François aux États-Unis

À l'ONU, le pape rappelle la centralité de l'humain dans les enjeux mondiaux

  (CNS Photo/Paul Haring)
2015-10-01 11:22 || Monde Monde

Lorsqu’ils tentent de trouver des solutions aux conflits armés, au sous-développement ou aux crises environnementales, les bureaucrates et diplomates doivent avoir constamment à l’esprit que leurs décisions auront un impact direct sur la vie d’hommes, de femmes et d’enfants en chair et en os. C’est en ces termes que le pape François s’est adressé à l’organisation des Nations Unies, le 25 septembre.

La visite du pape à New York coïncidait avec le 70e anniversaire de l’ONU. Sa présence sur place a permis de souligner l’événement. Francois en a profité pour visiter le quartier général de l’organisation, rencontrer quelques dirigeants de l’ONU et rappeler aux leaders mondiaux les préoccupations qui lui sont chères. Aux yeux du pape, la sacralité de la vie et la dignité de la personne humaine doivent être au cœur de toutes les décisions et résolutions prises par les diplomates onusiens.

Il tenait à rappeler aux membres de l’Assemblée générale de l’ONU, «qu’au-delà des plans et des programmes que nous élaborons se trouvent des femmes et des hommes en chair et en os, qui vivent, luttent et souffrent, et qui sont souvent contraints de vivre dans la misère, et privés de tout droit».

Plus de 190 chefs d’État assistaient à l’Assemblée générale de l’ONU. Plusieurs d’entre eux s’étaient même fait un point d’honneur d’assister au discours historique du pape François. Discours qui précédait la rencontre onusienne consacrée l’Agenda 2030 pour le développement durable, et qui mettra la table pour la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui aura lieu à Paris en novembre.

Le pape s’est d’abord soumis à un lourd protocole qui a duré près d’une heure, heure au cours de laquelle il a serré des mains et s’est prêté au photographies officielles. Il s’est également entretenu en tête-à-tête avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Il s’est ensuite adressé au personnel des Nations Unies, auquel il a demandé de faire en sorte que leur milieu de travail soit un modèle de paix et de respect. Il a aussi rendu hommage aux employés de l’ONU qui sont morts dans l’exercice de leurs fonctions.

Le pape François a lancé un vibrant appel en faveur d’actions concrètes et tangibles dans l’épineux dossier des changements climatiques. Il a demandé qu’on fasse preuve de révérence à l’égard de toute vie humaine et qu’on respecte «les différences naturelles entre l’homme et la femme». Il a rappelé qu’en matière d’économie, les besoins humains doivent avoir préséance sur les profits. Il a aussi plaidé en faveur de l’élimination des arsenaux nucléaires et demandé un contrôle plus strict sur le commerce des armes.

François s’est réjoui de l’accord international ayant été signé dans l’épineux dossier du nucléaire iranien. Le pape a aussi plaidé en faveur d’initiatives multipartites sincères et concrètes afin d’apporter paix et justice au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans d’autres pays africains gangrénés par la violence de milices extrémistes qui prétendent agir au nom de l’islam.

Une spirale «de haine et de folie» s’est abattue sur le monde, a ajouté le pape. Spirale à laquelle «les chrétiens, de même qu’un grand nombre de groupes ethniques ou culturels et même des religions majoritaires» ont choisi de tourner le dos. Impuissants, plusieurs personnes ont assisté «à la destruction de leurs lieux de culte, de leur patrimoine culturel et religieux, de leurs maisons et de leurs biens». Trois alternatives s’offraient alors à eux: la fuite, leur mise en esclavage ou encore la mort «parce que, dit le pape,ils ont choisi coûte que coûte de croire à la paix et à la bonté».

Ces vies, dit Francois, «doivent avoir préséance sur tous les intérêts partisans».

«Les guerres et confits arrachent la vie et font souffrir et pleurer un grand nombre de personnes: des frères et des sœurs, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des garçons et des filles», a ajouté le pape. Ces êtres humains sont traités comme des «rebuts dont on peut disposer à notre guise» en fonction des «problèmes» que nous identifions, des «stratégies» que nous échafaudons ou des «conflits» qui surgissent.

Le pape François a mis en garde les dirigeants de l’ONU et les chefs d’État de la planète contre la tentation de prendre des décisions qui ne répondent qu’aux désirs des plus riches et des plus puissants de ce monde. Décisions, a-t-il précisé, qui ne tiennent pas compte des valeurs et des droits qui doivent justement être promus et défendus par les Nations Unies.

La mission fondamentale des Nations Unies, a poursuivi le pape, est d’être une «lumière qui contraste avec l’obscurité du désordre causé par les ambitions incontrôlées des uns et par les égoïsmes collectifs des autres».

Faisant cette fois-ci écho à son encyclique Laudato si', Francois ajoute que «l’exclusion économique et sociale est un déni complet de la fraternité humaine et un grave affront à l’égard des droits humains et de l’environnement». Cette encyclique insistait sur l’idée voulant que le respect de la création suppose le respect de la nature et de toutes les créatures, dont bien sûr les êtres humains. Les efforts destinés à réduire la pauvreté et à promouvoir le développement doivent donc respecter la Terre et ceux qui habitent.

Le succès des cibles en matière de développement se mesurera, a-t-il continué, à l’aune de leur capacité à offrir à tous «l’accès effectif, pratique et immédiat, aux biens matériels et spirituels indispensables: logement personnel, travail digne et convenablement rémunéré, alimentation adéquate et eau potable; liberté religieuse, et, plus généralement, liberté de pensée et éducation».

«Ces piliers du développement humain intégral, a ajouté François, ont un fondement commun, qui est le droit à la vie, et, plus généralement, ce que nous pourrions appeler le droit à l’existence de la nature humaine elle-même.»

Le pape François a insisté sur la pertinence de la «loi naturelle», un code éthique définissant le bien et le mal et dans lequel tous peuvent se reconnaître. Il a alors fait allusion à une idée qu’il a précédemment défendue, en dénonçant la «colonisation idéologique» permettant aux nations les plus riches d’imposer leur volonté aux pays les plus pauvres. Volonté, a-t-il dit, qui va bien au-delà d’un droit de regard sur la façon dont les pays pauvres utilisent les programmes d’aide étrangère dont ils bénéficient. Cette «colonisation idéologique», ajoute le pape, prend aussi la forme de l’imposition «de modèles et de styles de vie qui sont totalement étrangers à l’identité de ces peuples».

Le pape François a jadis qualifié de «colonisation idéologique» les politiques d’aide étrangère qui étaient conditionnelles à une plus grande ouverture, de la part des pays bénéficiaires, à l’égard de l’homosexualité et du mariage gai.

La Terre, dit le pape, «maison commune de tous les hommes et de toutes les femmes, doit reposer sur l’idée d’une certaine sacralité de la nature».

Bien que certaines personnes continuent de remettre en question les preuves scientifiques établissant un lien entre l’activité humaine et les changements climatiques, le pape Francois persiste et signe. Il insiste d’ailleurs sur l’idée voulant qu’un «véritable ‘droit de l’environnement’ existe et qu’il est étroitement lié aux droits humains, puisque les êtres humains font partie de la nature et sont appelés à vivre en communion avec elle».

«Tout ce qui cause du tort à l’environnement, ajoute le pape, menace du même souffle l’humanité elle-même.»

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adap. Présence - information religieuse

 

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