Du 12 au 15 septembre

Slovaquie et Hongrie, le prochain voyage délicat du pape

Des gens marchent le long du Danube à Bratislava, en Slovaquie. Le pape François effectuera un voyage en Hongrie et en Slovaquie du 12 au 15 septembre 2021.
Des gens marchent le long du Danube à Bratislava, en Slovaquie. Le pape François effectuera un voyage en Hongrie et en Slovaquie du 12 au 15 septembre 2021.   (CNS photo/David W. Cerny, Reuters)
2021-08-31 20:03 || Monde Monde

Le prochain voyage du pape François en Hongrie et en Slovaquie pourrait s'avérer être l'une de ses visites les plus difficiles à un moment où la méfiance envers les autorités gouvernementales et la menace imminente du variant Delta font la une des journaux.

Lorsqu'il se rendra en Slovaquie du 12 au 15 septembre, le pape François, qui tout au long de son pontificat a fortement dénoncé la corruption et le crime organisé, sera considéré comme un défenseur important après plusieurs années tumultueuses qui ont vu des manifestations massives dans le pays et une série de changements de gouvernements. Depuis 2018, deux gouvernements ont été évincés pour cause de corruption.

Plus récemment, « au début de la première vague de la pandémie, le gouvernement en Slovaquie a changé », a déclaré le père jésuite Vlastimil Dufka, qui dirigera le chœur lors de la messe du pape à la basilique de Notre-Dame des Sept Douleurs, à Sastin, le 15 septembre.

« Le gouvernement précédent était marqué par de nombreuses affaires de corruption, et l'arrivée d'un nouveau gouvernement a apporté un nouvel espoir à notre pays », a-t-il déclaré à l’agence Catholic News Service.

Mais la récente législation exigeant la vaccination a déclenché des manifestations dans le pays, provoquant des divisions et des tensions, y compris au sein de l'Église catholique.

« Sans aucune préparation, du jour au lendemain, la conférence épiscopale a ordonné de recevoir (la) communion dans les mains, et non par la bouche, ce qui était inhabituel dans notre pays », a déclaré le père Dufka à CNS. « Avec l'arrivée de la troisième vague de la pandémie, tous ceux qui souhaitent assister à la rencontre avec le pape François devront être vaccinés, ce qui est inacceptable pour plusieurs. »

Le père Martin Kramara, porte-parole de la conférence épiscopale slovaque, a déclaré à CNS le 20 août que le mandat du gouvernement pour que tous les participants aux événements papaux soient vaccinés « n'est pas un petit défi à organiser ».

« Les gens devront être divisés en secteurs et ne pas être autorisés à en changer. Nous devons conserver leurs numéros de téléphone et leurs courriels pour pouvoir retracer les contacts » au cas où un membre du secteur serait ultérieurement testé positif à la COVID-19, a expliqué le père Kramara.

« Nous voyons déjà que cela décourage beaucoup de personnes de participer. Mais nous vivons dans les conditions de la pandémie, et nous devons nous adapter aux mesures afin de protéger les vies », a-t-il déclaré.

Malgré les défis, le père Kramara a déclaré que la visite du pape dans le pays, en particulier dans un refuge pour sans-abri géré par les Missionnaires de la Charité et dans la communauté rom de Slovaquie, est un rappel bien nécessaire de la mission première de l'Église.

Le pape, a-t-il dit, veut montrer les « activités sacrificielles de l'Église locale et des communautés religieuses au profit des pauvres et des nécessiteux, ceux qui sont à la périphérie de la société, et il nous rappelle la vérité importante que la foi vivante doit toujours être liée à l'amour actif dans les actes ».

Le père Kramara a déclaré à CNS que depuis la visite de Jean-Paul II en 2003, « la Slovaquie a changé tant sur le plan religieux que culturel et politique ».

« Elle est sûrement plus sécularisée », a-t-il ajouté. « Nous sommes conscients de ces changements et nous nous efforçons d'y trouver des réponses correctes, dans la fidélité à la parole de Dieu. Malgré tout, j'espère que le respect révérencieux et l'amour pour l'évêque de Rome continueront à être très visibles, et qu'avec l'aide de Dieu, nous en ferons l'expérience même maintenant. »

Longtemps embourbé dans des accusations de corruption, le gouvernement de l'ancien premier ministre slovaque Robert Fico a pris fin après le meurtre de Ján Kuciak, un journaliste d'enquête, et de sa fiancée, Martina Kusnírová, en 2018.

Des manifestations massives ont embrasé le pays après ce double homicide, beaucoup estimant que le jeune couple a été assassiné en raison des reportages de Kuciak sur la corruption du gouvernement et les liens entre les membres du parti au pouvoir, Direction-Démocratie sociale, et le syndicat italien du crime organisé, la 'Ndrangheta.

Fico a démissionné la même année et son vice-premier ministre, Peter Pellegrini, a été nommé pour lui succéder. Toutefois, Pellegrini a été évincé lors des élections de 2020, au cours desquelles le parti anti-corruption OĽaNO, a remporté la majorité des sièges parlementaires.

Pour le père Dufka, la présence du pape François à la basilique mariale de Sastin, un important lieu de pèlerinage pour les catholiques du pays, contribuera à « renforcer notre propre identité spirituelle ».

« Je crois que la visite du Saint-Père en Slovaquie sera un nouvel élan pour renforcer l'unité de la communauté ecclésiale », a déclaré le père Dufka à CNS. « J'espère que cette visite renforcera la sensibilité aux accents importants du pontificat du pape François présentés dans ses encycliques, notamment la sensibilité aux pauvres et aux questions d'écologie. »

Congrès eucharistique international

Le voyage du pape commence à Budapest, en Hongrie, où il présidera la messe de clôture du Congrès eucharistique international, le 12 septembre.

Bien que le but principal du voyage du pape en Hongrie soit de célébrer la messe de clôture, le pape rencontrera le président hongrois János Áder et le premier ministre Viktor Orbán, avant de s'envoler le même jour pour Bratislava, en Slovaquie.

Cette rencontre avec M. Orbán, ainsi que la brièveté de sa visite – sept heures seulement – ont été annoncées par le pape.

Le premier ministre hongrois, qui s'est souvent présenté comme le porte-étendard du christianisme européen, se trouve en désaccord avec le pape François, notamment en matière d'immigration.

Selon le Financial Times, lors d'un discours prononcé en 2017 devant des dirigeants européens de centre-droit, M. Orbán a déclaré que « la migration s'est avérée être le cheval de Troie du terrorisme » qui menaçait « l'identité chrétienne » de l'Europe.

Son point de vue contraste fortement avec celui du pape François, qui a dénoncé le sentiment anti-immigrant croissant en Europe et à l'étranger et a déclaré que l'exclusion des migrants était le résultat des « privilèges de quelques-uns, qui, pour préserver leur statut, agissent au détriment du plus grand nombre ».

« C'est une vérité douloureuse, notre monde est chaque jour plus élitiste, plus cruel envers les exclus », a déclaré le pape en 2019 lors d'une messe commémorant la Journée mondiale du migrant et du réfugié.

Après avoir rencontré les deux dirigeants au musée des Beaux-Arts de Budapest, le pape rencontrera les évêques du pays, les représentants des autres Églises chrétiennes et les communautés juives de Hongrie.

Selon les statistiques publiées dans le World Factbook de la CIA, en Hongrie, les catholiques représentent 37,2 % de la population, tandis que 11,6 % sont calvinistes, 2,2 % sont luthériens et 1,8 % sont catholiques orientaux.

Le Congrès juif mondial a déclaré sur son site web qu'entre 75 000 et 100 000 juifs hongrois vivent dans le pays, ce qui en fait la plus grande communauté juive d'Europe centrale.

Junno Arocho Esteves

 

 

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