituelle conduit à relativiser, transformer, les rapports aux besoins carencés.

La spiritualité, tout comme l’art ou le désir d’apprendre ne surviennent donc que lorsque l’humain atteint un équilibre au niveau de ses besoins essentiels. C’est l’idée derrière le club des petits-déjeuners, un enfant ne peut apprendre le ventre vide. C’est l’idée derrière les soupes populaires, derrières les groupes de soutien psychologique, derrière les clubs sociaux. Soutenir dans les besoins essentiels permet à chacun d’atteindre le lieu de son épanouissement.

Ainsi, quand une catastrophe survient, il n’est pas question de spiritualité, mais de chercher un filet de secours là où il semble ne plus rien y avoir rien de solide pour s’appuyer. Ne sachant plus vers quoi se tourner, une force au-delà de toute espérance est implorée pour ramener à soi la possibilité de survivre à une difficulté: qu’elle soit de l’ordre du deuil, de la maladie ou autre. L’individu qui se situe là est toujours dans un débat de survivance, nullement dans une spiritualité. Il ne faut pas confondre. Ce que cet individu recherche vise, encore et toujours, à être entendu dans sa détresse. Reconnu comme souffrant dans son corps. Les prophètes crient leur souffrance dans l’espoir d’être entendus. Car il en va du salut de celui qui entend, tout comme de celui qui est entendu. La spiritualité surgit de cet «entendre», reconnaissant et compatissant. Touché dans sa chair.

L’essentiel précède toute spiritualité. Pour y accéder, il est nécessaire de revenir à la base des besoins humains en accueillant l’autre dans toute sa souffrance. Il faut revenir à: nourrir, vêtir, sécuriser, écouter, aimer, reconnaitre. Ce passage de l’évangile: «Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les mien…» rappelle que, lorsque nous aurons fait tout cela, nous aurons permis à une personne de s’épanouir. Alors après, seulement après que cela aura été donné, la spiritualité pourra advenir. Et, à son tour, cette personne pourra donner librement.

En ce moment, il parait particulièrement important de rassurer et de se faire présence, de soutenir dans l’adversité. Nul besoin de ritualiser. La spiritualité viendra du fait que les besoins essentiels auront été nourris.

Éric Laliberté
Doctorant en théologie, Université Laval

 

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