COVID-19

Frappée de plein fouet, l’industrie du tourisme religieux garde espoir

Des pèlerins prient au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. «Nous n’avons pas de base financière nous permettant de vivre cette situation encore très longtemps», confie le recteur Pierre-Olivier Tremblay au sujet des mesures pour endiguer la pandémie.
Des pèlerins prient au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. «Nous n’avons pas de base financière nous permettant de vivre cette situation encore très longtemps», confie le recteur Pierre-Olivier Tremblay au sujet des mesures pour endiguer la pandémie.   (Archives Présence/P. Vaillancourt)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2020-04-02 10:58 || Québec Québec

Comme l’ensemble de l’industrie touristique du Québec, le tourisme religieux est touché de plein fouet par le confinement obligatoire décrété par les autorités. Cependant, même fragilisés, les acteurs du milieu gardent espoir en l’avenir.

Michel Couturier, président du Conseil d’administration de l’Association du tourisme religieux et spirituel du Québec, souligne que les principaux acteurs du tourisme religieux au Québec assistent annuellement à des salons internationaux afin de planifier et d’attirer des touristes.

«C’est là que nous rencontrons des multiplicateurs de groupes. Ceux prévus en mai et en septembre sont annulés. Ces annulations vont avoir des répercussions sur l’année 2021. Vous voyez le portrait actuellement!», lance-t-il.

«Il y a de gros impacts. Nous, c’est 50% de l’année qui vient de foutre le camp! 50% de nos activités sont déjà annulées», affirme Éric Laliberté, de l’entreprise Bottes et Vélo qui se spécialise dans le pèlerinage.

«À titre d’exemple, nous avons annulé nos pèlerinages à Compostelle pour juin et juillet. Nous craignons même devoir remettre en question la deuxième moitié de notre saison qui débute à la fin août et prend fin au mois d’octobre», précise-t-il.

Du côté de l’agence de voyages Spiritours, la situation n’est guère plus reluisante. «Nous avons enregistré de nombreuses annulations de voyages, tant au Québec qu’à l’étranger. Toutefois, la majorité de notre clientèle est ouverte à reporter leurs périples à l’automne prochain. Malgré tout, des personnes âgées sont inquiètes, car elles se demandent si cela serait sécuritaire pour elles de voyager à l’étranger après le confinement», explique Anne Godbout, la présidente et fondatrice de l’entreprise.

Des ententes avec des fournisseurs permettent à l’agence et à sa clientèle de repousser certains départs jusqu’en 2021.

Le réseau des sanctuaires québécois vit également des moments difficiles, comme l’illustre le cas du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières. 

«70% de nos dons proviennent des quêtes et des lampions», rappelle Mgr Pierre-Olivier Tremblay, le recteur. «Le restaurant, la librairie et l’hôtel Maison de la Madone sont fermés. Nous sommes donc très fragilisés. Nous n’avons pas de base financière nous permettant de vivre cette situation encore très longtemps.»

Même son de cloche de la part du recteur de l’Oratoire Saint-Joseph, le père Claude Grou.

«Pour le moment, nous ne sommes pas en mesure de chiffrer nos pertes. Habituellement, les gens qui viennent à l’Oratoire font des dons lors des célébrations eucharistiques, vont allumer des lampions, acheter des souvenirs à notre magasin. Nos revenus qui proviennent de ces sources sont à zéro présentement», dit-il.

Le prêtre, qui avait défrayé les manchettes nationales il y a un an après avoir été attaqué au couteau en pleine messe télévisée, ne s’attendait certainement pas à être confronté à une telle situation.

«Nous sommes conscients que cela représente une perte importante. Plus le confinement va se prolonger dans le temps, plus cela va créer une tension sur le plan financier pour nous», reconnait-il.

La plupart des employés de l’Oratoire encore actifs font du télétravail. Cependant, explique le recteur, certains doivent quand même se rendre à l’Oratoire, dont les gardiens de sécurité.

Pour une agence comme Spiritours, la situation des employés pourrait être appelée à changer rapidement.

«Présentement, nous sommes dans un rush afin de reporter ou annuler les voyages et répondre aux interrogations de notre clientèle. Une fois que cela sera passé, eh bien, le nombre d’heures disponibles pour mes employés va diminuer», explique Anne Godbout.

Espoir et questionnement

Malgré la tempête qui fait tanguer l’ensemble de l’industrie du tourisme religieux et spirituel, les acteurs interrogés manifestent un optimisme prudent, à l’instar d’Anne Godbout.

«J’essaie de regarder le bon côté des choses, de ne pas perdre espoir. Mon espoir, je le puise dans la foi. Je mets ma confiance dans le Seigneur», dit-elle.

Pierre-Olivier Tremblay voit dans cette pandémie l’occasion de réfléchir à un nouveau modèle d’Église.

«Le cœur de l’expérience offert par les sanctuaires est la présence. La foi populaire demande des gestes concrets comme toucher une statue, toucher l’eau de source, allumer un lampion. Automatiquement, le confinement met en péril cette expérience. Cela pose des questions à l’Église. Pour les sanctuaires cela demande de trouver une autre façon d’être présent. Nous travaillons sur notre présence dans le monde virtuel. En même temps, il faut être conscient qu’une bonne partie de notre clientèle est âgée. Une partie de nos acteurs l’est également…»

Du même souffle, le recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap affirme toutefois ne pas être trop inquiet pour l’avenir.

«Les sanctuaires existent depuis des siècles. C’est un élan profond qui, dans l’humain, le pousse à aller déposer ses peines, rendre des actions de grâce, faire des actes de pénitence. Les pèlerins y viennent pour le pardon, le merci, la demande et la quête de sens. Cela fait quatre bonnes raisons de venir vivre une expérience dans les sanctuaires. Donc, je ne suis pas trop inquiet. Mais nous aurons beaucoup de travail afin d’aménager et de transformer notre offre.»

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