Critiquée par des musulmans et des chrétiens

La loi sur la neutralité religieuse de l’État passe mal

Femme musulmane portant le niqab.
Femme musulmane portant le niqab.   (The Home of Fixers on Flickr/CC BY-ND 2.0)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2017-10-20 10:48 || Québec Québec

Sitôt adoptée, sitôt critiquée. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les dispositions du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État fassent réagir, y compris dans les milieux religieux.

Le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) a qualifié de «discriminatoire» le texte adopté le 18 octobre.

«La décision prise aujourd’hui par l’Assemblée nationale du Québec, à l’approche de la prochaine campagne électorale provinciale, se résume à une politique identitaire déplorable. En déposant cette loi discriminatoire, le gouvernement du Québec met en place un programme politique dangereux sur le dos des minorités, tout en courtisant le populisme discriminatoire plutôt que de pratiquer de bons principes de gouvernance», a réagi Ihsaan Gardee, directeur général du CNMC.

«Cette loi est une atteinte injustifiée aux libertés de religion et elle est contraire aux valeurs inscrites dans la Charte canadienne des droits et libertés et dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec», a-t-il ajouté.

De son côté, Samaa Elibyari, membre du chapitre de Montréal du Conseil canadien des femmes musulmanes, estime que la nouvelle loi manque de cohérence.

«On veut que le gouvernement soit neutre et que la religion n’intervienne pas dans nos relations avec le gouvernement. Mais après, on cible une communauté religieuse bien définie», déplore-t-elle.

La dame d’origine égyptienne habite au Québec depuis 40 ans. Elle affirme avoir noté une dégradation de la manière dont sont traités les musulmans dans la province depuis quelques années.

«La dernière année a été la plus pénible. Mais est-ce qu’un parti politique se démarque d’un autre sur ce dossier? Non. En raison du climat actuel, tous les partis savent qu’on peut taper sur les musulmans et que ça va vous rendre plus populaire. C’est alarmant et déplorable», dit-elle.

Samaa Elibyari croit par ailleurs que le texte approuvé par les députés mercredi risque d’avoir l’effet contraire de ce qu’il cherche à faire, notamment en ce qui concerne l’interdiction de prendre les transports publics avec un vêtement qui cache le visage, comme le niqab ou la burqa.

«Si on veut encourager la femme musulmane à s’intégrer, il faut l’encourager à sortir. En lui refusant de prendre l’autobus, vous venez de la marginaliser, de réduire ses choix. Elle va attendre que son mari l’accompagne pour sortir?», demande-t-elle. «Ça ne sert pas ce qu’on prétend servir. Et c’est offensant pour les femmes: on leur dit qu’elles n’ont pas assez de jugement et qu’on doit imposer une loi sur elles. C’est une mentalité coloniale que j’accepte mal. Il y a le concept le vouloir ‘délivrer la femme brune des hommes bruns’!»

Un commentaire qui passe mal

Du côté des chrétiens, un commentaire de l’évêque anglicane de Montréal publié sur Facebook en réaction à l’adoption du projet de 62 en a fait sourciller plus d’un jeudi.

«If it walks like racist and talks like racist, is Quebec really not? It's certainly anti-religious [ndlr: si ça marche comme un raciste et parle comme un raciste, le Québec ne l’est-il pas? C’est certainement anti-religieux]», a écrit Mgr Mary Irwin-Gibson dans une note qui a été effacée depuis.

Le commentaire a été mal reçu par plusieurs personnes, dont le pasteur Richard Bonetto de l’église presbytérienne Saint-Luc, à Montréal.

«Qu'on se le dise je suis contre les dispositifs de la loi 62 concernant le voile intégral. Mais je n'accepterai jamais la condescendance des personnes qui traitent sans aucunes nuances les Quebécois-ses de racistes, soient-elles mitrées!» a-t-il réagi.

Il a écrit au vicaire général du diocèse anglican de Montréal, l’archiprêtre Robert Camara, pour exiger des excuses publiques de la part de l’évêque en indiquant «on n'élimine pas une loi qu'on juge raciste par un commentaire raciste».

Impact «majeur et positif»

Rappelons que le projet de Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État et visant notamment à encadrer les demandes d'accommodements pour un motif religieux dans certains organismes avait été déposé à l’Assemblée nationale en juin 2015.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a qualifié son adoption cette semaine de «moment charnière pour le Québec». Selon elle, le texte «regroupe les éléments qui font consensus et qui s'inscrit dans le respect de la société démocratique, pluraliste et inclusive que nous sommes». Elle croit que son impact sera «majeur et positif».

 

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