Le jésuite Ziad Hilal à Montréal

Quelles solutions pour le conflit en Syrie?

Le jésuite Ziad Hilal était récemment de passage à Montréal.
Le jésuite Ziad Hilal était récemment de passage à Montréal.   (Présence/François)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-06-07 10:41 || Monde Monde

La Syrie, que le jeune jésuite Ziad Hilal va retrouver dans quelques semaines après un séjour d'études de neuf mois en Irlande, est dans une «situation misérable».

Ce pays où il est né il y a 42 ans, vient de traverser «cinq années de guerre, une guerre où tous sont contre tous», déplore-t-il, d'une voix calme, dans les locaux montréalais de l'Aide à l'Église en détresse, un organisme qui appuie financièrement les projets qu'ils a initiés à Homs, à Alep et Damas. Cette ville, au passé glorieux, a connu de violents affrontements avant le départ du père Hilal de la Syrie.

«La guerre a fait 5 millions de réfugiés, 10 millions de déplacés, 300 000 morts, plus de 100 000 blessés, handicapés et invalides.» Le jésuite lance ces chiffres d'un seul jet. Il ajoute que «des enfants ont perdu leurs écoles» et que «la moitié du pays est détruit».

«C'est ça la Syrie aujourd'hui.» Mais il y a une seconde image du pays, ajoute le père Hilal, qui n'est que rarement montrée dans les médias. «C'est un pays où la société civile travaille jour et nuit pour défendre le peuple, l'aider à survivre, éduquer les enfants, faire baisser les tensions entre les groupes militants, chercher la paix et la réconciliation», dit-il.

«Cette crise, aussi meurtrière soit-elle, montre par ailleurs la beauté du cœur des Syriens», dit Ziad Hilal, esquissant un furtif sourire. Il cite alors les mots de son supérieur, le père Frans van der Lugt. Le jésuite néerlandais, assassiné chez lui, à Homs, le 7 avril 2014, répétait que «les Syriens sont connus pour leur patience et que c'est grâce à cette patience qu'ils vont arriver un jour à reconquérir la paix».

Le jeune jésuite rappelle que 900 mètres le séparaient de son supérieur, resté dans la vieille ville de Homs lorsque cette partie de la ville fut assiégée. «On n'a pas pu se voir les uns et les autres durant plus de deux ans. Il était demeuré dans notre maison. On communiquait par téléphone.» Le siège de la vieille ville sera levé en mai 2014, peu après l'assassinat de Frans van der Lugt.   

«C'est grâce à lui qu'on a pu revenir dans notre résidence. L'assassinat du père Frans est ce qui a ouvert toutes les portes de la vieille ville. C'est sa mort qui a fait se déplacer la grande pierre, comme dit l'évangile. La maison était à moitié détruite, mais le Service jésuite des réfugiés y a installé une cuisine qui donne 2000 repas chauds par jour aux gens qui sont revenus», raconte-t-il.

Des solutions?

«Chaque guerre a nécessairement une fin», dit le jésuite. Mais trois ingrédients sont essentiels pour y parvenir. Ce sont «le pardon, le dialogue et la réconciliation, sans lesquels on va continuer de se tuer les uns et les autres». Des mots que la communauté internationale n'arrive pas à comprendre, estime-t-il. «Les forces internationales ont commencé à soutenir une équipe contre l'autre. Elles n'ont pas encouragé dès le début le dialogue entre toutes les parties et elle ne s'entendent pas sur la résolution des problèmes.»

Dans cette guerre qui ravage le pays où il est né, chaque pays impliqué «cherche son intérêt personnel». Une preuve de ce qu'il avance? Le nombre d'armes qu'on trouve aujourd'hui en Syrie. «Des pays ont augmenté leur fortune grâce ou à cause, je ne sais pas comment le dire, de la guerre dans mon pays.»

Le Canada doit travailler pour la paix et la réconciliation», estime-t-il. «Il n'y a pas d'autres solutions. Donner des armes ou de l'argent pour combattre, c'est provoquer la guerre. Si on continue d'alimenter la guerre, on va vraiment détruire la Syrie.»

Début juillet, le père Ziad Hilal retournera-t-il à Homs? Il ne le sait pas en encore. «J'attends ma nouvelle mission», dit-il. Mais ce sera dans son pays.

 

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