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Yom Hashoah 2018

À Montréal, des survivants racontent leur enfance sous l'Holocauste

Muguette Myers allume la bougie aux côtés de sa fille Arlene Gorin, de son petit-fils Shimon Gorin, et de son arrière-petite-fille.
Muguette Myers allume la bougie aux côtés de sa fille Arlene Gorin, de son petit-fils Shimon Gorin, et de son arrière-petite-fille.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-04-17 16:19 || Québec Québec

«Ma mère était juive, mon père catholique, les deux étaient non-pratiquants. Mais les autorités nazies se souciaient peu de ces distinctions. Il suffisait d’être étiqueté «juif» ou marié à un Juif, pour être jugé indésirable.»

Pendant que son témoignage était projeté sur un écran géant, Mario Polèse, né au Pays-Bas en 1943, s'est avancé à l'avant de la synagogue de la Congrégation Tifereth Beth David Jérusalem. Il a pris place, accompagné de plus jeunes membres de sa famille, derrière six bougies qui représentent les six millions de juifs assassinés pendant l’Holocauste.

L'auteur et chercheur Mario Polèse, professeur émérite de l'Institut national de la recherche scientifique, a allumé la première des bougies lors de cette commémoration de Yom Hashoah (en hébreu, le souvenir de l'Holocauste) tenue à Montréal le 11 avril 2018.

Cette année, la cérémonie était consacrée à la jeunesse et a fait entendre le témoignage de six survivants qui n'étaient que des enfants lors de la Deuxième Guerre mondiale.

«Des centaines de milliers de juifs hollandais ont péri dans les camps de concentration», a-t-il poursuivi. «Mes parents ont miraculeusement survécu, grâce à l’héroïsme de milliers d’Hollandais, mais aussi grâce à la chance – je ne vois pas d’autre mot. Le commandant allemand de notre village, dont je n’ai jamais su le nom, était un homme intègre, qui, quand il le pouvait, prévenait la résistance néerlandaise à l’avance des rafles juives. Ma mère, comme d’autres juifs du village, avait alors le temps de disparaitre.»

Son enfance, après la guerre, fut heureuse. Mais, a-t-il confié avec émotion, «j’avais peur du bonheur».

«Je savais que le bonheur était une condition d’exception, que la démocratie et la paix sont toujours en sursis, raison pour laquelle il ne faut jamais cesser de se rappeler et d’étudier ces années d’horreur», a-t-il mentionné à la fin de son témoignage. Mario Polèse a alors allumé la première bougie.

Jamais dénoncés

Muguette Szpajzer-Myers était plus âgée lorsque la guerre a éclaté. Née le 5 décembre 1931 à Paris, elle se souvient de son arrivée à Champlost, un village d'à peine 150 habitants. «Mon frère, ma tante et ma grand-mère étaient là aussi. Tout le monde savait que nous étions juifs, même les enfants, mais personne n’y prêtait attention», raconte-t-elle aujourd'hui.

«J’allais à l’école, comme tous les autres enfants. J’ai appris la religion catholique, je suis allée à la messe, au catéchisme», a-t-elle aussi expliqué aux personnes présentes à la grande synagogue de la rue Baily à Côte-Saint-Luc.

Elle raconte qu'elle a appris que le maire du village recevait plusieurs lettres de dénonciations, sans doute des fermes des alentours, mais qu'il «les jetait dans la cheminée». Muguette Myers répète que c'est un miracle que la présence de sa famille à Champlost n'ait jamais été dénoncée aux Allemands qui occupaient le voisinage.

En 1947, son frère aîné, sa mère et elle ont immigré à Montréal. Elle y a exercé la profession de traductrice. En 2005, elle est retournée à Champlost à l’occasion d’une cérémonie en hommage aux viticulteurs Marie et Désiré Nizier à qui on a décerné le titre de Justes parmi les nations pour avoir protégé madame Myers et sa famille pendant la guerre.

Une générosité remarquable

Présent à cette commémoration de Yom Hashoah, Philippe Couillard, le premier ministre du Québec, a d'abord salué les six survivants qui ont allumé les bougies. Il a ensuite raconté que la barbarie nazie avait aussi fait des victimes dans sa famille, «du côté de [sa] mère».

«Leur mémoire est toujours présente», a-t-il ajouté. «Ces parents n'ont pas perdu la vie à cause de leur religion mais à cause d'actes de résistance. Le frère de ma mère a été fusillé par les SS tandis que la tante de ma mère est morte au camp de Ravensbrück», a-t-il dit à l'avant de la synagogue.

Rappelant que le Québec abrite la troisième plus importante communauté de survivants de l'Holocause dans le monde - après Israël et New-York -, le premier ministre a salué l'apport de la communauté juive à la société québécoise.

«Alors que vous traversiez les moments les plus sombres de votre histoire, de l'histoire du monde, le Québec fut pour vous une terre d'accueil. De ce terrible événement, vous êtes sortis plus ouverts et généreux et votre histoire fait partie de celle du Québec. Votre générosité envers ceux et celles qui sont moins fortunés a grandement contribué à faire du Québec une société plus juste, plus équitable», a dit le premier ministre.

«Ce soir, nous unissons nos voix pour que le sacrifice de six millions de personnes ne soit pas vain», a déclaré David Levy, le consul général d'Israël, prenant la parole après le premier ministre Couillard. «Pour que l'espoir d'un monde meilleur et tolérant triomphe et illumine nos coeurs, pour que le souvenir de la Shoah ne soit plus qu'un lointain cauchemar, pour que la Shoah ne se reproduise plus jamais, au grand jamais.»

Le Musée de l'Holocauste Montréal organise chaque année cette commémoration.

 

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