Réduction du nombre de fidèles admis

Lieux de culte: une décision «décevante» et «illogique», disent des responsables

La cathédrale anglicane Christ Church de Montréal ne rouvrira que le dimanche 27 septembre. Elle ne pourra accueillir que 25 personnes, regrette l'évêque Mary Irwin-Gibson.
La cathédrale anglicane Christ Church de Montréal ne rouvrira que le dimanche 27 septembre. Elle ne pourra accueillir que 25 personnes, regrette l'évêque Mary Irwin-Gibson.   (Archives Présence/F. Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-09-22 11:24 || Québec Québec

Le recteur de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal «comprend que le gouvernement doit prendre des mesures pour tenter d'enrayer cette deuxième vague qui semble se présenter». Mais fallait-il imposer des règles aussi «étroites», demande aujourd'hui le père Claude Grou?

Parce que la région de Montréal a été déclarée dimanche zone «orange» par le gouvernement en raison de plusieurs foyers d'éclosion, les lieux de culte sur tout le territoire montréalais ne peuvent plus accueillir qu'un maximum de 25 personnes. Tous les lieux de culte, sans exception aucune, de la plus humble chapelle, synagogue ou mosquée, à l'Oratoire Saint-Joseph, le lieu de pèlerinage le plus fréquenté au Canada.

«On est très déçus», déclare le recteur Grou lorsqu'interrogé sur l'annonce faite dimanche par le ministre Christian Dubé.

«À l'Oratoire, on a fait des efforts énormes depuis notre réouverture afin d'assurer la sécurité de tous nos fidèles et de tout notre personnel. Après avoir fait tout ce travail, tout serait maintenant à recommencer, avec des normes complètement différentes», déplore-t-il.

«Bien sûr qu'on va obéir aux règles qui nous sont imposées. On va tout faire pour les respecter.»

Mais en même temps, le gouvernement place les responsables des grands lieux de culte comme l'Oratoire «dans une position très délicate qui risque de devenir impossible à gérer» en raison de la foule qui s'y rend chaque semaine et même chaque jour.

La basilique de l'Oratoire peut accueillir 2000 personnes, rappelle-t-il «Seulement 25 personnes dans un grand lieu comme l'Oratoire, vous imaginez? Que fera-t-on avec les centaines d'autres qui ne pourront pas entrer? Avec la règle du 250 [personnes], on avait réussi à trouver des façons de bien travailler. Aujourd'hui, le ministre vient de changer complètement les règles du jeu. C'est navrant.»

Il explique que quand les gens ont finalement pu revenir à l'Oratoire ou encore dans d'autres églises, «on a compris combien nos lieux de culte étaient importants pour les personnes qui ont vécu des moments difficiles durant le confinement. C'est un service essentiel que de rendre accessibles ces lieux.»

«On est tellement déçus de se voir imposer de telles règles alors qu'on avait tout mis en place pour nous assurer que les précédentes règles étaient respectées», répète le recteur Claude Grou.

Chez les anglicans

La décision du gouvernement est carrément «illogique», déclare de son côté Bruce Myers, l'évêque anglican de Québec.

Selon la mesure annoncée dimanche par le ministre Christian Dubé, «une de nos églises serait autorisée à accueillir un concert regroupant 250 personnes». Par contre, «si plus de 25 personnes, toujours dans le même bâtiment, veulent se réunir pour célébrer le culte, cela serait interdit», déplore Mgr Myers.

L'évêque anglican est l'un des membres de la Table interreligieuse qui a demandé lundi au gouvernement que les lieux de culte obtiennent le même statut que les salles de spectacle, de cinéma ou de théâtre. Ces endroits, y compris en zone orange, ont toujours le droit d'accueillir 250 personnes, a indiqué le ministre de la Santé et des Services sociaux.

L'évêque anglicane Mary Irwin-Gibson est aussi bien déçue de la décision gouvernementale, d'autant plus que les paroisses du diocèse de Montréal qu'elle dirige viennent à peine de rouvrir leurs portes après une fermeture qui a duré six mois.

Seules une douzaine d'églises anglicanes ont accueilli leurs paroissiens le 6 septembre. «Une douzaine d'autres une semaine plus tard, le 13 septembre, et quelques-unes encore dimanche dernier», précise Mgr Irwin-Gibson. Selon la directive gouvernementale, dimanche prochain, les églises de son grand diocèse ne pourront plus accueillir que 50 ou même 25 paroissiens, selon la région où elles sont situées.

«Nous avons pourtant adopté des protocoles très stricts pour la sécurité de nos gens», dit-elle. Chaque paroisse, avant d'ouvrir ses portes, a même dû déposer une demande au diocèse afin de démontrer comment elle entendait respecter de toutes les consignes de sécurité. De plus, dans toutes les églises du diocèse anglican de Montréal, on recueille les noms et les coordonnées de chaque personne qui se présente au culte dominical.

«Je suis surtout décue pour les gens qui auront des funérailles dans les prochains jours», dit Mgr Mary. «Dans certaines églises, 50 personnes ça va. Mais pour des funérailles à Verdun, par exemple, la famille ne pourra accueillir que 25 personnes à l'église», déplore-t-elle.

Elle explique aussi que la cathédrale Christ Church n'ouvrira ses portes qu'en fin de semaine. Cette église peut accueillir, en toute sécurité, un grand nombre de personnes. «Mais ce sera 25 personnes par culte», concède l'évêque qui déplore que le gouvernement ne reconnaisse pas que «chacune des paroisses prend toutes les précautions et qu'aucun lieu de culte n'est lié à une éclosion».

«Ce n'est pas respectueux», lance-t-elle.

Chez les musulmans

L'imam Hassan Guillet ne cache pas sa surprise d'avoir entendu dimanche le ministre Dubé annoncer que dorénavant seules 50 personnes - et non plus 250 - pourront se rassembler, au même moment, dans un lieu de culte.

«Depuis le début de la pandémie, on n'a pas cessé de travailler avec les autorités. On a développé un protocole qu'on a remis à la Santé publique. Les autorités ont émis des commentaires qu'on a aussitôt intégrés dans notre protocole.» Il ne s'explique donc pas pourquoi le gouvernement a décidé, sans aucun préavis, de modifier les règles de participation dans les lieux de culte.

«J’ai été surpris», dit-il «Mais je suis aussi très déçu.» Depuis la réouverture des mosquées, «nous avons toujours agi comme des citoyens responsables mais aussi comme des religieux responsables». Les musulmans n’avaient tout simplement pas le choix d’agir ainsi, dit-il, «que le gouvernement nous y oblige ou non». Dans l’islam, «la préservation de la vie humaine est très importante. C’est même ancré dans nos convictions qu’il faut protéger la vie humaine.»

«Venir aujourd’hui nous comparer aux bars où l’on vend de l’alcool et où l’on parle ou crie, je trouve que c’est injuste», dit l’imam Guillet. «Dans les lieux de culte, les gens ne parlent pas ou parlent peu. Chez les musulmans, il n’y a que l’imam qui parle. Et durant les prières, il ne fait pas face aux fidèles. Tous sont tournés vers La Mecque», a-t-il maintes fois expliqué aux autorités sanitaires avec qui il collabore depuis le début de la pandémie.

La majorité des mosquées au Québec sont situées dans des régions qui ont été placées, dimanche, en zone orange en raison de l’augmentation des cas de coronavirus. Ces mosquées ne pourront accueillir, vendredi, que 25 personnes.

«Je suis un optimiste de nature. Mon petit doigt me dit que d’ici vendredi, cette règle sera changée», croit Hassan Guillet. Si ce n’est pas le cas, «les musulmans ne feront pas de désobéissance civile», ajoute-t-il. «On va se plier au règlement. Mais on sera mécontent. On sera frustré. Et il y a des gens qui vont affirmer qu’ils sont traités comme des citoyens de deuxième classe.»

Cette décision gouvernementale «ne va pas contribuer à l’harmonie sociale et à la cohésion de la société». Mais, rassure l’imam Guillet, que plusieurs responsables des mosquées ont consulté depuis dimanche, «je vais tout faire pour la faire respecter».

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