Pensionnats autochtones

Excuses du pape: débat passionné à la Chambre des communes

Ce n’est que le mardi 1er mai 2018 que l’on saura si les députés de la Chambre des communes vont inviter, à l’unanimité ou sur division, le pape François «à présenter des excuses papales officielles pour les pensionnats autochtones.
Ce n’est que le mardi 1er mai 2018 que l’on saura si les députés de la Chambre des communes vont inviter, à l’unanimité ou sur division, le pape François «à présenter des excuses papales officielles pour les pensionnats autochtones.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-04-27 12:01 || Canada Canada

Ce n’est que le mardi 1er mai 2018 que l’on saura si les députés de la Chambre des communes vont inviter, à l’unanimité ou sur division, le pape François «à présenter des excuses papales officielles pour le rôle qu’a joué l’Église catholique canadienne dans la mise en place, les opérations et les sévices des pensionnats autochtones».

«Le pape peut comprendre l'importance de cette motion parce qu'il a une vision de réconciliation et de justice pour tout le monde», a déclaré, en français, le député néodémocrate Charlie Angus tout de suite après la lecture du texte de la proposition qui sera soumise au vote par appel nominal mardi.

«C'est nécessaire que le pape joue un rôle positif et proactif auprès du Parlement du Canada et des communautés autochtones en offrant des excuses formelles», a ajouté le député de Timmins—Baie James en prononçant la toute première intervention de la journée, hier, à la Chambre des communes. Les débats sur sa motion demandant des excuses papales ont duré plus de cinq heures le jeudi 26 avril.

«Quand l'Église catholique déclare, en 2018, que, dans l'ensemble, elle n'a pas participé à l'exploitation des pensionnats, on se rapproche dangereusement de la voie du révisionnisme historique», a déploré le député Angus. «Les évêques faisaient valoir la politique [des pensionnats]. Ils en supervisaient l'application. Ils ont travaillé main dans la main avec le gouvernement fédéral et ont camouflé la vérité à toutes les étapes.»

C’est par un «Malheur à ceux qui ont causé autant de torts alors qu'ils avaient l'obligation d'agir honorablement», que le député Charlie Angus a conclu sa première intervention.

Des attentes envers l'Église catholique

Pour la ministre Carolyn Bennett, «la motion d'aujourd'hui revient à dire que le Canada a présenté ses excuses. Les autres Églises ont présenté leurs excuses. Si la Commission de vérité et réconciliation a lancé un appel à l'action demandant au pape de présenter ses excuses, c'est parce que les entités catholiques ne l'ont toujours pas fait». Dans les faits, des excuses ont été présentées au fil des années, mais de manière morcelée de la part de diverses entités catholiques.

Les Autochtones, dont plusieurs sont de fervents catholiques, a rappelé la ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, «veulent que leur Église fasse mieux et qu'elle présente ses excuses de sorte qu'ils puissent reprendre le cours de leur vie, poursuivre leur processus de guérison et tourner la page».

La ministre Bennett a déclaré qu’elle allait voter en faveur de la motion présentée par le député Angus.

La députée Georgina Jolibois (Desnethé—Missinippi—Churchill River), une catholique pratiquante, a demandé «au chef de son Église de s’excuser».

«J’invite le pape à présenter des excuses en sa qualité de chef actuel de l’Église. Je demande au pape de comprendre, en tant que chef spirituel des jeunes catholiques, que dans les pensionnats indiens, c’était vers Dieu que les jeunes pensionnaires se tournaient, mais en vain, pour leur salut et pour trouver espoir», a-t-elle déclaré avec émotion.

Le député Romeo Saganash (Abitibi—Baie-James—Nunavik—Eeyou, NPD), qui avait fustigé les deux dirigeants de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) venus à Ottawa le 18 avril afin de «clarifier les malentendus» et de corriger «l’information erronée diffusée par les médias» concernant les excuses du pape aux Autochtones du Canada, a préféré ne pas participer au débat sur cette motion.

«La raison en est fort simple. J'ai fréquenté un pensionnat pendant 10 ans. Lorsqu'on demande à quelqu'un de parler de cette expérience, on lui demande de revivre ce traumatisme. Je n'étais pas prêt à faire une telle chose. Je ne crois pas être en mesure de le faire», a-t-il dit.

Une invitation

Le député Alistair MacGregor (Cowichan—Malahat—Langford), lui aussi du Nouveau Parti démocratique, estime qu’il ne faut pas voir dans cette motion «une attaque contre les catholiques ou contre les institutions catholiques».

Il ajoute que le libellé de la motion lui plaît parce qu’il est positif. «Nous n'obligeons pas l'Église catholique à faire quoi que ce soit. Selon le libellé de la motion, nous invitons le pape. Bien franchement, j'espère seulement que le pape et le Vatican entendront ce message. Lorsque le pape entendra que nous l'invitons à poser ce geste, j'espère qu'il écoutera son cœur et se joindra à nous et nous accompagnera jusqu'à la fin dans notre démarche».

«Quel beau jour ce sera pour les survivants du système lorsqu'ils entendront des excuses de la part du Saint-Père de l'Église catholique», a conclu le député MacGregor, qui a dit espérer que le vote des députés sera unanime.

«Je suis anglicane; mon Église a présenté des excuses», a ensuite expliqué la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May. «J'ai le plus grand respect pour le pape actuel et je le considère comme une personnalité chrétienne inspirante», a-t-elle jouté.

Mais pour la députée, il ne fait pas de doute que le pape doit «prendre part au processus de réconciliation». Elle votera en faveur, mardi, de cette motion qui lui demandera non seulement «de présenter officiellement des excuses», mais aussi «de respecter les obligations liées à la réconciliation au nom de l'Église catholique canadienne».

Le député conservateur Garnett Genuis, qui s’est opposé la semaine dernière à ce que la Chambre des communes adopte à l’unanimité une première motion présentée par le député Charlie Angus, n’a pas pris part aux débats sur la nouvelle motion qui a été réécrite afin d'y enlever toute référence aux évêques du Canada. La motion débattue hier par les députés de tous les partis s’adresse directement au pape François.

Le texte de la nouvelle motion

Que, pour répondre à l’appel de la Commission de vérité et réconciliation visant à faire avancer notre nation sur le chemin d’une véritable guérison pour les crimes de l’époque des pensionnats autochtones, la Chambre:
    a) invite le pape François à participer à ce cheminement avec les Canadiens et les Canadiennes en répondant à l’appel à l’action numéro 58 du rapport de la Commission de vérité et réconciliation et à présenter des excuses papales officielles pour le rôle qu’a joué l’Église catholique canadienne dans la mise en place, les opérations et les sévices des pensionnats autochtones;
    b) demande à l’Église catholique canadienne de respecter son obligation morale ainsi que l’esprit de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens de 2006, et de redéployer tous les efforts possibles pour amasser le montant total des fonds convenus;
    c) demande à toutes les entités catholiques impliquées dans les opérations des pensionnats autochtones de faire des efforts cohérents et soutenus pour remettre les documents pertinents lorsqu’elles sont appelées à le faire par des survivants des pensionnats autochtones, par des membres de leur famille ou par des spécialistes travaillant à comprendre l’ampleur des horreurs du système des pensionnats autochtones, dans l’intérêt de la vérité et de la réconciliation.

 

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