Patrimoine immatériel, laïcs et excuses

Un café avec Sylvie Bessette

Sylvie Bessette à Montréal le 10 avril 2018.
Sylvie Bessette à Montréal le 10 avril 2018.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-04-11 16:21 || Québec Québec

Le temps d'un café, Sylvie Bessette, auteure d'Une flamme à transmettre (Médiaspaul), une enquête sur l'héritage social et culturel des communautés religieuses, réfléchit aussi à la place des laïcs dans l'Église et aux excuses que méritent les Autochtones.

Présence: Est-ce que l'héritage des communautés religieuses du Québec est menacé?

Sylvie Bessette: Non, parce que dans les communautés rencontrées pour la rédaction de mon livre, j'ai trouvé des gens allumés. Depuis 1995, on réfléchit à cet héritage dans les communautés religieuses. Quand j'ai visité les gens de la Congrégation de Notre-Dame et du Collège Regina Assumpta, on m'a dit: «Tu peux être certaine que tout le monde ici réfléchit sur les façons de faire la transmission de notre héritage».

Il y a, depuis un bon moment, de l'intérêt pour le patrimoine matériel des communautés religieuses. Des millions de dollars ont été dépensés pour faire l'inventaire du mobilier. Mais pour le patrimoine immatériel, il n'y a eu, longtemps, qu'un seul projet, celui des Augustines à Québec.

On connaît aujourd’hui un revirement. On s'intéresse davantage au patrimoine immatériel qui est la transmission, entre autres, de l'esprit, du charisme, de la mission, de la spiritualité et des gestes d'une communauté religieuse.

Comment qualifiez-vous la place qu'occupent les laïcs dans l'Église?

J'ai fait partie du Conseil des laïques engagées dans des familles spirituelles. J'ai pu constater que dans les familles spirituelles, ils y sont très engagés. Ils sentent un appel, ils veulent vivre du charisme de la communauté qu'ils suivent. Pour les laïcs ordinaires, ceux et celles qui vivent leur foi bien simplement sans faire partie d'un regroupement, j'ai toujours trouvé que l'Église ne leur donnait pas assez de place.

Apostolicam Actuositatem, le document de Vatican II qui traite du laïcat, mentionne que les laïcs sont des témoins de la foi et des valeurs de l'Évangile. Mais tout ce qui est pensée, dogme, réflexion intellectuelle, cela ne regarde pas les laïcs. Je n'ai jamais été d'accord avec une telle vision.

Pour bien des contemporains, l'Église ne présente pas une bonne image. Elle serait peu encline à reconnaître ses torts, notamment dans le cas des relations avec les Autochtones. Vous êtes d'accord avec une telle constatation?

L'Église, comme institution, est très réticente à faire des excuses. Mais il ne faut pas généraliser. Des communautés ont présenté des excuses officielles. Je pense aux oblats de l'Ouest qui tenaient les pensionnats autochtones. Mais ce n'est pas l'Église en général.

On sait maintenant que le pape ne fera pas d'excuses aux Autochtones du Canada. Je trouve cela bien triste. On ne peut pas se réconcilier avec une personne qui ne reconnaît pas ses torts, qui ne présente pas d'excuses. On saute une étape importante. C'est thérapeutique de recevoir des excuses.

Je fais le parallèle avec une femme victime de violence conjugale et à qui on demande de faire une démarche de réconciliation alors que son mari ne s'est jamais excusé, n'a jamais reconnu ses torts.

Il faut que l'Église passe aux excuses avant de proposer des démarches de réconciliation.

 

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