Crise autochtone

Wet'suwet'en: des leaders chrétiens réclament un règlement pacifique

Une manifestation de solidarité avec la Première Nation des Wet'suwet'en à Toronto le 15 février 2020.
Une manifestation de solidarité avec la Première Nation des Wet'suwet'en à Toronto le 15 février 2020.   (Jason Hargrove/CC BY-NC 2.0)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-02-20 19:05 || Canada Canada

Le conflit qui oppose les chefs héréditaires de la Première Nation des Wet'suwet'en au projet de gazoduc Coastal GasLink peut et doit se régler de manière pacifique, estime Erik Oland, le supérieur provincial des Jésuites du Canada.

Dans une lettre qu'il vient d'acheminer à la ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Carolyn Bennett, le père Oland insiste pour que toutes les institutions représentatives des peuples autochtones soient dorénavant consultées lorsque des projets de développement économique ont des incidences sur leurs terres et territoires.

Pour le jésuite, il est certes «louable qu'il y ait eu des consultations avec les chefs et les conseils élus au sujet du passage d'un gazoduc à travers le territoire des Wet'suwet'en et qu'ils aient donné leur accord».

Toutefois, «l'opposition des chefs héréditaires ne doit pas être ignorée». Ces dirigeants ont «eux aussi une voix» que la ministre et le gouvernement devraient écouter.

«Le conflit sur le territoire Wet'suwet'en met en évidence la nécessité d'un changement fondamental dans les relations entre le gouvernement du Canada et les peuples autochtones», estime le supérieur des jésuites canadiens.

«La réconciliation, et même la préservation de nos terres, exige une transition des structures et des relations coloniales vers de nouveaux modèles d'autodétermination et de participation des Autochtones à la Confédération».

Ne pas expulser violemment «des populations autochtones non armées qui cherchent à défendre leurs terres et leurs droits serait un bon pas vers un avenir commun décolonisé», conclut le père Oland.

D'autres déclarations de leaders religieux

Il y a une semaine, la Conférence religieuse canadienne (CRC) a aussi demandé à la ministre Bennett de tout tenter pour «que les pourparlers reprennent, évitant ainsi une escalade ou le recours à la force».

«Le fait que le cadre de négociation et de consultation actuel des gouvernements et de l’industrie ne repose que sur les conseils de bande dictés par la Loi sur les Indiens est problématique», reconnaît la CRC. «Ce modèle est source de confusion et de conflits, particulièrement dans les territoires non cédés comme celui des Wet'suwet'en.»

La lettre de la CRC, signée par son directeur général, le père Alain Ambeault, suggère que «le Canada a besoin d'une meilleure approche» dans ses relations avec les peuples autochtones. Cette approche doit être «bien ancrée dans des principes et des structures de décolonisation».

«Nous sommes déçus que les pourparlers entre les chefs héréditaires Wet'suwet'en et le gouvernement colonial de la Colombie-Britannique aient échoué», ont déclaré l'archevêque Linda C. Nicholls, la primat de l'Église anglicane du Canada, et Mgr Mark MacDonald, l'évêque national autochtone et six autres évêques anglicans de l’Ouest canadien. Ils ont aussi déploré que «bien que le gouvernement de la Colombie-Britannique soit la première juridiction de son niveau à adopter officiellement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, il n'ait pas honoré ses propres engagements en omettant de tenir une véritable consultation de nation à nation qui incluait le leadership héréditaire du peuple Wet'suwet'en».

Du côté de l'Église Unie du Canada, on estime que l'opposition entre les chefs héréditaires et les conseils de bande sur ce projet de gazoduc «résulte d’un conflit entre la loi des Autochtones et la loi coloniale. «Nous croyons que les gouvernements et la société pipelinière se servent de cette discorde pour faire avancer le projet.»

Cette situation doit cesser et «un véritable dialogue rendant hommage au caractère sacré de la terre et du peuple autochtone doit s’installer», écrivent Richard Bott, modérateur de l'Église Unie du Canada, et Cheryl Jourdain, ministre exécutive intérimaire du Conseil national des aînés et des aînées autochtones.

Au nom de l'Église presbytérienne au Canada, la modératrice Amanda Currie soutient que la violence «ne doit pas être une option dans toute réponse» à ce conflit. «Les préoccupations environnementales, que les défenseurs des Wet'suwet'en soulèvent, vont affecter tout le monde dans la région et doivent être résolues par un dialogue de bonne foi.

«Nous prions pour la sécurité et le bien-être de tous les habitants du territoire Wet'suwet'en et pour une solution pacifique du conflit», écrit la pasteure de la Saskatchewan.

L'organisme œcuménique Kairos, qui rassemble dix Églises et institutions religieuses canadiennes, déplore que le gouvernement de la Colombie-Britannique, qui a pourtant ratifié en novembre 2019 la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, renie aujourd'hui ses engagements.

«Respecter les droits des peuples autochtones n'inclut pas la présence de policiers armés, les actes de violence, les arrestations et les postes de contrôle qui empêchent les populations autochtones d'accéder à leurs terres. La voie qui mène au respect des droits des peuples autochtones est pacifique, reconnaît la souveraineté et la juridiction de la nation Wet'suwet'en, favorise l'engagement significatif des chefs héréditaires, protège les droits des défenseurs du territoire, soutient leur détermination à protéger la terre et l'eau pour les générations futures et respecte le droit au consentement libre, préalable et informé», écrit Kairos dans une déclaration intitulée Les défenseurs des terres des Wet'suwet'en ne sont pas des criminels.

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