Explosions du 4 août

Liban: les ONG catholiques canadiennes ralenties par un choix gouvernemental

L'Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA) tout comme les organismes catholiques Développement et Paix et Aide à l'Église en Détresse (AED) ont rapidement lancé des campagne d'urgence au lendemain des explosions du 4 août 2020 à Beyrouth, au Liban.
L'Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA) tout comme les organismes catholiques Développement et Paix et Aide à l'Église en Détresse (AED) ont rapidement lancé des campagne d'urgence au lendemain des explosions du 4 août 2020 à Beyrouth, au Liban.   (CNS photo/Hannah McKay, Reuters)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-08-28 12:20 || Monde Monde

«Toutes les fenêtres de notre bureau de Beyrouth, au Liban, ont explosé. Les bureaux, les classeurs et les ordinateurs ont été projetés au sol. Heureusement que le personnel venait tout juste de quitter le bureau. Personne n'a été blessé et les employés ont été en mesure, dès le lendemain, d'organiser l'aide d'urgence.»

Au téléphone, Carl Hétu, le directeur directeur national de CNEWA Canada, explique comment la branche locale de son organisme a été affectée par les explosions du 4 août 2020 qui ont dévasté le port de Beyrouth et plusieurs secteurs de la ville.

Cette catastrophe a fait plus de 200 morts et 6000 blessés. Quelque 300 000 personnes sont maintenant sans domicile, leur résidence ayant été fortement endommagée ou même détruite.

L'Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA), que dirige Carl Hétu, tout comme les organismes catholiques Développement et Paix et Aide à l'Église en Détresse (AED), ont rapidement lancé des campagne d'urgence au lendemain de ces explosions.

«Nous avons déjà récolté quelques milliers de dollars», dit Marie-Claude Lalonde, la directrice d'AED Canada. Elle ajoute que son organisme prépare une campagne majeure de sollicitation pour le Liban qui débutera la semaine prochaine. «Nous savons que nos bienfaiteurs seront très généreux parce que plusieurs nous ont déjà contacté pour savoir quels sont nos programmes dans ce pays.» Au Liban, AED est en association directe avec le patriarcat maronite.

Du côté de Développement et Paix, c'est une somme de 530 000 $ qui a été amassée depuis le 4 aout. Ces fonds serviront d'abord à offrir de l'aide d'urgence aux familles qui ont tout perdu dans cette catastrophe. Ensuite «on aidera nos différents partenaires du Liban», explique Marie‑Hélène Bachand, conseillère en communication et relations publiques pour l'organisme. Développement et Paix est présent au Liban depuis 2005.

Dons doublés... mais pas pour tous

Heureux et toujours impressionné par la générosité du public lors de catastrophes, Carl Hétu l'était beaucoup moins lorsqu'il a appris à quelle condition le gouvernement entendait doubler les sommes recueillies auprès de la population canadienne. «Le gouvernement a décidé, de façon arbitraire, et j'insiste sur ce qualificatif, de restreindre à seulement une seule coalition d'organismes le doublage des dons versés», dit-il.

Le 8 août, Karina Gould, la ministre du Développement international, a annoncé que les dons individuels versés à la Coalition humanitaire et à ses 12 organismes membres jusqu'au 24 août seraient égalés par le gouvernement canadien.

«Le gouvernement du Canada versera une somme égale, dollar pour dollar, à la totalité des 8 M$ en dons versés au Fonds de contrepartie pour le Liban grâce à la générosité des Canadiens», a indiqué hier, directement de Beyrouth, François-Philippe Champagne, le ministre des Affaires étrangères du Canada.

Ces 8 M$ seront transférés à la Coalition humanitaire, a ajouté le ministre Champagne, tout en précisant que cet organisme «les répartira à son tour entre ses membres en fonction de critères comme leurs capacités et leur présence sur le terrain».

Seuls douze groupes de solidarité internationale, tels Oxfam, Care, Aide à l'enfance et Vision mondiale, font partie de la Coalition humanitaire. Les grands organismes catholiques que sont CNEWA, Aide à l'Église en Détresse Canada et Développement et Paix n'en sont pas membres.

«Le gouvernement a décidé de restreindre le choix des Canadiens en privilégiant un seul groupe», déplore Carl Hétu. «Je suis bien content pour la Coalition humanitaire», s’empresse-t-il de préciser, «mais cette décision nous place dans une situation inconfortable. Des individus, des paroisses, des diocèses nous téléphonent pour nous dire: 'si mon argent n'est pas doublé, je ne suis plus certain de vouloir donner à CNEWA'». CNEWA est pourtant actif au Liban depuis près de cent ans et y maintient des bureaux depuis 1949, ajoute son directeur national.

«C'est malheureux et nous ne comprenons pas pourquoi on a pris une telle décision d'autant plus que nous sommes présents depuis longtemps au Liban», dit aussi Mario Bard, le responsable des communications d'AED Canada, sans élaborer davantage.

Une partie des sommes recueillies par Développement et Paix seront toutefois admissibles au fonds de contrepartie créé par le gouvernement canadien. C'est que l'organisme est lié à un des douze membres de la Coalition humanitaire.

«En tant que membre de la Banque canadienne de grains, Développement et Paix participe au fond de jumelage lancé par le gouvernement du Canada et la Coalition humanitaire afin de venir en aide à la population libanaise», explique-t-on.

Marie-Hélène Bachand, de Développement et Paix, dit que c'est la deuxième fois que le gouvernement canadien double les dons versés à la seule Coalition humanitaire. Auparavant, lorsqu'il lançait un fonds de contrepartie, tous les groupes pouvaient y participer. Mais en 2019, lors du passage meurtrier du cyclone tropical Idai au Malawi, au Mozambique et au Zimbabwe, un fonds de contrepartie de 2 MS a été lancé. On précisait alors que «pour chaque dollar admissible donné par des particuliers à la Coalition humanitaire et à ses membres», le gouvernement du Canada lui verserait un montant équivalent.

«En 2019, cette décision avait créé de la surprise et un peu de mécontentement», se rappelle Mme Bachand.

«On reçoit tout simplement moins de fonds. Cela nuit à notre programmation sur le terrain alors qu'on a une présence soutenue et compétente dans ce pays», fulmine aujourd’hui Carl Hétu. «CNEWA et les autres organismes se trouvent aujourd'hui pénalisés par cette décision gouvernementale.»

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