Le président américain en visite au Vatican

Le pape reçoit Donald Trump pour un tête-à-tête

Le président américain Donald Trump a rendu visite au pape François le 24 mai 2017.
Le président américain Donald Trump a rendu visite au pape François le 24 mai 2017.   (CNS photo/Paul Haring)
2017-05-24 15:31 || Vatican Vatican

Le pape François et le président américain Donald Trump se sont entretenus pendant une trentaine de minute, le 24 mai, dans la bibliothèque du Palais du Vatican. «Je n’oublierai pas ce que vous m’avez dit», a dit le président au pape, en sortant de son audience privée avec lui.

L’atmosphère était tendue et protocolaire au début de la rencontre. Le climat s’est cependant détendu lorsque le pape a demandé à la première dame, Melania Trump, s’il lui arrivait de cuisiner des «potica» pour son mari – une pâtisserie traditionnelle de son pays d’origine, la Slovénie. Tous ont alors esquissé un sourire.

Le pape a ensuite remis au président Trump un médaillon sur lequel figure un olivier, un symbole de la paix. «Nous avons besoin de la paix», a répondu Donald Trump.

Le pape a également remis au président une copie autographiée du discours qu’il a prononcé à l’occasion de la Journée mondiale de la paix. Il lui a aussi remis une copie de son encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la création, et une copie d’Amoris laetitia son exhortation apostolique sur la famille.

Connaissant l’intérêt de François pour les propos de Martin Luther King, le président Trump lui a remis un coffret contenant cinq livres rédigés par le leader du mouvement des droits civiques.

Au terme de son entretien avec le pape, le président est allé à la rencontre du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican. Il s’est aussi entretenu avec Mgr Paul Gallagher, le ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège. Donald Trump était accompagné de Rex Tillerson, Secrétaire d’État des États-Unis, et de H. R. McMaster, le conseiller en sécurité nationale du président. Cette réunion a duré une cinquantaine de minutes.

Selon Rex Tillerson, les changements climatiques n’ont pas été abordés lors du tête-à-tête entre le pape et le président américain. La délégation américaine et le secrétaire d’État du Vatican ont cependant eu «de bons échanges» sur cet enjeu, a indiqué Tillerson.

«Le cardinal nous a rappelé que cet enjeu était important à leurs yeux», dit-il. «Il a réitéré l’importance de l’accord de Paris [COP21]. Nous lui avons fait part de la difficulté à faire face aux changements climatiques, tout en faisant en sorte que notre économie soit florissante et que les gens puissent avoir accès à des emplois leur permettant de nourrir leur famille et de prospérer», ajoute Tillerson, lui-même ex-PDG de la pétrolière Exxon.

Questionné quant à l’éventualité que les États-Unis finissent par ratifier l’accord de Paris, Tillerson a admis que le cardinal Parolin a exercé des pressions dans ce sens. «Le président Trump y réfléchit et il n’a pas encore pris de décision à ce sujet.»

Tillerson n’a pas voulu conjecturer lorsque les journalistes lui ont demandé de se prononcer sur les propos tenus par le président Trump, en sortant de sa rencontre avec le pape: «Je n’oublierai pas ce que vous m’avez dit».

Les autorités vaticanes ont qualifié de «cordiales» les discussions entre le président Trump et les diplomates du Vatican, les deux parties en présence ayant apprécié la qualité des «relations bilatérales entre le Saint-Siège et les États-Unis d’Amérique, de même que leur engagement mutuel en faveur de la vie, de la liberté de religion et de la liberté de conscience».

«Nous souhaitons qu’une collaboration sereine puisse se développer aux États-Unis entre l’État et l’Église en ce qui a trait aux soins de santé, à l’éducation et à l’aide aux immigrants», lit-on dans un communiqué émis par le Vatican.

Les discussions bilatérales ont aussi porté sur diverses affaires internationales relatives à la «promotion de la paix dans le monde, par le biais de négociations politiques et de promotion du dialogue interreligieux, notamment en ce qui a trait à la situation qui prévaut au Moyen Orient et à la protection des minorités chrétiennes».

Le président Trump et le pape François se sont rencontrés à 8h30, une heure assez matinale pour un tête-à-tête officiel. Le pape a profité de ce réveil matinal pour saluer les milliers des pèlerins et des fidèles qui étaient massés sur la place Saint-Pierre, en ce jour d’audience générale.

Il a cependant été plus difficile qu’en temps normal pour plusieurs de ces pèlerins d’accéder à la place où la sécurité a été resserrée.

En arrivant à la cour Saint-Damase du Palais apostolique où le drapeau américain avait été hissé, Donald Trump a été accueilli par l’archevêque Georg Ganswein, préfet de la Maison pontificale, accompagné par une quinzaine de gardes suisses.

Bien que le pape et le président américain aient leurs différences en matière d’immigration, de politique économique ou d’écologie, le pape a indiqué aux journalistes onze jours avant la rencontre qu’il allait chercher à se concentrer sur les points communs qu’ils peuvent avoir.

«Il y a toujours des portes qui ne sont pas fermées», a dit le pape le 13 mai. «Nous devons trouver des portes qui sont au moins un peu entrouvertes afin d’y entrer et de parler de choses que nous avons en commun et d’avancer.»

Le président s’est ensuite rendu à Rome pour rencontrer le président italien Sergio Mattarella et le premier ministre Paolo Gentiloni.

Invité par des journalistes à commenter sa rencontre avec le pape, Donald Trump a répondu «génial». «Il est quelque chose. Nous avons eu une rencontre fantastique.»

Pendant ce temps, Melania Trump s’est rendue à l’hôpital Bambino Gesu – qui appartient au Vatican – voisin du Collège pontifical nord-américain où vivent les séminaristes des États-Unis à Rome. Leur fille Ivanka a visité le mouvement laïc Sant’Egidio pour assister à une rencontre sur la lutte contre le trafic humain.

Depuis longtemps, les États-Unis et le Vatican travaillent conjointement sur cette question. La Maison-Blanche avait d’ailleurs indiqué que le président Trump espérait soulever cette question avec le pape. Elle avait aussi souligné leurs efforts communs pour promouvoir la liberté religieuse dans le monde et pour lutter contre les persécutions religieuses.

La veille de leur rencontre, L’Osservatore Romano a publié deux articles sur les politiques du président Trump. L’un faisait écho à l’épiscopat américain en saluant la décision de son administration de prolonger de six mois un programme de statut temporaire protégé pour les citoyens haïtiens aux États-Unis.

Le second abordait le plan budgétaire dévoilé le 23 mai par la Maison-Blanche. Le journal notait qu’il prévoit des coupures d’aide «pour les tranches les plus pauvres de la population» et une «augmentation drastique» de 10% des dépenses militaires.

De plus, ajoutait L’Osservatore Romano, «le budget comprend également le financement de la construction du mur le long de la frontière avec le Mexique», un projet de 1,6 milliard USD.

Le pape et le président américain ont déjà exprimé des opinions très divergentes au sujet de la construction de ce mur.

En février 2016, après avoir célébré une messe à quelques mètres de la frontière, le pape avait répondu à des questions concernant les intentions de celui qui était alors candidat à la présidentielle.

«Une personne qui ne pense qu’à construire des murs, peu importe où, et non des ponts, n’est pas chrétienne», avait dit le pape.

Donald Trump avait rétorqué que le Mexique utilisait le pape comme un «pion» et indiqué qu’il était honteux pour un leader religieux de questionner la foi d’une personne.

La veille de la rencontre du pape avec le président Trump, le jésuite Antinio Spadaro, éditeur de l’influent journal Civiltà Cattolica, convenait que les différences entre les deux hommes avaient de quoi retenir l’attention. Cependant, écrivait-il, «François, le pape des ponts, veut parler à n’importe quel chef d’État qui le lui demande car il sait qu’en situation de crises […] il n’y a pas que des gens absolument bons ou absolument mauvais».

«L’histoire du monde n’est pas un film d’Hollywood», indiquait le père Spadaro sur son blogue le 23 mai.

Selon lui, l’approche du pape consiste à rencontrer les grands joueurs afin de réfléchir et de «proposer à tous le plus grand bien, exerçant ainsi la puissance douce qui me semble être le trait spécifique de sa politique internationale».

Cindy Wooden

 

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