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Le pape commente sa rencontre avec des réfugiés rohingyas

«Je pleurais, ils pleuraient aussi»

À bord de l'avion le ramenant à Rome le 2 décembre, le pape François a commenté sa rencontre de la veille avec des Rohingyas.
À bord de l'avion le ramenant à Rome le 2 décembre, le pape François a commenté sa rencontre de la veille avec des Rohingyas.   (CNS Photo/Paul Haring)
2017-12-04 10:00 || Monde Monde

Conscient qu'il décevait certaines personnes en ne prononçant pas publiquement le mot «Rohingya» en Birmanie, le pape François a dit que sa principale préoccupation était de réussir à faire passer un message.

«Si j’avais utilisé le mot, la porte se serait fermée», a-t-il déclaré le 2 décembre aux journalistes à bord du vol entre Dacca, au Bangladesh, et Rome.

Il a passé près d'une heure à répondre aux questions des journalistes après son voyage de six jours en Birmanie et au Bangladesh, en insistant pour que les questions portent sur le voyage.

Dans ses discours en Birmanie, le pape François a rappelé à plusieurs reprises l'obligation de défendre la vie et les droits de la personne pour tous. Mais il n'a pas spécifiquement mentionné les Rohingyas, une minorité musulmane de l'État de Rakhine. L'armée du Myanmar, affirmant qu'elle réprime les militants, est accusée de persécuter les Rohingyas au point où certains ont qualifié l’opération de «nettoyage ethnique».

Plus de 620 000 Rohingyas ont fui la frontière bangladaise depuis août, rejoignant des centaines de milliers de personnes qui vivent déjà dans des camps de réfugiés.

Pour le gouvernement birman, les Rohingyas n'existent pas: il les considère comme des immigrants sans-papiers.

«Je savais que si, dans un discours officiel, j’avais utilisé le mot, ils m’auraient fermé la porte au nez», a déclaré le pape aux journalistes qui lui ont demandé pourquoi il ne nommait pas le groupe. Cependant, «j'ai décrit la situation» publiquement, sachant «je pourrais aller plus loin dans les réunions privées» avec les fonctionnaires du gouvernement.

«J'étais très, très satisfait des réunions», a déclaré le pape. «J'ai osé dire tout ce que je voulais dire.» Il est vrai, a-t-il ajouté, que «je n'ai pas eu le loisir» de faire «une dénonciation publique, mais j'ai eu la satisfaction de dialoguer, permettant à l'autre d'avoir son mot à dire et, de cette façon, le message est passé».

Rencontre avec des réfugiés rohingyas

Sa rencontre au Bangladesh le 1er décembre avec des réfugiés rohingyas a été un moment chargé d'émotions.

Des dispositions ont été prises pour permettre à 16 personnes des immenses camps de réfugiés de Cox's Bazar de se rendre à Dacca pour rencontrer le pape et des chefs religieux du Bangladesh dans le cadre d’une rencontre consacrée à la paix.

Les réfugiés avaient tellement voyagé et vécu tant de choses que le pape François a dit qu'il ne pouvait pas simplement leur serrer la main en coup de vent, comme certains organisateurs de l'événement semblaient le penser.

«Et là, je me suis énervé, j'ai crié un peu, je suis un pécheur», a-t-il dit.

Il a pris quelques minutes avec chacun d'eux, écoutant leurs histoires avec l'aide d'un interprète, leur tenant les mains et les regardant dans les yeux.

«Je pleurais, mais j'ai essayé de le cacher», a déclaré le pape aux journalistes. «Ils pleuraient aussi.»

Les écouter était bouleversant, a-t-il confié. «Je ne pouvais pas les laisser partir sans leur parler.» Il a donc demandé un micro et a parlé de la dignité que Dieu leur a donnée et de l'obligation qu'ont les croyants de toutes les religions de défendre leurs frères et sœurs. Il s'est également excusé pour les souffrances qu’ils ont endurées.

Situation politique délicate

Le pape François a refusé de donner aux journalistes des détails sur ses rencontres privées avec des responsables gouvernementaux et des dirigeants militaires au Myanmar, mais a insisté sur le fait qu'ils étaient marqués par un dialogue courtois et qu'il était en mesure de faire valoir ses arguments.

Les journalistes ont demandé au pape ce qu'il pensait des critiques de groupes de défense des droits de la personne adressées à Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix et chef de facto du gouvernement civil du Myanmar, pour sa gestion de la crise des Rohingyas. Le pape François a répondu que les gens doivent tenir compte des défis qui font partie de la transition d’un régime militaire vers la démocratie en Birmanie.

Le même Dieu qui a rendu possible la rencontre avec les Rohingyas à Dacca continuera à faire des merveilles, a dit le pape François.

Cindy Wooden

 

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