Droits des minorités religieuses dans le monde

Quel avenir pour le Bureau de la liberté de religion?

Carl Hétu, directeur national de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA), espère que le gouvernement fédéral renouvellera le mandat du Bureau de la liberté de religion.
Carl Hétu, directeur national de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA), espère que le gouvernement fédéral renouvellera le mandat du Bureau de la liberté de religion.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-02-11 13:20 || Canada Canada

Une initiative de l'ex-gouvernement conservateur, le Bureau de la liberté de religion fêtera dans une semaine son troisième anniversaire. Mais son avenir semble plus que jamais incertain.

Plusieurs observateurs craignent en effet que les jours du bureau soient comptés, alors que le mandat de l'ambassadeur Andrew Bennett, le titulaire du Bureau de la liberté de religion, qui prendra fin le 18 février n'a toujours pas été renouvelé.

Malgré de multiples appels au Bureau de la liberté de religion ainsi qu'à Affaires mondiales Canada, le ministère auquel il est rattaché, il n'a pas été possible d'en savoir davantage sur l'avenir du bureau.

Autre motif d'inquiétude, le budget de l'organisme sera à sec à la fin du mois de mars. Son Fonds pour la liberté de religion qui a financé des projets «de communautés religieuses faisant face à l’intolérance ou des persécutions dans leurs pays» n'accepte plus de nouveaux projets, «tous les fonds du présent exercice [ayant] déjà été engagés».

Une priorité de la politique étrangère

C'est le 19 février 2013 que l'ex-premier ministre Stephen Harper a officiellement lancé le Bureau de la liberté de religion et nommé son premier titulaire, l'ambassadeur Andrew Bennett.

«La liberté de pratiquer sa religion selon sa propre conscience détermine notre personnalité et constitue  le fondement de toutes nos libertés», affirmait-il alors. «Monsieur Bennett surveillera la liberté de religion dans le monde entier et en fera la promotion comme objectif clé de la politique étrangère canadienne.»

Mais cette priorité n'a pas été énoncée de nouveau, le 26 janvier dernier, lorsque le ministre des Affaires extérieures Stéphane Dion a prononcé, à Ottawa, un discours attendu sur les objectifs de la politique étrangère du Canada.

«Nous avons un solide héritage en matière de droits de la personne qui transcende les clivages politiques», a-t-il déclaré devant le Forum d'Ottawa.

«Depuis la fin du communisme, la protection des droits de la personne sur notre planète constitue le grand défi de notre ère», a ajouté le ministre Dion, prenant soin de préciser que ces droits «sont universels, interdépendants et indivisibles».

Selon Stéphane Dion, «la liberté de religion triomphe de la théocratie, la liberté d’expression triomphe de la censure, la liberté de circulation triomphe des restrictions et  la liberté de pensée triomphe de la peur». Mais pas question qu'un droit occupe un rang plus élevé que les autres.

Des craintes

Quelques jours avant le discours d'Ottawa, des organismes juifs, sikhs et musulmans ont demandé au ministre Stéphane Dion de réaffirmer son soutien au Bureau de la liberté de religion.

Carl Hétu, directeur national de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA), appuie cette démarche.

«La question des minorités religieuses est un dossier qu'on ne peut plus ignorer.» Il demande au nouveau gouvernement d'en faire un élément important de sa stratégie internationale.

«Quand les libéraux étaient au pouvoir, ce dossier ne faisait pas partie de leurs priorités. Sous les conservateurs, on en a fait une priorité, non par idéologie comme on aime bien leur reprocher, mais parce que cette question est devenue un problème mondial», estime le directeur de CNEWA.
 
«Le problème des minorités religieuses est mondial et plusieurs pays occidentaux reconnaissent aujourd'hui sa gravité. Même le Vatican l'admet», lance-t-il, citant un passage sur les minorités religieuses tiré de l'encyclique Caritas in veritate du pape Benoît XVI.

«Même le pape le dit. Pourquoi le Canada ne voudrait-il plus reconnaître ce problème aujourd'hui?»
 
Il répète que le Bureau de la liberté de religion «est un héritage positif des conservateurs qui doit être maintenu par les libéraux».

«Ce que je dis au premier ministre Trudeau, c'est de ne pas le laisser tomber. Ce serait une grave erreur et ce serait, une nouvelle fois, retirer le Canada des enjeux mondiaux. Il faut que le Canada poursuive son leadership dans ce sens.»

«Je serais déçue si le Bureau de la liberté de religion devait s’éteindre», dit de son côté Marie-Claude Lalonde, directrice d'Aide à l'Église en détresse Canada.

«Nous avons encore beaucoup à apprendre et à faire pour la liberté religieuse dans le monde.»

«Durant les quinze dernières années, je n’ai pas vu d’amélioration de la liberté religieuse dans le monde. Si la situation s’améliore en un endroit, elle se détériore ailleurs», observe-t-elle.

Si le gouvernement maintient le mandat de l'ambassadeur Bennett et celui du Bureau de la liberté de religion, elle souhaite que leur travail ait «un peu plus de mordant».

«Le Bureau actuel a fait du bon travail pour promouvoir le dialogue interreligieux et pour effectuer des rapprochements entre divers groupes religieux. Ce que je désire voir, c'est une aide directe aux populations affectées par le manque de liberté religieuse et la persécution.»  
 
Selon Mme Lalonde, «les libertés religieuses doivent cesser d’être considérées comme des droits de second ordre parmi les droits humains. La religion définit des populations entières, des régions entières. La liberté de religion doit être considérée comme un droit aussi important que les autres.»

 

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