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Entrevue avec Jean-François Roussel

Non-excuses du pape: «très regrettable», déplore un expert

Le pape François au Vatican le 28 mars 2018.
Le pape François au Vatican le 28 mars 2018.   (CNS photo/Paul Haring)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2018-03-28 11:54 || Canada Canada

«Je ne pense pas qu'on puisse avoir de réconciliation s'il n'y a pas d'excuses», avertit le théologien Jean-François Roussel en apprenant que le pape François ne présentera pas d'excuses aux Autochtones pour les sévices subis dans les pensionnats catholiques qu'ils ont fréquentés.

Professeur à l'Institut d'études religieuses de l'Université de Montréal, il note que «lorsqu'on se retrouve dans une situation d'abus ou de conflits, il faut qu'il y ait des excuses. Il faut que les gens reconnaissent leurs torts.»

«On peut bien engourdir le conflit, ne pas en parler et même tenter de l'oublier. Mais arrive un moment, nécessaire, où les gens doivent prendre conscience de ce qui s'est passé, doivent le dire et le reconnaître. Ensuite, ils pourront entreprendre un travail de réparation.»

Appel à l'action 58

Le 27 mars, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), dans une lettre adressée aux peuples autochtones du Canada, explique que le pape «est au fait» des conclusions de la Commission de vérité et réconciliation» sur les pensionnats autochtones au Canada et qu'«il les prend au sérieux». Mais, ajoute Mgr Lionel Gendron, le pape ne peut «pas répondre personnellement» à l'appel à l'action 58 contenu dans le rapport final de cette commission d'enquête.

Cette recommandation, qui n'est pas reproduite dans la lettre épiscopale, se lit comme suit:

«Nous demandons au pape de présenter, au nom de l’Église catholique romaine, des excuses aux survivants, à leurs familles ainsi qu’aux collectivités concernées pour les mauvais traitements sur les plans spirituel, culturel, émotionnel, physique et sexuel que les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont subis dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. Nous demandons que ces excuses soient semblables à celles faites en 2010 aux Irlandais qui avaient été victimes de mauvais traitements et à ce qu’elles soient présentées par le pape au Canada, dans un délai d’un an suivant la publication du présent rapport.»

Le théologien Jean-François Roussel dit qu'il a lu plusieurs fois la lettre de la CECC mais qu'il ne comprend toujours pas cet «argument voulant que le pape ne voit pas comment, personnellement, présenter des excuses».

Ce n'est tout simplement pas ce que propose le rapport de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) qui «distingue les excuses personnelles des excuses officielles».

«Tout le monde convient qu'on ne peut pas demander au pape de présenter des excuses personnelles pour ce qui s'est passé dans les pensionnats. On demande à la personne qui représente l'Église catholique de présenter des excuses au nom de l'Église catholique, comme les autres Églises l'ont fait.»

«C'est très gênant cet argument. En fait, je me demande même si les évêques ont bien lu la demande 58?», lance ce professeur qui s’intéresse aux questions autochtones depuis dix ans et qui dirige son enseignement vers les suites de la Commission vérité et réconciliation et les relations entre les Églises et les Autochtones.

Une discussion à huis clos?

Ce qui le gêne aussi, dans cette lettre signée par Mgr Lionel Gendron, c'est qu'on indique que des discussions sur l'appel à l'action 58 ont été tenues entre le pape et les évêques canadiens. «Je ne vois pas à quel moment les Autochtones ont été inclus dans ces discussions. On est loin de sortir de la posture habituelle qui consiste à mener des discussions en circuit fermé, à huis clos et d'informer par la suite les gens de façon très laconique.»

«Si on veut travailler en contexte autochtone, on est dans le cercle, on est dans l'inclusion. Je ne sais pas comment les Autochtones ont été inclus dans ces discussions.»

Pour lui, cette lettre «jette une douche froide par rapport aux espoirs qui se dessinaient il y a moins d'un an». Il rappelle qu'en mai 2017, au moment d'une rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau, le pape s'était dit ouvert à de telles excuses. «Les Autochtones catholiques étaient très heureux devant cette possibilité».

«Je ne sais pas comment les Autochtones vont réagir» en apprenant cette nouvelle. «Mais je trouve cela très regrettable, compte tenu de la teneur des explications qu'on nous donne. On ne nous dit rien. On fait comme si le rapport [de la CVR] n'avait pas été écrit.»

Des excuses à la pièce

Le professeur Roussel reconnaît que, depuis 25 ans, bien des groupes religieux, des diocèses ainsi que des communautés ont présenté leurs excuses aux Premières Nations.

«Mais aucunes de ces excuses n'engage l'Église catholique en soi. Et à mon sens, elle est aussi responsable de cette situation qu'elle pouvait l'être dans le cas des pensionnats d'Irlande».

Le rapport de la Commission vérité et réconciliation et l'appel à l'action 58 donnent précisément en exemple les excuses officielles offertes par le pape Benoît XVI en 2010 aux victimes du clergé irlandais.

«Il faut être conscient que derrière les violences vécues dans les pensionnats, ici comme ailleurs, il y a une certaine vision de la mission qui a été diffusée par l'Église catholique elle-même. Les Oblats, les Soeurs de Sainte-Anne qui ont travaillé dans des pensionnats, avant d'être des religieux, étaient des catholiques. Ce sont des religieux et religieuses consacrés qui font partie de l'Église catholique.»

Une autre difficulté avec les excuses venant des divers milieux, c'est que «le commun des mortels ne s'y retrouve pas» dans toutes ces excuses émises par différentes entités catholiques. «L'Autochtone, le survivant, ne peut pas suivre à la trace l'ensemble de ces déclarations.»

D'où l'importance, selon lui, que «le leader de l'Église catholique se commette et présente des excuses au nom de toute l'Église». Ce qu'il ne fera pas, vient d'annoncer la Conférence épiscopale canadienne.

 

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