Lettre d'opinion

Sacerdoce féminin: l’art de justifier une discrimination injustifiable

Des femmes prient dans l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, pendant la Semaine sainte en mars 2018.
Des femmes prient dans l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, pendant la Semaine sainte en mars 2018.   (CNS photo/Debbie Hill)
2018-06-08 22:17 || Monde Monde

Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican, le futur cardinal Ladaria, déclarait il y a deux semaines dans L’Osservatore Romano que l’ordination des femmes à la prêtrise était «une impossibilité absolue». Cela fait partie du dépôt de la foi catholique. «Il est très préoccupant, ajoutait-il, de voir que dans certains pays il y a encore des voix qui mettent en doute le caractère définitif de cette doctrine.»

Je suis de ce nombre.

Les arguments sont connus: le Christ aurait pu choisir des femmes comme apôtres. Il n’a choisi que des hommes. Cette tradition de l’Église est immémoriale et ferme.

L’argumentation laisse évidemment perplexe. Aussi, il fallait pour assurer la solidité dogmatique de la tradition, proposer un argument tiré de la Bible. On l’a trouvé dans une belle analogie métaphorique, portant paradoxalement sur le mariage.

Poète à ses heures, saint Paul écrit en effet, dans une de ses lettres, que les époux et les épouses sont comme le lien qui unit le Christ à son Église. «[…] le mari est le chef de la femme comme le Christ est chef de l’Église». Autrement dit, l’Église est l’épouse du Christ, comme le proclame la Tradition reprise d’ailleurs par Vatican II. Et c’est là qu’intervient le raisonnement théologique. En effet, un prêtre, en tant que «ministre du Christ» est le «représentant du Christ», qui précisément est le chef et l’époux de l’Église. Forcément, une femme ne peut être un époux ! Et donc ne peut être ordonnée prêtre. CQFD!

Bref, tout ce syllogisme est construit sur une métaphore, dont le premier terme repose sur une donnée anthropologique plusieurs fois millénaire selon laquelle «le mari est le chef de la femme».

Elle a eu la vie dure dans toutes les civilisations. Ce n’est que depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qu’est reconnu officiellement «l’égalité des droits des hommes et des femmes». Et ce n’est que depuis 1991 que le Code civil du Québec reconnaît que «les époux ont, en mariage, les mêmes droits et les mêmes obligations» (art. 391).

Autrement dit, le fondement de la métaphore paulinienne sur l’homme «chef de la femme» est aujourd’hui totalement obsolète. Au surplus, en 1965, le concile Vatican II a lui-même reconnu que «toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne […] qu’elle soit fondée sur le sexe […] doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu».

Mais s’agissant de l’accès aux fonctions sacerdotales, Rome s’est arrêtée en chemin, acceptant de facto la discrimination envers les femmes. Allez comprendre?

L’union entre le Christ et l’Église va de soi. Être chrétien, ce titre le dit, c’est être uni au Christ dans la communion de l’Église. C’est là l’essentiel. Les prêtres, en présidant l’Eucharistie, rendent signifiant ce rapport. On en convient dans la foi. Mais la métaphore de l’époux, toute belle et ancienne qu’elle soit, n’est qu’une métaphore. Ce qui prime, c’est que le service de l’Eucharistie soit rendu. Le sexe du serviteur n’a rien à y voir. Pour l’heure, l’Église se prive volontairement des services de la moitié de ses effectifs. Tout comme la loi, la métaphore est faite pour la personne et non la personne pour la métaphore.

Quelques jours avant l’intervention du cardinal Ladaria, la province ecclésiastique anglicane de Colombie britannique élisait la première femme archevêque du Canada. Et depuis 2015, l’évêque anglican de Montréal s’appelle Mary Irwin Gibson!

Aussi bien dire qu’aux yeux du cardinal, les anglicans, en plus d’être schismatiques (ça, on le savait), sont maintenant des hérétiques!

Je dois l’être moi aussi!

Jean-Pierre Proulx
Journaliste et professeur retraité


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