Billet de Sabrina Di Matteo

Pour une réforme de l’écoute

Pour l'auteur, tout changement de ton ou d'approche sur des enjeux sensibles doit d'abord passer par l'écoute.
Pour l'auteur, tout changement de ton ou d'approche sur des enjeux sensibles doit d'abord passer par l'écoute.   (Pixabay)
Sabrina Di Matteo | Chroniqueuse
Chroniqueuse
2017-10-10 23:00 || Monde Monde

«Ecclesia semper reformanda.»

Cette expression latine est associée à l’époque de la Réforme protestante et de la Contre-Réforme catholique qui s’ensuivit. Cinq siècles plus tard, l’Église catholique se veut plus missionnaire dans la société et envers les personnes qui se sont éloignées d’une pratique de foi institutionnalisée. Cependant, la majorité éloignée attend sans doute des réformes avant de renouveler son intérêt pour l’Église.

Plusieurs débats récents pointent des sujets sensibles où le désir de réforme des uns (même des croyants engagés) est confronté à l’envie de maintenir des doctrines et des visions dites traditionnelles. Un exemple: les questions autour de l’identité de genre. Entre arguments pour ou contre la détermination biologique, la construction sociale et les droits des personnes transgenres, l’Église affirme la différenciation sexuelle des hommes et des femmes comme un «plan de Dieu», allant de pair avec le mariage entre un homme et une femme. Encore récemment, le pape François tenait des propos fermes à ce sujet.

Quel effet a un tel discours de l’Église sur une personne homosexuelle, queer ou transgenre? Si cette dernière est incroyante, peut-être que l’Église et sa doctrine restent impertinentes et sans effet, hormis celui de consolider l’éloignement. Et si toutefois une personne de la communauté LGBTQ est croyante et désire vivre sa foi de façon assumée, voire remplir un rôle de parrain ou marraine, ce genre de discours et de débat crée-t-il un sentiment d’inclusion ou de mépris?

La question se pose: l’Église catholique fait-elle assez pour accompagner les personnes LGBTQ qui veulent vivre leur foi sans cacher leur identité sexuelle?

Si la fameuse parole du pape François «Qui suis-je pour juger?» a agréablement surpris les tenants d’une Église plus inclusive, elle ne dessine pas pour autant un programme pastoral. Les remous causés ces derniers temps par l’annulation de conférences universitaires du populaire jésuite américain James Martin ont montré encore une fois la virulence entre les camps progressistes et conservateurs dont le web, notamment, est le sombre théâtre. Or, que propose vraiment le père Martin? Des mariages catholiques pour les couples homosexuels? Aucunement. Il invite simplement à développer des lieux d’écoute et d’échange, pour bâtir des ponts entre la communauté LGBTQ et l’Église. Une façon concrète de vivre le dialogue, l’accompagnement et la réconciliation.

Un autre débat ecclésial qui dure depuis des mois concerne l’accès aux sacrements pour les personnes divorcées et remariées civilement. L’exhortation apostolique Amoris laetitia, dans une assez subtile note de bas de page (no 351), semble offrir la possibilité aux évêques de discerner au cas par cas de l’admission des couples à la communion eucharistique. D’une pierre deux coups, la décentralisation et la conscience s’en trouvent valorisées plus que l’autorité magistérielle et doctrinale.

Pendant que des cardinaux déchirent leur soutane en demandant au pape de s’expliquer, sans parler des altercations dans les fils de commentaires des réseaux sociaux, je me demande tout bonnement: est-ce que dans tout ce vacarme, on écoute les personnes concernées?

Qui écoute les divorcés-remariés qui souffrent déjà d’être exclus de la communion ou qui sont déjà si désillusionnés qu’ils ont doucement fermé la porte de l’Église? Qui écoute les personnes LGBTQ qui veulent parler de leur cheminement de foi sans être réprimandées? Dans cette Église, y aurait-t-il des bergers qui crient si fort et qui abusent de la houlette au point où ils contribuent à chasser les brebis eux-mêmes?

Si l’Église veut vivre un tournant missionnaire qui ne soit pas qu’une belle promesse, le véritable enjeu se doit d’être l’écoute.

Elle doit savoir créer des espaces et des opportunités pour entendre ce que vivent les personnes, peu importe leur situation de vie. Tout en se distançant des discours aliénants, ne pourrait-elle pas reconnaître comme un «don de Dieu» l’expérience des personnes qui ne vivent pas un cheminement ou une foi selon ses normes?

En position missionnaire, l’Église catholique a mis en place depuis plusieurs mois un énorme processus de consultation mondial auprès de la jeunesse, croyante et incroyante, en vue de son prochain synode sur les jeunes, la foi et les vocations. Il se trouve que cette génération montante est celle dans laquelle les situations les moins normatives sont répandues: identification plus grande à la communauté LGBTQ, vie commune sans mariage, sexualité libre, phénomènes de radicalisation… mais aussi, quête de sens, soif de spiritualité en tout genre, amitiés et amours interreligieux.

En voilà une belle occasion d’écouter.

 

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