Secrétaire d'État sous Bill Clinton

Pour Madeleine Albright, la religion doit être une clé de la politique étrangère

Madeleine Albright donnait une conférence à l'Université Georgetown, à Washington, le 7 avril 2016.
Madeleine Albright donnait une conférence à l'Université Georgetown, à Washington, le 7 avril 2016.   (CNS photo/Tyler Orsburn)
2016-04-13 10:55 || Monde Monde

Secrétaire d’État des États-Unis pour l’administration Clinton, Madeleine Albright est issue d’une génération à laquelle on avait enseigné à tracer une frontière très étanche entre religion et politique. Ni Dieu, ni la religion ne devraient influencer la politique étrangère.

Or, Madeleine Albright n’a jamais adhéré à cette idée-là. L’ex-secrétaire d’État est plutôt convaincue du contraire: la religion doit être au cœur des discussions lorsqu’il s’agit de structurer la politique étrangère d’une nation.

À l’Université Georgetown

Le 7 avril, dans une conférence à l’Université Georgetown, à Washington, elle a abondamment insisté sur la nécessité de «bâtir des ponts» entre tous afin de nourrir un climat de «compréhension mutuelle et de tolérance».

Elle a lancé à la blague que la délicate question des relations entre religion et politique étrangère pourrait faire l’objet d’un livre, rappelant au passage qu’elle a justement publié un sur le sujet, en 2006: The Mighty and the Almighty: Reflections on America, God and World Affairs (trad: Les puissants et le Tout-Puissant: réflexions sur l’Amérique, Dieu et la politique étrangère).

«Pourtant, il n’y avait rien – absolument rien – de controversé dans cet ouvrage», a-t-elle ajouté avec une pointe d’ironie, faisant rire la salle.

Une trajectoire interreligieuse

Madeleine Albright est née à Prague en 1937 de parents juifs convertis au catholicisme. Ses grands-parents et plusieurs membres de sa famille ont été tués lors de l’Holocauste. Élevée dans la foi catholique, elle s’est convertie à l’anglicanisme dans les années 1950. Elle est membre de l’Église épiscopalienne depuis son mariage en 1959.

Aujourd’hui, elle croit que la religion doit occuper une place de choix dans les débats publics, y compris en matière des relations internationales.

Religion et politique

Or, cette idée-là est loin de faire l’unanimité, reconnaît-elle. Toute démarche cherchant à intégrer les groupes religieux aux débats publics est évidemment risquée, reconnaît-elle. Il faut en effet procéder avec tact afin d’éviter d’engendrer «de nouveaux problèmes», dit-elle.

C’est donc une question d’équilibre. Elle compare d’ailleurs cet exercice à… une chirurgie au cerveau: «C’est une démarche absolument essentielle. Par contre, le moindre faux pas pourrait se montrer fatal».

Plusieurs personnes ont une vision très étroite et fragmentée de la religion, déplore-t-elle. Pour ces gens, la religion est une affaire purement privée.

Or, à ses yeux, les religions peuvent aussi être «une source d’inspiration et de guérison». L’inverse est également possible, admet-elle: il est «très facile de blâmer les religions ou les gestes commis au nom de la religion» pour tout ce qui va mal dans le monde. Madeleine Albright s’insurge contre ce genre raisonnement, qu’elle qualifie d’ailleurs de «simpliste».

La religion comme facteur d’unité

Pour l’ex-secrétaire d’État américaine, «l’impact exercé par ces religions est en bonne partie tributaire de la mission qu’elles assignent à leurs fidèles». Le défi consiste à «harnacher la foi religieuse afin qu’elle puisse être une facteur d’unité, plutôt qu’un germe de divisions».

À ses yeux, les groupes terroristes sont l’incarnation par excellence de ces germes de division contre lesquels il faut lutter. «N’oublions pas que lors des attentats du 11 Septembre 2001, nous n’avons pas été attaqués par le monde musulman dans son ensemble mais par les partisans d’une idéologie perverse qui cherche à justifier les actes de terreur en s’appuyant sur l’islam».

Elle admet d’ailleurs être inquiète face à la prolifération des violences sectaires et des confits interconfessionnels. Conflits, ajoute-t-elle, qui sont «très difficiles à contenir». Les racines de ces confits remontent parfois à des temps immémoriaux. Cela dit, ils se déploient désormais avec une violence inouïe – violence qui est d’ailleurs exhibée et mise en scène sur «Internet afin le monde entier puisse la voir».

Récipiendaire de la Médaille présidentielle pour la liberté en 2012, Madeleine Albright a exhorté les universitaires et les citoyens à maintenir la pression sur les gouvernements et à poursuivre leurs réflexions sur la paix et le dialogue interreligieux. À ses yeux, plus les gens connaitront leur propre religion et celle de l’Autre, plus ils seront en mesure d’«entrer en dialogue avec autrui et de faire progresser la cause le paix».

Carol Zimmermann, Catholic News Service
Trad. et adapt. F. Barriault, pour Présence

 

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