Éducation

Legault: le cours ECR «doit être complètement revu»

Le premier ministre François Legault (photographié ici en janvier 2019) estime que le cours Éthique et culture religieuse (ECR) «doit être complètement revu».
Le premier ministre François Legault (photographié ici en janvier 2019) estime que le cours Éthique et culture religieuse (ECR) «doit être complètement revu».   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-02-27 14:09 || Québec Québec

Alors que le Parti québécois revient à la charge pour réclamer son abolition, le premier ministre du Québec estime que le cours Éthique et culture religieuse (ECR) «doit être complètement revu». L'un des grands experts québécois du cours ECR appelle le gouvernement à se donner le temps nécessaires pour mener à bien une éventuelle révision.

La question de l'avenir du cours a été évoquée à l’Assemblée nationale le mardi 26 février.

Dans un échange avec le chef par intérim du Parti québécois, Pascal Bérubé, François Legault a convenu que le cours obligatoire dans les écoles du Québec depuis la rentrée scolaire 2008 a besoin de certaines améliorations.

François Legault a assuré que le cours ECR fait partie des «priorités» du ministre de l’Éducation. Il a du même souffle affirmé que le gouvernement doit d’abord s’attarder à d’autres dossiers et qu’il ne peut pas «régler toutes les erreurs en six mois».

M. Bérubé a interpellé le premier ministre sur ce cours en le qualifiant d’«échec». Selon lui, il véhicule des valeurs «qui ne sont pas les nôtres», en plus de propager des «stéréotypes» et des «dogmes religieux».

D’après le Parti québécois, le cours ECR irait même «à l’encontre des objectifs de la laïcité».

De son côté, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui a lui-même déjà enseigné le cours ECR, a reconnu qu’il y aurait lieu de lui apporter des modifications, notamment pour inclure davantage l’athéisme.

«Le pire des scénarios, ce serait de vouloir le réviser en vitesse»

Selon Jean-Philippe Perreault, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval et expert du cours ECR, les acteurs du milieu de l’éducation attendent et souhaitent une révision du cours, y voyant un processus tout à fait normal après une décennie d’enseignement. Il invite toutefois Québec à se donner le temps de bien le faire.

«Le plus souhaitable pour le faire sérieusement, c’est de se mettre à distance pour un certain temps du débat politique autour du programme, et prendre le temps d’aller voir ce qui se fait en classe et rencontrer des enseignants. C’est un processus qui demande du temps. Et ça prend un courage politique pour s’accorder ce temps nécessaire. Le pire des scénarios, ce serait de vouloir le réviser en vitesse», affirme-t-il en entrevue à Présence.

Le programme qui a remplacé l’enseignement religieux dans les écoles a été implanté rapidement. Ses objectifs de reconnaissance de l’autre et de poursuite du bien commun demeurent pertinents, mais la compréhension générale du cours a évolué au fil des années, fait-il valoir.

Aujourd’hui, il trouve regrettable les appels à éliminer le cours.

«Ce qu’il y a dans ce débat-là, c’est le fait qu’on n’arrive pas à reconnaître qu’il puisse y avoir un discours citoyen sur le fait religieux, et non un discours religieux de transmission d’une foi, regrette-t-il. Pourtant, on le fait avec d’autres matières: en histoire par exemple, on a un discours sur le politique et ses idées sans pour autant en faire la promotion.»

Selon l’expert, c’est faire fausse route que de prendre appui sur la laïcité pour réclamer la fin du cours.

«Une laïcité mature ne refoule pas le religieux. Elle en tient compte, pose sur lui un regard critique et considère qu’il peut devenir l’objet de débats publics intelligents», soutient-il.

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