Condamnée à mort pour blasphème puis acquittée

Asia Bibi se dissocie de son autobiographie

Des militants des droits de l'homme sont abasourdis après qu'Asia Bibi se soit dissociée de son autobiographie déjà parue en français et qui devait sortir en anglais ce mois-ci.
Des militants des droits de l'homme sont abasourdis après qu'Asia Bibi se soit dissociée de son autobiographie déjà parue en français et qui devait sortir en anglais ce mois-ci.   (CNS photo/Thomas Oswald, courtoisie Aide en Église en Détesse)
2020-09-02 15:50 || Monde Monde

Des militants des droits de la personne sont abasourdis après qu'Asia Bibi se soit dissociée de son autobiographie déjà parue en français et qui devait sortir en anglais ce mois-ci.

Bibi, une femme catholique acquittée de blasphème en 2018 après avoir passé huit ans dans le couloir de la mort au Pakistan, a déclenché une controverse avec une entrevue avec Voice of America Urdu (VOA) le 31 août, a rapporté ucanews.com.

«Je n'ai pas participé à sa rédaction. Je ne sais pas quand elle l'a écrit, de qui est son histoire et qui l'a guidée pour le livre. Je ne suis absolument pas d'accord avec ce livre car ce n'est pas mon autobiographie», a-t-elle déclaré, en faisant référence à l’auteure française Anne-Isabelle Tollet, la seule journaliste à l'avoir rencontrée lors de son séjour au Canada.

En février, Bibi a confirmé qu'elle demandait l'asile en France pour vivre plus près de Tollet, qui a joué un rôle clé dans son combat pour la liberté et a contribué à l'écriture de son autobiographie, Enfin Libre!, disponible chez Novalis au Canada.

«Ce livre raconte que la loi m'a mis un nœud coulant autour du cou. Ce n'est pas la loi qui l'a fait. C'était un incident dans le village alors que les gens étaient sur le point de me tuer sans aucune raison. Elle [Tollet] a blâmé la loi, mais je n'accepte rien contre la loi ou mon pays», a déclaré Bibi à VOA.

«Mon pays m'a libéré. Il y a des gens bons et mauvais partout», a-t-elle dit, invitant à éviter tout ce qui peut attiser la haine. «Les juges sont innocents. Les autorités devraient écouter le présumé blasphémateur. L'enquête menée par les fonctionnaires de police inférieurs doit être claire, et les deux parties doivent être entendues l'une en face de l'autre.»

«Si des gens blâment, il faut donner une chance à la personne de dire la vérité. Absolument, la loi est bonne, mais les gens en font un mauvais usage. Si Dieu le permet, je retournerai dans mon pays. C'est le monde qui est à blâmer, pas Dieu. Les gens peuvent dire ce qu'ils pensent. Je ne suis pas d'accord avec eux. J'ai appris beaucoup de patience en tant que mère loin de mes enfants.»

La section des commentaires de la VOA a été inondée de propos haineux, beaucoup qualifiant  Bibi de «maloona» (maudite), un commentaire demandant «la décapitation pour la blasphématrice».

Condamnée puis acquittée

Bibi, 49 ans, a été condamnée pour blasphème en 2010 après une dispute avec ses collègues fermiers sur le partage de l'eau. Certains musulmans considèrent que les chrétiens sont sales et ne boivent pas l'eau dans le même récipient.

Bibi a été reconnue coupable d'avoir insulté Mahomet, et une condamnation à mort a été prononcée par un tribunal local et confirmée par la Haute Cour de Lahore.

Le gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, et le ministre fédéral des minorités, Shahbaz Bhatti, ont été assassinés pour avoir soutenu publiquement Bibi et critiqué la loi draconienne sur le blasphème au Pakistan.

Dans un jugement historique, la Cour suprême a annulé sa condamnation à mort en octobre 2018 et a ordonné sa libération immédiate de prison.

Cette décision a toutefois suscité de violentes protestations à l'échelle nationale qui n'ont pris fin qu'après que le gouvernement ait accepté d'empêcher Bibi de quitter le Pakistan jusqu'à ce qu'une contestation de son acquittement soit entendue par la plus haute cour. En janvier 2019, le tribunal a confirmé l'acquittement de Bibi, lui permettant de quitter le Pakistan.

Elle vit maintenant dans un endroit gardé secret avec sa famille au Canada.

Dans une récente interview, l'archevêque émérite de Lahore, Lawrence Saldanha, qui vit maintenant au Canada, a déclaré que Bibi reste discrète au Canada.

«Elle voulait poursuivre la lutte contre les lois sur le blasphème, mais je présume que quelqu'un lui a dit qu'il n'était pas prudent de reprendre ses activités», a-t-il déclaré.

Des militants outrés

Le pasteur Justin Bhatti de Karachi a condamné la récente déclaration de Bibi.

«Elle a poignardé dans le dos des chefs d'Église, des martyrs et des défenseurs des droits de l'homme», s’est-il insurgé. «Elle est en contradiction avec ses déclarations précédentes. Elle a oublié qui a détruit sa famille. La loi sur le blasphème est mauvaise, et la société est à blâmer.»

Nadeem Bhatti, membre fondateur du Front chrétien de libération du Pakistan, a condamné la déclaration «dangereuse» de Bibi. Shahbaz Bhatti était également le président du Front chrétien de libération.

«Bibi a dit aux États-Unis que la loi sur le blasphème est juste. Les organismes d'État la nourrissent. Des milliards ont été dépensés pour sa liberté. Elle a tout oublié. On lui dicte sa conduite au Canada. Nous continuerons à exiger des réformes et l'abolition de la loi sur le blasphème», a déclaré Nadeem Bhatti, qui a affirmé la soutenir.

Le blasphème est une question très sensible dans un Pakistan profondément conservateur, où des accusations non prouvées peuvent conduire à des lynchages, des meurtres et de violentes protestations.

En août, un chrétien a été arrêté à Nowshera et accusé d'avoir profané le Coran. L'arrestation a eu lieu quelques jours après qu'une vidéo est devenue virale sur les médias sociaux, montrant des pages du Coran dans un égout.

Un autre chrétien a été arrêté en août pour ses commentaires critiques sur Facebook concernant le festival musulman annuel Eid al-Adha.

Avec ucanews.com.

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