Signes religieux

Des leaders anglicans et protestants critiquent le projet de loi sur la laïcité

Des leaders de l’Église anglicane du Canada et de l’Église Unie du Canada ont tour à tour fait connaître leur opposition au projet de loi sur la laïcité.
Des leaders de l’Église anglicane du Canada et de l’Église Unie du Canada ont tour à tour fait connaître leur opposition au projet de loi sur la laïcité.   (Unsplash/Anastasia Vityukova)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-04-04 16:42 || Québec Québec

Des leaders de l’Église anglicane du Canada et de l’Église Unie du Canada – les principales Églises chrétiennes au Québec après l’Église catholique romaine – ont tour à tour fait connaître leur opposition au projet de loi sur la laïcité.

Les évêques des diocèses anglicans de Montréal et de Québec ont réagi le 4 avril à la lettre ouverte du premier ministre du Québec défendant le projet de loi 21. Ils estiment que la législation proposée peut représenter un type d’ingérence politique dans la vie religieuse.

Dans une lettre adressée au premier ministre François Legault, Mgr Mary Irwin-Gibson de Montréal et Mgr Bruce Myers de Québec expriment leur crainte que projet de loi 21 déposé le 28 mars par le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, le caquiste Simon Jolin-Barrette, ne constitue une ingérence dans la liberté de religion. Ils reviennent notamment sur l’affirmation du premier ministre Legault selon laquelle État et religion sont séparés depuis longtemps au Québec, un énoncé qu’ils partagent.

«Cependant, disent-ils, au lieu de maintenir un état neutre sur le plan religieux, le projet de loi 21, Loi sur la laïcité de l’État, légiférerait en fait sur le type même d’ingérence gouvernementale dans le domaine de la religion à laquelle vous prétendez vous opposer.»

Ils rappellent que de vouloir exprimer «une relation durable» avec le divin «fait partie de l’humain».

«Pour certains, cela signifie porter des symboles ou des vêtements religieux, tels un hijab, une kippa ou une croix, objets qui peuvent être intrinsèques à la pratique de la foi et qui ne peuvent pas être enlevés et remis selon l’occasion», insistent-ils.

Les évêques disent apprécier les appels à débattre calmement lancés par le premier ministre et son gouvernement depuis quelques jours. Ils disent tout de même craindre que le projet de loi 21 puisse «contribuer à un climat de suspicion et de crainte d’autrui, notamment des Québécois et Québécoises de tradition musulmane, à un moment où nous avons besoin que notre gouvernement aide à protéger nos prochains plutôt que de les cibler davantage inutilement».

Ils soulignent que la tuerie de janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec constitue une invitation à se questionner sur la manière dont les débats entourant la laïcité «pourraient attiser la peur et mettre en danger la vie des gens».

Mgrs Irwin-Gibson et Myers croient qu’«il existe un autre moyen» pour la société québécoise d’avancer dans ce dossier. Ils appellent à faire preuve de «gros bon sens» en misant notamment sur les rencontres et le dialogue, une approche qui leur a permis d’être «enrichis et bénis».

«Ce n’est qu’en exposant nos différences honnêtement et ouvertement, au lieu de les cacher ou de les supprimer, que nous pouvons espérer construire un Québec véritablement laïc et pluraliste qui offrira à tous ses citoyens la possibilité de s’épanouir», écrivent-ils. 

«N’adoptons pas des mesures qui serviront à exclure et à appauvrir»

De son côté, l’Église Unie du Canada est également d’accord qu’il est important de maintenir et de préserver la séparation entre l’État et la religion. Elle se demande néanmoins «pourquoi le gouvernement semble craindre l’expression religieuse personnelle des individus qui représentent l’État».

La plus grande Église protestante au Canada a fait connaître sa position dans une lettre signée par Rosemary Lambie, ministre exécutif du Conseil régional Nakonha:ka, et Éric Hébert-Daly, responsable des Ministères en français.

«Nous ne croyons pas que la population québécoise se laisse tout à coup convaincre de devenir religieuse après avoir vu quelqu’un porter un symbole religieux», écrivent-ils dans le document rendu public le 2 avril. «Nous avons confiance que les Québécois et les Québécoises puissent prendre leurs propres décisions en ce qui a trait à leurs croyances personnelles. Dans le monde d’aujourd’hui, et qui plus est dans une culture démocratique et ouverte, les sources d’inspiration ou d’influence sont et demeureront multiples. Et c’est justement ce que nous croyons important de préserver et de nourrir.»

L’Église Unie estime que les dispositions du projet de loi 21 interdisant le port de signes religieux pour certains employés de l’État en position d’autorité «sèment une division au lieu d’harmoniser le tissu social».

«Certains symboles religieux sont enracinés dans la foi d’une personne et ne peuvent pas simplement être abandonnés pendant 8 heures par jour. Qui laisse ses valeurs et ses principes à la porte de son lieu de travail chaque matin?», demandent-ils.

Les auteurs de la lettre appellent plutôt à s’en tenir aux compétences du personnel plutôt que de se concentrer sur les vêtements qu’il porte.

«Qui sait, d’ailleurs, si la personne ne trouve pas dans ses croyances une motivation profonde qui l’amène à se dévouer dans le respect d’autrui? Nos barrières défensives nous privent de cette humanité», croient-ils.

Selon eux, la société québécoise a su faire part d’une grande ouverture depuis la Révolution tranquille. «N’adoptons pas des mesures qui serviront à exclure et à appauvrir cette ouverture», exhortent-ils.

Le premier ministre Legault tenait à ce que ce projet de loi soit présenté à l’Assemblée nationale avant l’été. Le 4 avril, il a laissé entendre qu’il pourrait envisager d’avoir recours au bâillon, estimant que le débat dure depuis très longtemps et que de l’étirer davantage pourrait nuire à la cohésion sociale.

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