Chronique 'Curiosités du passé'

Une fanfare, un congrès eucharistique et la grippe espagnole

Sur cette photo ancienne, les membres de ce corps de musique prennent la pose précisément lors du congrès eucharistique de Victoriaville de 1918.
Sur cette photo ancienne, les membres de ce corps de musique prennent la pose précisément lors du congrès eucharistique de Victoriaville de 1918.   (Phot. inconnu)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-04-13 00:00 || Québec Québec

La Tribune du lundi 16 septembre 1918 affiche sur sa première page un article intitulé Le grand congrès du comté d'Arthabaska se termine hier. Le correspondant du journal, le «seul quotidien français des Cantons de l'Est», rapporte qu'«une assistance de plus de 25 000 personnes» a participé à ce congrès eucharistique régional qui s'est tenu à Victoriaville du 12 au 15 septembre.

«Dieu a voulu que le congrès se terminât par de grandioses cérémonies, sous un soleil qu'on aurait dit dans l'admiration», écrit le journaliste. Le dimanche, dernier jour du congrès, le cardinal Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, «chanta, en plein air, dans la cour du collège du Sacré-Cœur, une messe pontificale avec toute la pompe possible».

Un chœur, «composé de plus de cent-cinquante voix, était à l’orgue et toutes les fanfares de cette ville et d'Arthabaska étaient présentes». Le quotidien souligne ensuite la participation de «la fanfare Lasalle des Trois-Rivières, qui ne manqua pas, suivant son habitude, de prendre une part très importante au succès de la musique».

Cette fanfare Lasalle, c'est l'harmonie De La Salle, un orchestre de 45 jeunes musiciens. Sur cette photo ancienne, les membres de ce corps de musique prennent la pose précisément lors du congrès eucharistique de Victoriaville de 1918.

La célébration, présidée par le cardinal Bégin et à laquelle l'harmonie De La Salle a participé, s'est déroulée en plein air. Des milliers de personnes ont alors foulé le terrain du collège, visité l'intérieur du grand bâtiment et marché dans toute la ville puisqu'après la messe, selon le journaliste, le cardinal a reçu les hommages de la population, prononcé une allocution et participé à une procession du Très-Saint-Sacrement dans les rues de Victoriaville.

La grippe espagnole

Ces jours-là, Victoriaville a connu des fêtes grandioses. Mais une semaine plus tard, cette ville fait encore la première page de La Tribune. «Grave épidémie à Victoriaville», titre cette fois le journal. On y apprend que 300 étudiants du collège sont malades et que deux frères ainsi qu'un élève sont décédés.

«Une épidémie de ce que l'on suppose être l'influenza espagnole fait rage à Victoriaville», annonce cette dépêche de la Presse canadienne publiée le 23 septembre 1918. Le lendemain, Le Devoir indique que «l'épidémie de grippe espagnole signalée, hier, à Victoriaville, par la Canadian Press, se répand rapidement».

«Dans la seule journée de lundi, on a annoncé neuf autres morts dans la région. Aux Trois-Rivières, il y a au moins quarante cas de grippe espagnole. Deux hommes y sont décédés, hier», ajoute le quotidien montréalais.

Dans La revue trimestrielle canadienne de février 1919, le bactériologiste, pathologiste et professeur de médecine Arthur Bernier (1873-1928) explique comment la grippe, qualifiée à tort d'espagnole, s'est propagée. «Dans la province de Québec, il y en aurait eu durant l’été (1918) à bord de bateaux arrivés au port de Montréal, mais l’épidémie paraît avoir été déclenchée surtout par les cas qui se sont déclarés à Victoriaville et peu après chez les militaires de Saint-Jean.»

Il précise qu'à Victoriaville, «la maladie apparut d'abord chez les élèves d'un pensionnat; elle se propagea de là dans toute la province et 1223 sur 1227 municipalités furent envahies. Jusqu'à date, 13 556 personnes ont succombé à l'influenza.»

Le docteur Bernier ne relie pas le début de cette épidémie au Congrès eucharistique de septembre 1918. Mais d'autres l'on fait. C'est le cas de l'abbé Jean-Baptiste-Arthur Allaire (1866-1943) qui dans son Dictionnaire biographique du clergé canadien-français mentionne que l'abbé Odilon Ducharme, «un prêtre pieux, laborieux et méthodique», est décédé à Nicolet le 3 octobre 1918, «ayant contracté la grippe espagnole au congrès eucharistique de Victoriaville».

Dans sa Ligne du temps du Québec, une ressource numérique sur l'histoire du Québec, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) commente différents événements importants depuis 1534. Pour l'année 1918, des capsules s'intéressent à la sanction de la loi accordant le droit de vote aux femmes aux élections fédérales, à la signature de l'armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale et, bien sûr, à l'épidémie de grippe espagnole qui prendra «finalement fin au printemps 1919».

«La grippe espagnole est l’une des plus meurtrières pandémies de l’histoire. Elle frappe officiellement au Québec le 15 septembre 1918. Il semble que des catholiques américains assistant à un congrès eucharistique au Collège de Victoriaville soient à l’origine du premier foyer d’infection, qui fait trois morts dans les jours qui suivent», indique la Ligne du temps du Québec.

Mais qu'en est-il des jeunes musiciens de la fanfare De La Salle de Trois-Rivières? Ont-ils été touchés?

«Il ne paraît pas que la grippe ait fait son apparition aux Trois-Rivières», écrit Le Bien public, un hebdomadaire de Trois-Rivières, dans son édition du jeudi 26 septembre 1918. «Mais Victoriaville étant pour ainsi dire à nos portes, il est à espérer que nos autorités sanitaires, municipales et provinciales feront l'impossible pour empêcher le terrible mal d'envahir nos murs.»

Une semaine plus tard, le 3 octobre, le journal indique toutefois que la grippe espagnole a déjà réclamé deux vies à Trois-Rivières. Le 10 octobre, on évoque le nombre de 13 décès. On hésite sur le nombre de personnes malades, oscillant entre 200 et 2000 cas selon les sources. On se fait toutefois rassurant. Les autorités confirment que «l'entrée dans notre ville est étroitement contrôlée, et que les étrangers qui nous viennent des endroits affectés par la grippe sont gardés sous surveillance».

Jamais, toutefois, on ne mentionne que plusieurs résidents de Trois-Rivières, dont les membres de l'harmonie De La Salle, se sont rendus à Victoriaville à la mi-septembre afin d'assister au congrès eucharistique régional de 1918.

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