Projet de loi 21

L'archevêque de Montréal craint un recul des libertés individuelles

Selon l'archevêque de Montréal, Christian Lépine, la neutralité de l'État devrait plutôt «signifier une ouverture et une bienveillance devant le fait religieux et la diversité de croyances».
Selon l'archevêque de Montréal, Christian Lépine, la neutralité de l'État devrait plutôt «signifier une ouverture et une bienveillance devant le fait religieux et la diversité de croyances».   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-05-16 07:42 || Québec Québec

Quelques heures avant que ne débutent le dernier jour des auditions publiques sur le projet de loi 21, Mgr Christian Lépine, l'archevêque de Montréal, déclare «craindre un recul des libertés individuelles» si la Loi sur la laïcité de l'État est adoptée par l'Assemblée nationale sans modification.

Selon l'archevêque de Montréal, la neutralité de l'État devrait plutôt «signifier une ouverture et une bienveillance devant le fait religieux et la diversité de croyances».

«Comment ne pas voir dans l’interdiction du port des signes religieux une entrave à la liberté de conscience et de religion, voire même une atteinte à la dignité humaine de personnes tenues de se cacher ou de taire leur identité au nom d’une présumée neutralité?», demande-t-il.

«Un État qui se dit neutre de manière si subjective ne peut réellement se réclamer du respect de la dignité de ses citoyens car la société n’est pas homogène», ajoute Mgr Lépine.

Il regrette particulièrement que le personnel enseignant soit contraint, par les dispositions du projet de loi 21, à n'afficher aucun signe ou vêtement religieux à l'école.

«Si les enseignantes et enseignants ne peuvent pas porter à leur discrétion des signes religieux, le message qui est donné aux enfants et aux jeunes est que la religion n’a pas sa place dans l’espace public, réduisant ainsi les croyants et les croyantes dans leurs droits les plus fondamentaux.»

Mgr Christian Lépine rappelle que «le port de signes ou de vêtements comme manifestation d’appartenance à une communauté religieuse est un droit fondamental» reconnu par l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. «Nous attendons du gouvernement québécois qu’il respecte cet engagement et garantisse ce droit fondamental et inaltérable.»

«Relativiser les libertés individuelles des citoyens au nom de la séparation des religions et de l’État comme de sa neutralité religieuse constitue une dangereuse dérive vers une laïcité fermée qui tend vers l’effacement progressif des manifestations individuelles et collectives publiques d’appartenance à une communauté religieuse», avertit l'archevêque de Montréal.

Aucun évêque, catholique ou anglican, n'a été invité à participer aux auditions sur le projet de loi 21. L'Assemblée des évêques catholiques du Québec n'a pas non plus été invitée par le gouvernement caquiste à présenter un mémoire devant les députés qui étudient la Loi sur la laïcité de l'État présenté par Simon Jolin-Barrette, ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, le 28 mars 2019.

L'intervention de Mgr Lépine reprend plusieurs positions déjà exprimées par le prélat.

Dernière journée

Ce jeudi 16 mai, les quatre derniers groupes à présenter un mémoire seront Fédération des femmes du Québec, la Coalition Inclusion Québec, la Ligue des droits et libertés et le Rassemblement pour la laïcité.

Depuis le 7 mai 2019, trente-huit groupes et individus ont été invités à exprimer leurs réactions et leurs réflexions sur le projet de loi 21. Aucun groupe lié à une Église ou à une religion ne faisait partie de la toute première liste des intervenants, dévoilée quelques jours avant le début des auditions. Le gouvernement caquiste s'est ravisé et a invité le Centre consultatif des relations juives et israéliennes, un porte-parole des communautés juives du Québec.

La Coalition Inclusion Québec, qui interviendra aujourd'hui, regroupe des croyants et des non-croyants. C'est la révérende Diane Rollert, pasteure de l'Église unitarienne de Montréal, qui présentera le mémoire de cette coalition mise sur pied ces dernières semaines.

Au lendemain du dévoilement de la première liste des groupes invités à présenter un mémoire sur le projet de loi 21, la révérende Rollert, qui est aussi présidente du Dialogue judéo-chrétien de Montréal, s'était dite choquée de constater l'absence d’institutions religieuses.

«Franchement, c'est inacceptable qu'aucun groupe représentatif des communautés culturelles et religieuses n'ait été invité. Et je pense particulièrement aux communautés dont les droits seront limités par ce projet de loi. C'est très décevant», avait-elle déclaré à l'agence de presse Présence.

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