Avortement et élections

Conférence pro-vie à saveur électorale dans une paroisse de Québec

  • La Marche nationale pour la vie à Ottawa en 2016. Le cofondateur de RightNow, Scott Hayward, qui doit donner une conférence dans une paroisse de Québec le 28 août, estime qu'il est temps de revoir les stratégies pro-vie au pays.
  • Depuis plusieurs mois, les comptes de nombreux Québécois abonnés aux médias sociaux, tels que Twitter ou Facebook, sont approchés par des membres liés à l'Église de Dieu tout puissant, un mouvement chinois qui se réclame du christianisme.
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-08-27 16:20 || Québec Québec

Une paroisse catholique de Québec organise une soirée pro-vie à saveur politique. L’événement aura lieu le mercredi 28 août, alors que le cofondateur de RightNow donnera une conférence en anglais intitulée Peut-on agir politiquement pour le respect de la vie?.

La soirée aura lieu dans une salle communautaire qui jouxte l’église Saint-Thomas-d’Aquin, dans un contexte préélectoral. Sur sa page Facebook, la paroisse fait la promotion de l’événement en demandant: «Comment participer à un changement de mentalité au Québec à propos du respect de la vie?»

L’événement s’intitulait d’abord Comment le mouvement pro-vie peut gagner les prochaines élections?. Le titre de la conférence a été modifié il y a quelques jours. Certains internautes ont reproché à la paroisse, avant et après le changement du titre, de «faire de la politique» en endossant un «groupe rétrograde et ultraconservateur».

«Il y a plus de personnes pro-vie que ce que laissent entendre les médias conventionnels», réagit Scott Hayward, celui qui prononcera la conférence qui sera offerte avec une traduction simultanée en français.

Comptable professionnel agréé de formation, l’homme de 29 ans se consacre à temps plein à RightNow, une organisation qu’il a cofondée avec Alissa Golob il y a trois ans.

«RightNow existe pour nommer et élire des politiciens pro-vie en mobilisant les Canadiens sur le terrain», explique-t-il.

Sa stratégie consiste, d’une part, à mobiliser des citoyens pour les encourager à s’engager lors des investitures locales afin de forcer la main aux principaux partis en promouvant des candidats près à défendre les idées du mouvement pro-vie et, d’autre part, à «former des bénévoles à travers le pays afin de créer des équipes de campagne efficaces dans chaque circonscription du Canada».

«Ce n’est que lorsque nous aurons une majorité de politiciens pro-vie dans nos assemblées législatives que nous verrons une législation pro-vie adoptée dans notre pays», indique le site Web de l’organisation.

Repenser le militantisme pro-vie

M. Hayward explique avoir songé à une stratégie différente après avoir réalisé que le militantisme pro-vie classique n’a pas donné des résultats politiques escomptés. En entrevue, il insiste pour dire que le Canada est, avec la Corée du Nord, le seul pays qui n’a pas de législation claire en matière d’avortement.

Il parcourt présentement le Canada dans le cadre d’une tournée qui doit le mener dans une cinquantaine de circonscriptions. RightNow entend particulièrement se concentrer sur les circonscriptions où des candidats pro-vie ont été écartés de justesse lors des élections fédérales de 2015, en espérant leur donner le coup de pouce nécessaire pour développer une base partisane apte à les propulser à Ottawa. Il souhaite parvenir à forcer la main aux partis fédéraux et les obliger à tenir compte de la réalité de candidats pro-vie, dans un contexte où le Parti libéral du Canada et le Nouveau Parti démocratique ferment présentement la porte à des candidats qui aimeraient toucher à l’avortement à la Chambre des communes.

«Nous voulons fournir de la formation aux gens. Je ne crois pas que ce type de travail ait déjà été fait. L’idée est de mettre en place une banque d’information de personnes [pro-vie], de remporter les investitures, de remporter les circonscriptions», affirme M. Hayward.

Il dit se rendre pour une conférence à Québec avant tout parce qu’un contact l’a expressément invité à venir parler à la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin, et non parce qu’un candidat pro-vie pourrait y faire des gains politiques à court terme. Il s’agit pour lui d’un travail de défrichage qui vise à motiver des bénévoles à s’engager localement.

«Nous sentons que le mouvement pro-vie a été ignoré pendant trop longtemps dans la province de Québec. Les efforts nécessaires auprès des francophones n’ont pas été faits», estime-t-il.

La paroisse Saint-Thomas-d’Aquin se positionne comme la paroisse jeunesse de l’archidiocèse de Québec. Une messe des jeunes qui attire plusieurs centaines de personnes a lieu les dimanches soirs. La paroisse est animée par la Communauté de l’Emmanuel, qui a pris racine sur le territoire de l’archidiocèse en 2007, lorsque Marc Ouellet était archevêque.

RightNow se targue d’offrir une nouvelle approche jeunesse audacieuse et structurée en matière de militantisme pro-vie. M. Hayward ne cache pas son intérêt pour s’adresser à de jeunes catholiques à Québec, espérant que plusieurs seront disposés en entendre son message.

La veille de la conférence, la directrice des communications de l’archidiocèse de Québec, Valérie Roberge-Dion, précisait que des prêtres de la paroisse se sont déjà assis avec un responsable de RightNow «pour en savoir plus avant de les inviter».

Elle a indiqué que c’est la paroisse qui a pris l’initiative d’organiser cette soirée et qu’elle n’avait pas à demander une «approbation» à l’archidiocèse.

Les autorités diocésaines n’ont d’ailleurs par l’intention d’envoyer un observateur sur place mercredi soir. Quant à savoir si elles approuvent l’approche de RightNow en matière d’opposition à l’avortement, elles ont dit qu’elles seront «plus à même de pouvoir commenter» après l’événement.

Présence a tenté depuis lundi matin de parler à l’un des prêtres responsables de cette conférence à Saint-Thomas-d’Aquin. Au moment de publier ces lignes, aucun n’avait encore retourné nos appels.

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