Chronique 'Curiosités du passé'

Le portrait d'un colporteur de Bibles

Né le 31 janvier 1810 à Saint-Albain, en France, Joseph Vessot est décédé au Québec le 9 avril 1898.
Né le 31 janvier 1810 à Saint-Albain, en France, Joseph Vessot est décédé au Québec le 9 avril 1898.   (Libre de droits/Louis-Grégoire-Henri Archambault)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-04-05 08:00 || Québec Québec

Jean-Louis Lalonde, un spécialiste du protestantisme francophone québécois, était la personne tout indiquée pour identifier ce ministre huguenot qui apparaît sur une photographie ancienne, offerte il y a quinze jours sur un site Internet.

«C'est bien Joseph Vessot», a-t-il spontanément lancé en découvrant cette carte cabinet fort bien préservée.

Le secrétaire de la Société d'histoire du protestantisme franco-québécois (SHPFQ) a aussi reconnu tout de suite le nom de famille de ce révérend pourtant inscrit à la main sous la photographie. La signature apparaissait jusqu'alors illisible aux yeux de tous ceux qui, y compris le vendeur de cette pièce, avaient tenté de la déchiffrer.

«Je n'avais jamais vu l'original», reconnaît M. Lalonde, qui a rédigé, en collaboration avec Pierre Grosjean, un descendant de la famille Vessot, la toute première «biographie détaillée d'un colporteur de bibles au XIXe siècle». Le titre de leur livre publié la SHPFQ est Joseph Vessot, colporteur de bibles et pasteur presbytérien au Québec 1810-1898.

«Cette photo est pourtant bien connue puisque c'est celle que l'on retrouve le plus souvent quand on parle de lui», ajoute M. Lalonde. Il souligne que dans L'Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-Unis, un livre de 1913, l'auteur a inséré une reproduction de cette même photographie.

Dans cet ouvrage, R. P. Duclos écrit que, «malgré ses manières quelquefois agressives, Vessot a laissé dans les paroisses qu'il visitait, et surtout à Joliette, où il a passé la plus grande partie de sa vie, le souvenir d'un homme honnête, pieux, toujours heureux, fier de rendre témoignage à la Vérité et de se rendre utile».

Présence protestante à Joliette

Né en France, Joseph Vessot est arrivé en Amérique du Nord en 1840. Employé de la Société évangélique de Genève, il avait appris «qu’on cherchait des colporteurs pour le Canada». Dès lors, il distribue des bibles dans plusieurs villes et villages du Québec. Il tient notamment «un stand sur le marché de Joliette», explique Jean-Louis Lalonde. Là, il offre tous les samedis «des traités, des Bibles, des exemplaires du Nouveau Testament au même titre que d’autres offrent en vente des nourritures terrestres. Il disposait ses livres ouverts, attirait l’attention par ses boniments et présentait la vérité évangélique de façon originale.»

Toutefois, cette présence protestante, au cœur du village, «était loin de plaire à tout le monde», reconnaît le biographe de Joseph Vessot. «En 1867, des enfants et des collégiens, encouragés par certains religieux catholiques, éventrèrent son échoppe, saccagèrent son stand et dispersèrent sur des centaines de mètres les pages de ses livres et brochures.»

«À l'âge où d'autres prennent leur retraite, Joseph Vessot sera consacré pasteur en 1874 et s'occupera de quelques paroisses pendant vingt ans encore», note-t-il. L'historien ajoute qu'il «a été consacré pasteur parce qu'on le lui avait demandé. Mais il n'avait absolument pas la formation classique d'un pasteur» et il n'avait pas fait d'études en théologie. C'est sans doute ce qui explique «qu'on ait mis Rev. au bas de la photo», observe-t-il.

Né le 31 janvier 1810 à Saint-Albain, en France, Joseph Vessot est décédé au Québec le 9 avril 1898. Il a été enterré au cimetière protestant de Joliette. Son monument funéraire se trouve toujours dans ce cimetière, vendu à une entreprise funéraire en 2018 et nommé aujourd'hui Azur cimetière écologique de Joliette.

Dans l'hebdomadaire L'Étoile du Nord du 14 avril 1898, on annonce le décès de Joseph Vessot, «évêque de l'Église évangélique canadienne-française», un homme «connu dans toute la province», à l'«âge avancé de 88 ans et 2 mois». Ce n'était pas un évêque, corrige M. Lalonde. «Le journaliste voulait sans doute montrer que c'est quelqu'un d'important, mais il est dans l'erreur.»

La carte cabinet mentionne que le portrait du révérend Vessot a été réalisé par Louis-Grégoire-Henri Archambault dans son studio de photographie situé au 1694, rue Notre-Dame, à Montréal. À l'endos, on a écrit la date de 1880. «Cette photo date de 1875 ou de 1880», estime Jean-Louis Lalonde. «Il est possible qu'elle ait été faite au moment où il est devenu pasteur, comme pour avoir une photo officielle.»

La photographie officielle du colporteur de bibles Joseph Vessot s'échange encore, 140 ans plus tard.

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