Trois questions pour Christian Champigny

Solidarité internationale: les défis d'un virus sans frontières

Des ouvriers respectent des mesures sanitaires à Port-au-Prince, en Haïti, le 21 avril 2020.
Des ouvriers respectent des mesures sanitaires à Port-au-Prince, en Haïti, le 21 avril 2020.   (CNS photo/Jeanty Junior Augustin, Reuters)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-05-03 12:00 || Monde Monde

Christian Champigny est, depuis juillet 2018, le directeur du service des programmes internationaux de Développement et Paix. À l'emploi depuis 2013 de cet organisme de solidarité internationale fondé par les évêques catholiques du Canada, il a auparavant travaillé avec d’autres organisations non-gouvernementales, dont Médecins sans frontières, Handicap international et le Comité International de la Croix-Rouge. Il réfléchit aux conséquences actuelles et futures de la crise sanitaire sur les populations des pays pauvres.

Présence: Alors que le Canada a dépassé le nombre de 50 000 personnes atteintes de la COVID-19 et que le pays dénombre plus de 3500 décès, Haïti et le Burundi, deux pays où Développement et Paix appuie des projets de développement, semblent épargnés par le virus puisqu'ils n'ont à déplorer, respectivement, que huit et un seul décès. Êtes-vous sceptique devant les chiffres de ces deux pays, parmi les plus pauvres du monde?

Christian Champigny: Disons d'abord que je ne suis pas en mesure de juger de la qualité des statistiques venant d'ailleurs. Mais, on peut toutefois observer que la comptabilisation des cas est réalisée de façon très variable un peu partout dans le monde, y compris dans les pays du Nord. En Occident, chaque pays calcule de façon différente. Alors, on peut certainement imaginer qu'au Sud, où les systèmes de santé sont plus fragiles et moins équipés pour affronter la situation actuelle, bien des cas passent sous le radar.

Ici, on comprend aussi qu'il y a des équipements qui sont essentiels pour soigner les gens aux soins intensifs. Je pense notamment aux respirateurs. On constate, et les autorités le répètent, qu'on a une pénurie de ces appareils. Alors, imaginez au Sud! Il n'y en a tout simplement pas.

L'information que l'on reçoit actuellement du Sud, c'est que ce n'est pas l'hécatombe au niveau sanitaire, sauf dans le cas de l'Équateur, davantage médiatisé. Mais ce que l'on entend de nos partenaires, c'est que la COVID-19 fait d'importants dommages collatéraux.

Dans certains cas, c'est la flambée des prix. La conséquence: on éprouve actuellement de grandes difficultés au niveau alimentaire dans les grandes villes. De plus, il y a beaucoup d'endroits où le confinement est extrêmement difficile. Pensons aux gens qui gagnent leur pain quotidien - ce n'est pas un jeu de mots - dans le secteur informel. Pour eux, le confinement équivaut à la mort. Le choix pour beaucoup, c'est le suivant: je vends dans la rue et je cours le risque d'attraper une maladie mortelle dans 1 ou 2 % des cas, ou bien je meurs carrément de faim en étant confiné. Le confinement au Nord, c'est un confinement qui est expliqué. Mais il y a des endroits où le confinement devient carrément un passeport pour l'autoritarisme. On a vu des pays où cet autoritarisme s'est manifesté contre des défenseurs des droits humains qui, habituellement, changeaient d'endroits pour dormir afin d'éviter d'être arrêtés ou même tués.

Qu'en est-il des groupes que finance Développement et Paix au Sud: peuvent-ils quand même poursuivre leurs activités?

La plupart de nos partenaires ont ralenti leurs activités. On oublie les grandes réunions de sensibilisation ou d'organisation. Plusieurs groupes font dorénavant la promotion de mesures d'hygiène et de prévention, notamment par des émissions à la radio communautaire.  

À Développement et Paix, on effectue des visites régulières sur le terrain afin de rencontrer les partenaires. Mais ces visites ne sont plus possibles aujourd'hui. Pour une courte période, ça ira. En même temps, il faut rappeler que c'est dans notre ADN de travailler directement avec des groupes locaux, On n'a pas d'employés sur place qu'on a dû rapatrier lorsque les frontières ont été fermées et que les voyages internationaux ont été interdits. C'est la valeur ajoutée de Développement et Paix: on travaille à distance en responsabilisant les acteurs locaux.

Le gouvernement canadien consacre d'énormes sommes financières à la protection de la population et des entreprises d’ici. Ne craignez-vous pas que, lorsque la crise sera passée et qu’il faudra payer les factures, le Canada soit tenté de diminuer son aide internationale?

Le danger du repli sur soi existe, c'est évident. Mais du côté gouvernemental, on s'en défend. Le gouvernement canadien a déjà libéré de fortes sommes pour les pays du Sud. Le message qu'Affaires mondiales Canada martèle c'est que ce n'est surtout pas le temps de ralentir la coopération internationale parce qu'elle est encore plus importante dans une situation comme on vit présentement.

Si on n'aide pas ailleurs à composer avec la crise, le virus va continuer de se propager et, l'hiver prochain, il va nous revenir. La crise sanitaire actuelle montre que nous sommes dans le même bateau ou, selon les mots du pape François, tous ensemble dans une «maison commune».

Avec ce virus, il n'y a plus de frontières. Si on n'aide pas notre prochain à régler ses difficultés, le problème va nous revenir plus tard, et peut-être même plus tôt que tard.

En passant, au début de la crise, alors que le Sud n'était pas encore touché, on a reçu des messages de solidarité de nos partenaires du Nigeria, de la Sierra Leone et d'ailleurs. Ils étaient inquiets de nous savoir aux prises avec ce virus. Pour nous, ces messages sont un bel exemple d'une solidarité multidirectionnelle, qui ne va pas seulement du Nord vers le Sud.

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