Éditorial

Reconnaître ce que l’année 2020 avait à offrir

Une jeune fille fête l'arrivée de la nouvelle année à Bangkok, en Thaïlande.
Une jeune fille fête l'arrivée de la nouvelle année à Bangkok, en Thaïlande.   (CNS photo/Athit Perawongmetha, Reuters)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2021-01-01 17:34 || Québec Québec

Aussi bien les revues sérieuses qu’humoristiques de 2020 ont sacré la dernière révolution autour du Soleil d’année – je cite – de «merde». Sans prétendre qu’elle occupera une place d’incommensurable joie dans nos cœurs, reconnaissons tout de même qu’à travers les révélations qu’elle a offertes à nos sociétés, elle a permis de parvenir à une compréhension plus fine des maux qui les accablent.

Dans un monde que l’on s’imagine souvent comme individualiste et sans pitié, la pandémie a rappelé à tous la force des actions communes concertées. Bref, que la solidarité est l’affaire de tous. Qu’il s’agisse d’observer des mesures sanitaires, de se donner pour le soin des malades ou de travailler à élaborer des vaccins ou des remèdes, tout cela ne s’obtient que quand des populations entières mettent l’épaule à la roue. Cette heureuse constatation permet d’espérer que les excuses du passé ne suffiront plus lorsque que les enjeux écologiques et sécuritaires reviendront à l’avant-scène. Changer une société, n’est-ce pas ce rêve qu’évoquent penseurs et idéalistes désireux d’un monde meilleur ? Il faut reconnaître que 2020 a montré qu’il n’est pas illusoire de croire un tel changement possible.

Une pandémie révélatrice

Les expériences de confinement n’ont certes pas été simples pour tous. Mais ce dénominateur commun expérientiel a aussi servi de base pour admettre que certains sont plus avantagés que d’autres. Il a servi de révélateur et d’accélérateur des tendances, à la fois de succès et d’échecs. La personne âgée seule, le parent débordé, le jeune à la santé mentale fragile, le célibataire esseulé : ils sont tous soudainement devenus plus visibles au sein d’un univers qui ne manque pas d’artifices pour camoufler ces situations vécues difficilement par plusieurs. Au Québec, deux chantiers sont ressortis du lot. Derrière les questions entourant la gestion des CHSLD, c’est la société entière qui était invitée à se questionner sur sa manière de considérer et de traiter le vieillissement. Ce questionnement sera de plus en plus nécessaire au cours des prochaines années, alors que la réflexion éthique entourant le troisième âge se raffine. Les enjeux de santé mentale, dont la grave réalité n’épargne ni âge ni aisance financière, ont également été exacerbés. Comme pour la santé physique – où nous comprenons bien qu’il y a tout un monde de nuances entre l’olympien et le citoyen sédentaire – nous avons été invités à réaliser que la santé mentale est l’affaire de tous, qu’elle se nuance, qu’elle se travaille et qu’elle se soigne. Mais que tous ne font pas face à ces situations en jouissant des mêmes ressources.

L’année fut en grande partie marquée par les théories de complot de toutes sortes. Les termes «complotiste» et «covidiot» alimentaient les débats, allant jusqu’à diviser parfois familles et amis de longue date. Le phénomène traduit une double crise: celle de la parole autorisée, voire de la parole d’autorité, de même que celle de la circulation de l’information. Pourtant, au plus fort du confinement printanier, les médias d’information – y compris celui-ci – étaient considérés comme des services essentiels par le gouvernement. Plusieurs médias ont même eu de très bons scores pendant cette période, alors que l’importance cruciale de la circulation d’une information indépendante de qualité était réitérée et se traduisait par une forte demande. La presse a ses travers, mais il est heureux de constater qu’elle sait toujours être au rendez-vous des grands moments qui marquent l’histoire de nos sociétés. D’autant plus que cela survient alors qu’elle traverse elle-même une crise de ses modèles d’affaires.

Mais l’une des leçons les plus importantes de cette année 2020 ne concerne même pas directement la pandémie. Il s’agit des mouvements pour la justice et la vérité, dont Black Lives Matter, qui ont eu des retentissements internationaux malgré la crise sanitaire. C’est dire à quel point cela touche profondément les valeurs de larges pans de nos concitoyens. Comme la plupart des mouvements civiques, il y a des nuances à apporter, des dérapages à dénoncer. Mais sur le fond, nous ne pouvons que constater que même une pandémie d’une telle ampleur n’est pas parvenue à étouffer ces appels.

Poussés au changement

L’année 2020 a apporté à notre société l’occasion de faire plusieurs diagnostics. De voir les limites de ses modèles socioéconomiques que l’on croyait pratiquement intouchables il y a quelques mois à peine. De reconnaître les nombreuses fragilités, qui sont plus répandues qu’on ne le croit au sein de notre monde et qui sont souvent très proches de nous, à commencer par notre propre foyer.

Ces diagnostics permettent aujourd’hui d’affirmer que la solidarité, le souci de son prochain, la nécessité de faire circuler des informations de qualité et la grande soif de justice ne sauraient être détruits par une pandémie, bien au contraire. Ces éléments sont néanmoins à prendre pour ce qu’ils sont et non à être exhibés comme des victoires dans un jovialisme béat. Car tous, sans exception, sont accompagnés de drames, de deuils, de moments de désespoir, de faillites et d’épuisement.

Ils permettent toutefois de faire naître en nous l’intime conviction que ces difficultés n’auront pas le dernier mot. Que 2020 a été porteuse de leçons et de tours de force qui permettent d’espérer que nos sociétés seront à l’avenir mieux outillées pour soigner leurs maux. Et qu’il vaut mieux l’embrasser que de lui accoler de sombres adjectifs qui ne rendent pas justice au chemin parcouru.

L’espoir d’une bonne année 2021 sera tributaire de notre capacité collective à reconnaître qu’à son étrange manière, 2020 nous a appelés à changer pour le mieux.

***

 

 

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