Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées

Femmes autochtones: les Églises dans le tordeur de l'enquête nationale

Détail de la page couverture du rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées dévoilé le 3 juin 2019.
Détail de la page couverture du rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées dévoilé le 3 juin 2019.   (Capture d'écran)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-06-03 15:14 || Canada Canada

Les 1200 pages du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées répètent «que les violations persistantes et délibérées des droits de la personne et des droits des Autochtones, et les abus qui en découlent, sont à l’origine des taux effarants de violence envers les femmes et les filles autochtones».

Le rapport, rendu public le 3 juin 2019, contient 231 «appels à la justice», des recommandations qui visent les gouvernements, les institutions publiques, les agences de services sociaux, les entreprises et l'ensemble des citoyens du Canada.

Bien que le rapport déplore que les femmes autochtones aient été les victimes d'une violence perpétrée «par des institutions, comme l’armée, l’Église, le système d’éducation, le système de santé, les services de police et les premiers intervenants, ainsi que par le système judiciaire», aucune recommandation ne vise spécifiquement les dirigeants des différentes Églises chrétiennes du Canada.

Le rapport reconnaît que le système des pensionnats indiens au Canada «a été un outil dévastateur et brutal qui avait pour objet d’assimiler les personnes les plus vulnérables des nations autochtones». Ce sont principalement des Églises chrétiennes qui ont administré ces pensionnats où «les sévices sexuels étaient endémiques», déplore-t-on.

Le Québec et le missionnaire Alexis Joveneau

Les commissaires responsables de cette Enquête nationale ont aussi rédigé un rapport spécifique de 180 pages sur le Québec «afin d’accorder une attention particulière au problème de la violence envers les femmes et les filles autochtones dans cette province».

C'est dans ce rapport que l'on compte le plus grand nombre de mentions de l'Église catholique et de ses liens avec les peuples autochtones.

Tout comme dans l'ensemble du Canada, on reconnaît que «le passage des Premières Nations et des Inuit au Québec dans les pensionnats autochtones a été l’un des facteurs les plus dommageables pour la survivance, le mode de vie et la transmission de la culture».

Les commissaires rappellent par ailleurs qu'«au-delà des pensionnats, les autorités religieuses étaient [aussi] très présentes au sein des communautés des Premières Nations et des Inuit» et qu'elles y exerçaient une très grande influence.

Lorsque les commissaires de l'Enquête nationale ont tenu des audiences sur la Côte-Nord en novembre 2017, plusieurs témoins ont dénoncé les agissements d’un missionnaire, Alexis Joveneau. Cet oblat, originaire de la Belgique, a vécu à La Romaine (Unamen Shipu), en Basse-Côte-Nord, de 1953 jusqu'à son décès en 1992.

Le nom du père Joveneau est mentionné pas moins de vingt fois dans le rapport québécois de l'Enquête nationale.

On lui reproche d'avoir «organisé la déportation de plusieurs familles innues de Pakuashipi à Unamen Shipu (La Romaine) et limité l’accès aux ressources et aux vivres à celles qui ont osé lui désobéir».

Il est aussi accusé d'avoir agressé des enfants innus. Une femme, qui aurait subi des attouchements sexuels du père Joveneau à l'âge de 7 ans, explique «à quel point il était presque impossible, à l’époque, de dénoncer ces attouchements, tant le père Joveneau était perçu comme un Dieu dans la communauté».

Les commissaires déplorent que la dénonciation des gestes posés par ce missionnaire ait longtemps été considérée «comme un péché, sinon comme une honte par les parents qui, souvent, refusaient de croire leurs enfants ou d’admettre que de tels comportements soient possibles».

Le rapport québécois de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées compte 21 demandes, faites principalement au gouvernement du Québec.  Aucune toutefois ne vise l'Église catholique ou les Missionnaires oblats de Marie-Immaculée, la communauté du père Alexis Joveneau.

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