Dépôt du projet de loi C-14 à Ottawa

Aide à mourir: peu de réactions des autorités religieuses au pays

Le parlement canadien à Ottawa.
Le parlement canadien à Ottawa.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-04-15 11:06 || Canada Canada

Bien que plusieurs autorités religieuses canadiennes aient clamé haut et fort leur opposition à l'aide médicale à mourir au cours des derniers mois, elles sont très peu à avoir réagi au dépôt du projet de loi sur cet enjeu à Ottawa hier.

Présenté par le gouvernement libéral, le projet de loi C-14 va permettre l’accès à l’aide médicale à mourir «aux adultes en état avancé de déclin irréversible de leurs capacités» et dont «la mort est raisonnablement prévisible». Pour obtenir l'aide médicale à mourir, une personne doit être âgée d’au moins dix-huit ans, être «capable de prendre des décisions en ce qui concerne sa santé», être «affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables» et avoir fait une demande «de manière volontaire, notamment sans pressions extérieures».

Le projet de loi ne requiert toutefois pas que le demandeur soit en fin de vie, comme le mentionne la loi québécoise sur l'aide médicale à mourir. On indique qu'une personne peut se prévaloir de cette aide si «sa mort naturelle est devenue raisonnablement prévisible compte tenu de l’ensemble de sa situation médicale, sans pour autant qu’un pronostic ait été établi quant à son espérance de vie».

Élaboré pour se conformer à l'exigence de la Cour suprême du Canada qui avait invalidé en février 2015 les articles du Code criminel concernant le suicide médicalement assisté, le projet de loi C-14 a théoriquement jusqu'au 6 juin pour être adopté au Parlement canadien. Le Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois ont indiqué qu'ils permettront un vote libre de leurs députés sur la question. Le Parti libéral exigera que ses ministres suivent la ligne du parti, tandis que les députés libéraux pourront voter selon leur conscience.

Réactions

Quelques groupes religieux ont fait connaître hier leur opposition au projet de loi présenté par la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, et la ministre de la Santé, Jane Philpott.

Pour les évêques catholiques, il ne fait aucun doute que le projet de loi C-14 «légalisera et permettra une plus grande accessibilité à l'euthanasie et au suicide assisté dans tout le Canada». Peu importe les modifications qui y seront apportées par les députés et les sénateurs d'ici son adoption, ce projet de loi représente, aux yeux la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), «un affront à la dignité humaine, une érosion de la solidarité humaine, et un danger [pour] toutes les personnes vulnérables – particulièrement les personnes âgées, handicapées, infirmes et malades qui sont souvent isolées et marginalisées».

Dans sa déclaration publiée tard en soirée jeudi, la CECC dresse un parallèle inédit, estimant que le projet de loi témoigne d'une «contradiction» face aux efforts pour contrer le suicide «comme nous en avons été témoins cette semaine à Attawapiskat», cette réserve autochtone aux prises avec des problèmes endémiques de suicide. Pour le reste, elle rappelle «le caractère sacré et la dignité de la vie humaine».

Au Québec, les autorités catholiques ont peu réagi au dépôt du projet de loi. L'Assemblée des évêques catholiques du Québec n'a pas émis de commentaire, tout comme la grande majorité des évêques québécois. Sur Twitter, le cardinal Gérald Lacroix de Québec a cependant parlé de «vitesse grand V pour ouverture à euthanasie & suicide assisté au pays». Il s'est dit préoccupé devant ces sujets «aussi délicats».

Ailleurs au Canada, l'ex-président de la CECC, l'archevêque catholique d'Edmonton, Mgr Richard Smith, conseille aux gens de prendre le temps d'étudier le projet de loi. «Mais, comme je l'ai souvent mentionné, on veut rendre acceptable, sous certaines conditions, ce qui est moralement inacceptable en toutes circonstances.»

Il estime aussi que le message qui est véhiculé par le texte législatif est que «certaines vies valent moins que d'autres». «Dans une société juste et éthique, notre réponse à ceux qui souffrent n'est pas le meurtre mais la compassion», croit l'archevêque. Il y a quelques jours, Mgr Smith avait déclaré que la loi pourrait susciter la «peur» de l'hôpital chez plusieurs personnes.

Au cours des dernières semaines, les évêques catholiques albertains ont multiplié les charges contre le projet qui était alors en préparation.

À Vancouver, l'archevêque catholique J. Michael Miller a déclaré que le projet de loi «engage le Canada sur la voie tragique d'offrir la mort comme solution à la douleur et à la souffrance».

De son côté, l'archevêque de Toronto, le cardinal Thomas Collins, a déclaré qu'une discussion nationale sur la mort n'est jamais facile. Il a ajouté que «plus que jamais», les Canadiens ont besoin d'être renseignés et conscients des implications d'un tel projet de loi.

Chez les chrétiens évangéliques, on croit qu'avec ce projet de loi, le Canada franchit un seuil important.

«La décriminalisation de l'euthanasie et du suicide assisté représente un virage significatif dans notre façon, comme société, de voir la vie et de prendre soin les uns des autres. Comme nation, nous n'avions jamais affirmé jusqu'à maintenant que tuer était la meilleure réponse à la souffrance ou que nous pouvions enlever la vie à quelqu'un qui souffre plutôt que de chercher à alléger ses souffrances», estime Bruce Clemenger, le président de l'Alliance évangélique du Canada.

Ni l'Église Unie du Canada, ni l'Église anglicane du Canada, n'avait encore réagi au moment de publier ces lignes.

Mise à jour (15 avril, 22:02) Des leaders religieux canadiens tiendront une conférence de presse le 19 avril à Ottawa pour émettre leurs commentaires sur le projet de loi.

Philippe Vaillancourt a collaboré à ce texte.

 

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