Un projet de loi qui va créer des «citoyens de seconde classe»

Tirs nourris des groupes religieux contre le projet de loi sur la laïcité

Détail de la page couverture du projet de loi 21 sur la laïcité déposé le 28 mars à l'Assemblée nationale, à Québec.
Détail de la page couverture du projet de loi 21 sur la laïcité déposé le 28 mars à l'Assemblée nationale, à Québec.   (Capture d'écran)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-03-28 15:50 || Québec Québec

Le projet de loi 21 qu'il a présenté le 28 mars à l'Assemblée nationale veut être «une initiative rassembleuse, raisonnée et raisonnable», estime le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette. C'est plutôt un texte législatif discriminatoire, répondent des leaders religieux québécois et canadiens.
 
La branche québécoise du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) affirme que le projet de loi sur la laïcité de l'État, s'il est adopté, fera des musulmans du Québec et des autres communautés minoritaires «des citoyens de seconde classe».

«Le gouvernement a présenté cette législation discriminatoire sans aucune consultation des communautés touchées», déplore cet organisme.

«Le Québec est une société démocratique, progressive et inclusive. Pourtant, ce projet de loi est régressif et va clairement à l’encontre de ces valeurs fondamentales», insiste Sarah Abou-Bak, porte-parole de CNMC Québec.

Pour le directeur national du CNMC, Ihsaan Gardee, un État laïque devrait protéger la liberté de religion et non pas contraindre «les citoyens à se conformer à ce que la majorité veut».

«L’équipe juridique du CNMC va entreprendre un examen minutieux du projet de loi afin de déterminer les options existantes pour contester cette législation discriminatoire», promet-il.

Chez les catholiques

«Si on reconnaît à l'État ainsi qu'aux institutions de l'État la possibilité de déclarer leur neutralité religieuse, cette neutralité ne doit d'aucune manière restreindre les droits fondamentaux des individus et des communautés à exprimer leurs convictions spirituelles et religieuses et à en vivre», tranche Mgr Noël Simard, président de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ).

Son organisme, qui regroupe les évêques catholiques de tout le Québec, souhaite se donner quelques jours «pour prendre connaissance et analyser» le projet de loi présenté ce matin par le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, le député Simon Jolin-Barrette.

L'évêque de Valleyfield serait prêt à participer à une consultation publique s'il y était convoqué par les parlementaires avant que le projet de loi ne soit voté par l'Assemblée nationale.

Il y a deux semaines, l'AECQ a publié une déclaration sur la neutralité religieuse de l'État et a abordé la question des signes religieux portés par le personnel enseignant.

«Le port de signes ou de vêtements manifestant une appartenance religieuse est un cas évident d’exercice de la liberté de religion. Restreindre de quelque manière que ce soit cette liberté fondamentale ne devrait se faire que sur la base de raisons graves et inattaquables», écrivaient les évêques québécois.

De son côté, le Centre justice et foi, un groupe d'analyse sociale des jésuites du Canada qui publie notamment la revue Relations, dénonce le projet de loi 21 parce qu'il «porte atteinte aux droits et libertés de nos concitoyennes et concitoyens issus des minorités religieuses et racisées».

«Non seulement ce projet de loi stigmatise-t-il une fois de plus les femmes musulmanes portant le hidjab, mais il crée de dangereux précédents qui contribuent à fragiliser le tissu social et la citoyenneté commune», estime l'organisme dans une déclaration de quatre pages diffusée quelques heures après le dépôt du projet de loi du gouvernement caquiste de François Legault.

Opposition de CIJA-Québec

«La communauté juive québécoise soutient la neutralité religieuse de l’État et reconnaît que la laïcité a historiquement protégé la liberté de culte et de conscience», estime Reuben Poupko, coprésident du Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (CIJA-Québec). Mais son organisme s'opposera «à toute restriction de la liberté de culte des individus au nom de laïcité».

Selon lui, «le respect de la laïcité ne repose pas sur l’apparence des individus». Le projet de loi 21, présenté aujourd'hui, interdit le port d'un signe religieux par certaines personne comme les procureurs, les policiers, les enseignants et les directeurs des écoles primaires et secondaires publiques dans l'exercice de leurs fonctions.

«Toute législation visant à restreindre les libertés individuelles doit passer le test de la constitutionnalité», ajoute le  coprésident de CIJA-Québec qui se dit particulièrement troublé «par l’invocation de la clause dérogatoire pour soustraire la législation à toute contestation juridique».

***

Présence a besoin de l'appui financier de ses lecteurs pour poursuivre sa mission.
Cliquez sur l'image de notre campagne de financement pour savoir comment votre don fait une différence.

 

du même auteur

La religieuse Lucille Côté, une des responsables de la vente de samedi et de dimanche à la maison mère des Sœurs de Sainte-Anne.
2019-05-16 19:55 || Québec Québec

Vente d'objets appartenant aux Sœurs de Sainte-Anne

En interdisant «aux personnes travaillant dans la santé et l’éducation de porter les signes et les vêtements qui manifestent leur appartenance religieuse», le projet de loi 21 va beaucoup trop loin, estiment quarante supérieurs de congrégations religieuses québécoises.
2019-05-16 15:32 || Québec Québec

40 congrégations religieuses s'opposent au projet de loi 21

En septembre 2020, les futurs prêtres de Montréal vivront à l'extérieur du Grand Séminaire de Montréal, un lieu qui les accueille depuis 1857.
2019-05-16 10:50 || Québec Québec

Les séminaristes quitteront le Grand Séminaire de Montréal

articles récents

En interdisant «aux personnes travaillant dans la santé et l’éducation de porter les signes et les vêtements qui manifestent leur appartenance religieuse», le projet de loi 21 va beaucoup trop loin, estiment quarante supérieurs de congrégations religieuses québécoises.
2019-05-16 15:32 || Québec Québec

40 congrégations religieuses s'opposent au projet de loi 21

Selon l'archevêque de Montréal, Christian Lépine, la neutralité de l'État devrait plutôt «signifier une ouverture et une bienveillance devant le fait religieux et la diversité de croyances».
2019-05-16 07:42 || Québec Québec

L'archevêque de Montréal craint un recul des libertés individuelles

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a été ajouté à la liste des groupes et personnes qui prendront part aux consultations particulières et auditions publiques de la Commission des institutions sur le projet de loi 21.
2019-05-06 11:15 || Québec Québec

Laïcité: au moins un groupe religieux finalement invité à s’exprimer