Aide fédérale pour les communautés à risque

L'antisémitisme, un barème de la radicalisation

Richard Marceau.
Richard Marceau.   (Courtoisie)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-12-05 10:19 || Canada Canada

Le 28 novembre, Sécurité publique Canada a annoncé la reconduction et l’amélioration du Programme de financement des projets d’infrastructure de sécurité pour les collectivités à risque (PFPIS) qui aide les lieux de culte et les centres communautaires à se protéger contre les crimes haineux. Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), un des organismes concernés par ce programme, est particulièrement heureux de cette annonce, même s’il émet une réserve importante à son sujet.

«Les crimes antisémites sont comme le canari dans la mine: l’antisémitisme est un excellent indicateur de la présence d’un problème de radicalisation au sein de la société ou d’une organisation», souligne Richard Marceau, avocat-conseil et conseiller politique principal du Centre consultatif des relations juives et israéliennes.

Dans une entrevue accordée à Présence, il se dit très heureux de constater que le Programme de financement des projets d’infrastructure de sécurité soit reconduit. «Il y a eu des améliorations par rapport au précédent programme. Le délai de traitement des demandes a été réduit. Il est plus facile pour les demandeurs de remplir les formulaires.»

Des réserves

Cependant, le CIJA émet une réserve quant à l’obligation pour les demandeurs de défrayer 50 % des coûts de la mise sur pied d’un système de sécurité. «Nous avons demandé au ministère de diminuer la participation financière des synagogues ou des groupes communautaires. Nous n’avons pas réussi à le convaincre. Tous ne possèdent pas les ressources financières pour répondre à ce critère économique», précise Richard Marceau.

Par ailleurs, l’existence d’un tel programme l’attriste. «Dans notre pays, la haine est plutôt marginale. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. C’est avec une certaine tristesse que je constate que nous avons besoin d’un tel programme. Pour les principales fêtes dont Roch Hachana (le Nouvel An juif) et le Yom Kippour (le jour du grand pardon), nous sommes obligés d’avoir une présence policière payée par la synagogue pour assurer la sécurité.»

Selon les dernières données de Statistique Canada, en 2013 la communauté juive a été la cible de 181 crimes haineux rapportés, soit 55 par 100 000 habitants. «Cela fait des juifs le groupe minoritaire le plus visé au Canada. De plus, comme ce sont souvent des sites communautaires, comme les synagogues et les centres, les impacts de ces attaques sont ressentis à travers l'ensemble de la communauté», souligne Richard Marceau.

Effet Trump?

Conscient que ce programme ne peut à lui seul régler le problème des crimes haineux, le CIJA est engagé dans le dialogue interculturel et interreligieux. «Nous allons dans les écoles pour sensibiliser les jeunes. Nous dialoguons avec l’Église catholique et différentes communautés musulmanes. Prochainement, nous allons annoncer officiellement nos relations avec les chrétiens évangéliques.»

Bien que des vagues d’actes antisémites comme celle dont ont été victimes trois synagogues et un centre communautaire juif d’Ottawa surviennent épisodiquement, Richard Marceau croit «que dans l’ensemble, les relations avec les autres communautés sont très bonnes».

Il ne croit pas que les crimes haineux survenus à Ottawa soient une conséquence de l’élection de Donald Trump. «Il y a une certaine parole qui s’est libérée suite à l’élection de Trump à la tête des États-Unis. Est-ce qu’elle a provoqué la vague d’attentats dans la capitale nationale? Les forces policières disent que non.»

 

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