Travaux de 30 millions $ sur 10 ans

La basilique Notre-Dame de Montréal a besoin d'aide financière

La basilique Notre-Dame de Montréal manque d'argent pour effectuer des travaux majeurs. Avec la pandémie, elle affirme avoir perdu 85 % de ses revenus.
La basilique Notre-Dame de Montréal manque d'argent pour effectuer des travaux majeurs. Avec la pandémie, elle affirme avoir perdu 85 % de ses revenus.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-08-19 18:00 || Québec Québec

«À ce jour, nos démarches n'ont... rien donné», concède, d'un ton grave, Claudia Morissette.

Il y a deux mois, la directrice de la basilique Notre-Dame de Montréal a lancé un appel d'urgence aux gouvernements du Québec et du Canada ainsi qu'à la Ville de Montréal. Pour la première fois de sa longue existence, cette église patrimoniale du Vieux-Montréal doit demander de l'aide financière.

La fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal a toujours assumé l'entière responsabilité du lieu de culte, la toute première paroisse érigée à Montréal par les sulpiciens. Mais «la détérioration rapide de cet édifice demande [aujourd'hui] des investissements beaucoup trop importants pour que la fabrique continue à financer à elle seule les travaux de conservation et de restauration de ce trésor unique», a indiqué madame Morissette aux différents gouvernements à la mi-juin. Sa lettre d’urgence est aussi signée par Jean-Charles Boily, le directeur général de la fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal.

Selon les responsables, des travaux importants de restauration devront être effectués au cours des dix prochaines années, ce qui engendrera une facture de 30 M$. Les trois premières phases de ces travaux, des réparations considérées comme urgentes, devront toutefois être réalisées cette année même, au coût de 9 M$, une somme que la basilique n'a pas puisque depuis la mi-mars, elle est fermée au public en raison de la pandémie de COVID-19.

À toutes les portes des officines gouvernementales où elle va frapper, Claudia Morissette obtient une réponse semblable. «Nous ne sommes pas admissible à tel programme ou à tel autre en raison du caractère religieux de notre institution», se désole-t-elle.

Chaque ministère rencontré a bien rappelé à Claudia Morissette que le ministère de la Culture et des Communications gère, depuis longtemps, un programme spécifique pour la préservation du patrimoine religieux. Ce programme, elle le connaît. Et elle sait aussi que la basilique Notre-Dame ne fait pas partie des 62 églises qui se partageront cette année la somme de 15 M$ annoncée par la ministre Nathalie Roy le 20 juillet 2020. L'an dernier, la fabrique avait obtenu 1 M$ du Conseil du patrimoine religieux du Québec pour la restauration de sa maçonnerie.

«On nous répète que nous ne sommes pas la seule église à avoir besoin d'aide au Québec», dit la directrice. Elle ne conteste pas ce fait mais elle demande toutefois que soit reconnu à sa juste valeur le caractère patrimonial, culturel et artistique de ce lieu unique qui accueille plus d'un million de visiteurs chaque année. «Cette merveille», dit-elle, «contribue non seulement au rayonnement de Montréal, mais aussi à celui du Québec et du Canada sur la scène internationale».

La fabrique, jusqu'en 2019, a toujours été autonome, répète Claudia Morissette. Durant les 40 dernières années, ses responsables n'ont pas hésité à verser 18 M$ pour des travaux majeurs tout en accentuant les volets touristiques et culturels de cet édifice, notamment avec le spectacle AURA, qui, en 2018, «a apporté 8,9 M$ en valeur ajoutée à l’économie du Québec».
 
«Si l’on ajoute à cela les retombées associées aux visites guidées de la basilique, ce sont près de 35 M$ qui ont été injectés dans l’économie québécoise», ajoute-t-elle. Peu de lieux religieux peuvent prétendre engendrer de telles retombées qui bénéficient, par ailleurs, aux gouvernements puisqu'ils ont reçu, en 2018 seulement, quelque 5,6 M$ en recette fiscales.

Mais les pierres de la basilique «ont atteint cette année leur durée de vie utile, après 190 ans, et on ne peut plus attendre» pour effectuer des réparations devenues urgentes, ajoute la directrice. Survient alors cette pandémie dont les conséquences seront catastrophiques pour la basilique. «On a perdu 85 % de nos revenus et on a dû mettre à pied 80 % de nos employés.»

Depuis la mi-mars, explique-t-elle, la basilique n’offre plus de visites guidées, il n’y a plus de représentation du spectacle AURA et aucun visiteur américain ou européen, habituellement très nombreux dans le Vieux-Montréal, n’a pu y entrer et y déposer un don. Ce n’est que depuis la mi-juillet que la basilique peut accueillir des gens un bref moment, lors des messes du dimanche et de la semaine.

«À ce moment-ci, on ne peut même pas prévoir quels revenus on aura en 2021», se désole-t-elle. «D’où notre appel à l’aide. C’est vraiment urgent.»

La directrice de la basilique Notre-Dame de Montréal garde espoir. Elle entend continuer de frapper aux portes de tous les gouvernements. «On espère que notre appel sera entendu. Et que l’importance de la basilique sera reconnue, à sa juste valeur.»

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