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Lettre ouverte

Quelle attitude adopter face aux menaces contre la liberté religieuse?

Une chrétienne indienne prie dans un cimetière de Bhopal, en Inde, le 2 novembre 2017.
Une chrétienne indienne prie dans un cimetière de Bhopal, en Inde, le 2 novembre 2017.   (CNS photo/Sanjeev Gupta, EPA)
2018-02-09 16:14 || Monde Monde

Force est de constater qu’au niveau des libertés religieuses, plusieurs situations préoccupent au Canada, qu’il s’agisse de la liberté de conscience mise à l’épreuve avec des dossiers d’aide médicale à mourir ou des changement apportés au programme d’Emplois d’été Canada. Le tout dans un contexte où la religion est de plus en plus vue comme un facteur de division plutôt que de cohésion sociale.

La nouvelle disposition du programme d’emplois pour étudiants du Canada qui obligerait les organismes religieux qui désireraient s’en prévaloir à aller contre leur conscience est préoccupante. Dans une déclaration interreligieuse, nombre de leaders dénoncent – avec raison – une atteinte aux «libertés fondamentales de conscience et de religion, de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression», lesquelles sont pourtant garanties par la Charte canadienne des droits et libertés. «Le respect pour la diversité de croyances de tous les Canadiens et Canadiennes ainsi que des relations valables avec ceux et celles qui professent des croyances différentes sont essentiels au maintien d’une démocratie solide.»

L’Article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations-Unies, dont le Canada est signataire, rappelle également cette inviolabilité. Alors, est-ce possible que la liberté religieuse ne soit plus vue comme un droit, mais seulement comme un élément qui devrait, éventuellement, se plier à la majorité?

Parallèlement, la montée en force des groupes terroristes qui se revendiquent de l’islam, et qui ont saccagé de grandes régions du Moyen-Orient et de l’Afrique, a eu comme effet d’ouvrir la porte aux amalgames les plus pernicieux, alors que plusieurs de nos concitoyens craignent leurs voisins musulmans. L’islamophobie a atteint son paroxysme lors de la tuerie survenue au Centre culturel islamique de Québec l’an dernier.

Comment réagir comme chrétiens? Quelle attitude adopter face à ces menaces variées contre la liberté religieuse?

Dialoguer, réconcilier, accueillir

Au Canada, nous avons la chance d’avoir un système de justice solide. Les cas de discriminations peuvent être portés à l’attention de l’opinion publique et ultimement, des tribunaux.

Mais en amont de ces recours doit pouvoir se développer un vivre-ensemble où prime un engagement de cœur et de tête envers le dialogue, lequel est toujours un projet en soi, qu’il soit interreligieux, interpersonnel, entre parties civiles, etc. Il requiert un sens de l’écoute et de la parole extrêmement important.

Un organisme comme Aide à l’Église en Détresse en est témoin à chaque semaine : dans plusieurs pays, le dialogue est la seule voie possible vers la paix. D’ailleurs, les pasteurs qui nous demandent de les aider sont les premiers témoins de la discrimination, premier pas vers une violence aux effets pervers. Comme chrétiens, leur réponse en est une d’amour, qui passe par le dialogue, dans l’espérance de la réconciliation et de l’accueil de l’autre différent de soi.

C’est pourquoi aujourd’hui, et grâce à ces courageux apôtres d’outre-mer nous osons utiliser le même ton sans équivoque qu’utilisait le fondateur de l’Aide à l’Église en Détresse, le père Werenfried van Strateen, quand il interpellait les gens dans ses discours, homélies et rencontres. Demeurons, chrétiens, dans un esprit de dialogue et de recherche du bien commun. Malgré les discriminations et les atteintes à la liberté de conscience, gardons en nos cœurs le sens de l’Évangile.

Oui à une interpellation des autorités concernées et à la défense des droits fondamentaux. Non au manque de discernement des mots, parfois semences de haine. Gardons-nous d’entrer dans cette logique dont les réseaux sociaux sont malheureusement trop souvent la principale plate-forme.

Le père Werenfried a toujours refusé de laisser la haine avoir le dernier mot. Il a écrit: «Le signe sur notre front ne doit pas être le signe de Caïn, mais le signe de l’amour. L’amour de Dieu et du prochain».

Serons-nous, nous aussi, des apôtres qui bataillent ferme pour leurs droits, avec un cœur d’Évangile?

Mario Bard
Responsable de l’information
Aide à l’Église en Détresse Canada
Montréal, 9 février 2018


2 Commentaire(s)

Léonard Ouellet || 2018-02-11 14:05:41

Bonjour Mario Bravo pour ton commentaire sur les libertés religieuses, sur le fond et la forme. Dis-moi Mario es-tu celui qui a séjourné avec nous les maristes à St-Hyacinthe avant ton stage en Haïti dans les années 1989-1990 ? S.V.P. me répondre leonardouelletfms@hotmail.com

Dominique Boisvert || 2018-02-10 12:47:19

Merci Mario de nous faire connaître les convictions du fondateur d'Aide à l'Église en détresse qui dit parfaitement l'esprit dans lequel nous devrions aborder toutes nos différences: d'opinions, de convictions religieuses, de traditions culturelles, etc. L'amour (qui n'est pas un monopole chrétien, même si les chrétiens devraient en être des témoins privilégiés) et le bien commun. Il serait intéressant (si j'en trouvais le temps) de faire l'exercice d'appliquer plus en détails ces deux valeurs fondamentales aux deux sujets d'actualité que tu mentionnes au début de ton texte: l'aide médicale à mourir et les exigences du gouvernement fédéral pour le financement des emplois étudiants d'été (surtout à la lumière des précisions apportées tout dernièrement par le gouvernement sur l'interprétation de ces exigences). Et je ne suis pas sûr qu'on en arriverait nécessairement aux mêmes conclusions que plusieurs de nos évêques. Comme quoi l'amour chrétien ou évangélique n'est pas toujours univoque, ni compatible avec un catalogue de prescriptions.

 

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