Laïcité et neutralité religieuse de l'État

Le projet de loi 62 ne va pas assez loin, estime Françoise David

Françoise David, députée de Gouin à l'Assemblée nationale et cochef de Québec solidaire.
Françoise David, députée de Gouin à l'Assemblée nationale et cochef de Québec solidaire.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-10-18 15:56 || Québec Québec

«Il y a du bon matériel dans ce projet de loi. Mais il ne va pas assez loin.»  Porte-parole parlementaire de Québec solidaire, Françoise David, députée de Gouin, répète qu'elle a hâte de participer aux débats et consultations sur le projet de loi 62 consacré à la neutralité religieuse de l'État et aux accommodements.

En septembre, la cochef de Québec solidaire a même demandé au gouvernement de remettre à l'ordre du jour les discussions sur ce projet de loi, pourtant présenté en juin 2015 par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.

Présence: Que pensez-vous du projet de loi 62?

Françoise David: Il y a du bon matériel dans ce projet. Comme donner et recevoir des services à visage découvert, sauf en cas d'urgence humanitaire. Comme la gestion de la programmation dans les centres à la petite enfance. On indique aussi quels critères utiliser pour encadrer les demandes d'accommodements religieux. Tout cela m'apparaît très correct. Mais pour Québec solidaire, cela ne va pas assez loin.

En 2013, nous avions déposé un projet de loi qui inscrivait la question de la laïcité dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Si on a pu intégrer, dans le préambule de la Charte, la question de l'égalité entre les hommes et les femmes, on pourrait certainement le faire pour la laïcité. C'est une des valeurs du Québec d'aujourd'hui.

Nous avions aussi proposé, dans notre projet de loi, que toutes les personnes représentant tout le côté autoritaire et coercitif de l'État ne portent pas de signes religieux.

Enfin, il y a la question des symboles religieux. Et de celui dont on parle tout le temps, ce fameux grand crucifix posé exactement au-dessus de la tête du président de l'Assemblée nationale. Mais non, ce n'est pas sa place. Comme objet faisant partie du patrimoine, je verrais bien qu'on puisse le disposer dans une autre salle de l'Assemblée nationale et qu'une affiche raconte son histoire. On sait qu'il s'agit d'un don de l'archevêque de Québec au premier ministre de l'époque en signe d'alliance entre l'Église et l'État.

Mais, cela dit, je ne déchirerai pas ma chemise là-dessus. Si on adopte le projet de loi et que le crucifix reste là, ce ne sera pas dramatique. Mais par souci de cohérence, si on parle de laïcité de l'État et de ses institutions, on devrait éviter ce genre de situation.

Je pense que le plus important, c'est que la notion de laïcité soit inscrite dans un texte fondateur de la société québécoise, comme la Charte des droits et des libertés de la personne.

En passant, la laïcité ce n'est pas l'absence de la religion sur la place publique.

Certains tenants d'une laïcité qui ne laisse pas beaucoup de place à la nuance citent toujours la loi française de 1905. Mais cette loi ne dit pas seulement qu'il y a étanchéité entre l'État et les Églises. Cette loi stipule que l'État doit permettre et favoriser l'expression des religions. C'est en se basant sur cette loi que la mairie de Paris, il y a deux ou trois ans, a donné une caserne de pompiers désaffectée à une communauté musulmane pour qu'elle puisse y installer une mosquée.

Présence: L'État québécois appuie déjà financièrement des Églises et des communautés afin qu'elles puissent préserver leurs édifices. Un gouvernement de Québec solidaire protègera-t-il le patrimoine religieux?

Françoise David: Je considère que le patrimoine religieux appartient à toute la population québécoise. Après tout, c'est elle qui l'a payé. D'où vient l'argent de l'Église au Québec? Pas des fortunes personnelles accumulées par des curés ou des évêques. Cela vient du peuple, de la quête du dimanche, de la dîme. Et ce qui vient du peuple doit rester au peuple.

On considère qu'au Québec on a encore de très belles églises qu'il serait dramatique de démolir. Il faut donner de l'argent aux propriétaires de ces édifices pour leur rénovation et leur préservation. Ces édifices pourraient être utilisés non seulement comme lieux de culte, mais aussi comme espace de rassemblement communautaire, de lieu de culture. Les promoteurs du patrimoine religieux vont trouver dans Québec solidaire un grand allié.

Présence: Y a-t-il des tensions, dans le membership de Québec solidaire, quand il est question de croyances et de laïcité?

Françoise David: S'il y a des tensions, je ne l'ai jamais senti. Bien sûr qu'on a eu des débats sur la laïcité. Mais on peut prôner la laïcité de l'État et de ses institutions tout en étant croyant ou même pratiquant dans une Église ou une confession religieuse. Il n'y a pas de contradiction.

Personnellement, je ne me reconnais plus dans une confession religieuse mais je connais mon passé. Je connais mon histoire. Je sais quel est mon héritage.

J'ai enlevé ce qui ne faisait pas mon affaire, j'en ai gardé aussi. Ce n'est pas parce que des membres de Québec solidaire sont agnostiques ou athées qu'ils jettent à la poubelle tout ce que des religions ont pu leur apprendre.

Cela deviendrait un problème si notre parti adoptait des positions extrêmement rigides qui interdiraient - c'est un exemple excessif - toute forme d'expression religieuse. C'est du délire, ça.

D'ailleurs, je me suis portée publiquement à la défense du cours Éthique et culture religieuse, en opposition à beaucoup de personnes qui écrivent dans les journaux. Cela dit, je suis capable d'avoir un certain sens critique. Sur onze ans de cours primaire et secondaire, on a dix années avec des cours d'Éthique et de culture religieuse. C'est peut-être beaucoup. Mais on peut en discuter.

Certaines personnes s'opposent à ce qu'on apprenne aux enfants les moindres rudiments de culture religieuse. Je ne suis pas d'accord avec elles. Quand on sait que 70 ou 80 % de l'humanité est croyante, cela vaut la peine d'essayer de comprendre un peu. Au Québec - mais je sais que ce n'est pas le cas partout dans le monde - personne n'est obligé de souscrire à une religion. Mais connaître les croyances des autres, il me semble que c'est une bonne idée. Que les jeunes apprennent qu'il y a un socle commun aux trois grandes religions, je trouve cela intelligent.

C'est vrai qu'au Québec, notre histoire est liée au christianisme. Alors ce n'est pas inutile de savoir ce qu'est un chemin de croix dans une église. J'ai des petits enfants et je me fais un plaisir de leur expliquer ce qu'est Noël. Ce n'est pas qu'une histoire de cadeaux, de sapin et de Père Noël. Jésus est un fait historique. Je l'ai dit à l'Assemblée nationale, c'était peut-être bien un des premiers réfugiés de l'histoire.

Je sais qu'il y a des gens au Québec - c'est une minorité - qui s'objectent à ce qu'on fasse connaître aux enfants les rudiments de la pensée religieuse. Je ne suis pas d'accord avec eux.

 

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