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Chronique de Sabrina Di Matteo

Quand le discernement s'invite aux funérailles

  (Présence/Philippe Vaillancourt)
Sabrina Di Matteo | Chroniqueuse
Chroniqueuse
2016-10-04 16:00 || Canada Canada

En énonçant des directives limitant l’accès aux funérailles et au sacrement des malades pour ceux qui ont recours à l’aide médicale à mourir, les évêques d’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest ont poussé plusieurs évêques ailleurs au pays à clarifier leur propre position quant à l’admission aux funérailles à l’église. Bien souvent sans que les fidèles aient été entendus.

Un évêque a l’autorité dans son diocèse pour énoncer des directives et orientations pastorales, dans la mesure où celles-ci sont en cohérence avec le Code de droit canonique de l’Église. Dans ce cas en question, il y a un vide juridique. Le Code ne se prononce pas précisément sur le fait de refuser les funérailles à une personne qui a eu recours à l’aide médicale à mourir. Face à cela, ces six évêques de l’Ouest ont voulu, avec raison, prendre à bras-le-corps de nouvelles situations pastorales.

L’autonomie a ses mérites, mais elle peut engendrer de la confusion. Qui dit vrai? Comment se référer à «l’Église» quand un diocèse a une directive particulière que le diocèse voisin n’a pas?

Depuis qu’il est pape, François semble encourager la décentralisation en renvoyant au discernement des évêques et des prêtres, comme dans le cas de l’accès à la communion eucharistique pour les couples divorcés et remariés civilement. C’est notamment le cas dans Amoris laetitia, son exhortation apostolique sur la famille publiée il y a quelques mois, qui invite les pasteurs à discerner avec les couples concernés. Faute d’indications plus claires, des évêques et des conférences épiscopales ont jusqu’ici émis des orientations variables.

Devant des situations pastorales de plus en plus complexes, le Code de droit canonique de 1983 n’a pas tout prévu. Du discernement, il en faut déjà beaucoup. Et il va en falloir sans cesse.

Conjoints de fait qui demandent le baptême de leur enfant, personne homosexuelle en couple qui demande le sacrement de confirmation, mariages interreligieux, mariages de non-pratiquants attirés par la valeur photographique de l’église, première communion d’enfant pour faire plaisir à grand-maman, décès médicalement assisté… Ces situations placent le personnel pastoral entre l’arbre et l’écorce. Comment honorer la quête de sens et l’ouverture à la foi tout en ne diluant pas la tradition catholique?

Plusieurs personnes optent déjà pour des cérémonies de mariage civil, des hommages au salon funéraire, des fêtes d’accueil pour bébé en lieu d’un baptême. Bref, ils s’inventent déjà des nouveaux rites, sans référence à l’Église.

L’Église est trop souvent réduite à une institution cléricale, où prêtres et évêques jouent le premier rôle et décident de tout. L’invitation à décentraliser et à discerner appelle un renversement. Le peuple doit être remis au cœur de ce double mouvement. Plongés dans des réalités sociales complexes, les croyants sont capables de réfléchir et n’ont plus à n’être que les objets d’une pastorale et de directives à la dure. Sans voix au chapitre, des croyants désabusés ne risquent-ils pas de discerner le seul avenir qui leur appartienne : rester…ou quitter sur la pointe des pieds?


4 Commentaire(s)

Abbé Jacques Larose || 2016-10-05 16:06:41

Je crois que la difficulté rencontrée dans la décision de l'Archevêque de Québec à célébrer les funérailles et même à conférer le sacrement de l'Onction des malades à ces personnes est précisément la COHÉRENCE avec la décision de l'Église de s'opposer au suicide assisté. Le peuple a besoin de directives claires et non de subtils contournements à ce qui a déjà été décidé haut et fort. Sinon c'est finalement la crédibilité de l'Église qui va en souffrir. Quand on décide quelque chose, il faut être prêt à en accepter les conséquences sinon on donne l'impression de vouloir plaire à tout le monde. Monseigneur, soyez cohérent ... ou avouez tout simplement que vous êtes favorable au suicide assisté

Paul Cadrin || 2016-10-05 09:46:30

Au cours de mes études de morale, il y a longtemps, on disait qu'on ne pouvait jamais présumer que, avant de rendre l'âme, le mourant aurait ressenti un véritable sentiment de contrition et aurait sincèrement demandé pardon à Dieu pour ses fautes. Par conséquent, on ne pouvait refuser les funérailles chrétiennes ou même la sépulture en terre bénie même à des criminels endurcis ou à des suicidés. Pourquoi est-ce que ce principe ne s'appliquerait pas à ceux qui ont demandé l'aide médicale à mourir? Laissons le jugement dernier à Dieu, il est le seul compétent pour le faire, tout en sachant qu'il est Miséricorde.

Sabrina Di Matteo || 2016-10-04 18:15:25

Mme Lafortune: Il est important de comprendre le sens des funérailles catholiques. Elles sont un rite d'adieu communautaire, une remise à Dieu de la personne défunte. Les funérailles ne sont pas un hommage au défunt, malgré que la pratique des discours et témoignages laissent croire cela. Quand l'Église accepte de célébrer les funérailles d'une personne dont les crimes sont connus, elle ne met pas un sceau d'approbation sur la vie de cette personne. Les funérailles sont pour le bien de la famille, si celle-ci les a demandées dans une perspective de foi. Dans le cas de l'aide médicale à mourir et des funérailles, il y a plusieurs nuances. D'abord, le défunt a-t-il été bien accompagné dans son choix? La famille était-elle au courant, a-t-elle encouragé ce choix ou essayé de l'en dissuader? La famille regrette-t-elle le choix du défunt de mourir par aide médicale? Ou s'en vante-t-elle, sans voir que ce choix de s'enlever la vie est contraire à la dignité souhaitée par l'Église? Ce n'est pas simple. Le document des évêques de l'Ouest affirme une ligne claire mais apporte beaucoup de ces nuances pour les multiples cas qui pourraient se présenter. Il faut le lire. Ma chronique apporte un angle différent, sur qui participe au discernement et aux décisions.

Lafortune Hélène || 2016-10-04 17:29:10

ces meme évêques acceptent de celebrer les funérailles des mafioso sana rechigner , a leur place , je me garderais une certaine gene .

 

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