Voyage de François

Rencontre entre le pape et Obama à la Maison Blanche

  (CNS/Paul Haring)
2015-09-25 10:21 || Monde Monde

Le pape François s’est présenté comme un « fils d’immigrants » lorsqu’il s’est adressé au président Obama et au peuple américain, lors de son tout premier voyage aux États-Unis. Il appréhende d’ailleurs ce voyage comme l’occasion d’apprendre au contact d’autrui et de partager sa propre expérience.

Le pape est d’ailleurs très conscient du fait que ce pays a été « en bonne partie bâti » par des familles immigrantes. C’est d’ailleurs de cette façon qu’il a entamé son discours devant le peuple américain, lorsqu’il a pris place derrière le lutin aménagé sur le parterre de la Maison Blanche, où s’étaient massées plus de 20 000 personnes.

Le président Obama s’est empressé d’ajouter que « la cour arrière de la Maison Blanche n’est habituellement pas aussi achalandée ». Pareille affluence en ce matin ensoleillé et radieux est, dit le président, un reflet de la dévotion des catholiques américains. C’est aussi, ajoute M. Obama, un probant témoignage de l’influence du « message d’amour et d’espoir » prêché par François. Message qui a « inspiré un nombre incalculable de personnes dans ce pays et ailleurs dans le monde ».

Le pape était visiblement honoré de l’accueil qui lui a été réservé. Cela ne l’a pas empêché d’aborder des enjeux cruciaux et d’apporter son soutien aux prises de positions des évêques américains en matière de liberté de religion. Les évêques se sont en effet opposés à la réforme de la santé pilotée par l’administration Obama — réforme qui forçait la quasi-totalité des employeurs, dont plusieurs institutions catholiques, à offrir à leurs employés des polices d’assurances couvrant les coûts liés à achat de contraceptifs.

S’adressant au président Obama, le pape François lui a rappelé que les catholiques américains désirent vivre dans « une société véritablement tolérante et inclusive ». Société qui protège les droits individuels, qui rejette « toute forme de discrimination » et qui respecte les convictions religieuses les plus profondes de ses citoyens, de même que les obligations morales et éthiques qui découlent de ces croyances.

Dans ses remarques conclusives, Obama a lui aussi fait allusion à la liberté de religion mais en se référant surtout à la persécution et aux violences dont sont victimes les chrétiens dans plusieurs régions du monde.

Francois est arrivé aux États-Unis en provenance de Cuba. Dans leurs discours respectifs, le pontife romain et le président américain ont tous deux fait allusion aux efforts diplomatiques en cours afin de normaliser les relations entre ces deux pays, après plus de cinq décennies de tensions et de méfiance réciproques.

Le pape a salué « les efforts qui ont été récemment déployés afin de raccommoder cette relation brisée et d’ouvrir la porte à la coopération au sein de la famille humaine ». Ce sont là, ajoute-t-il, « des signaux encourageants dans ce processus de réconciliation, de justice et de liberté ».

Bien que le pape ait continuellement minimisé le rôle qu’il a joué dans la reprise des discussions entre Barack Obama et Raul Castro, le président américain n’a pas manqué de témoigner sa reconnaissance à l’égard du Saint-Siège : « Saint-Père, nous vous remercions de l’appui indéfectible que vous avez témoigné à l’égard de notre désir de donner un nouveau départ à notre relation avec le peuple cubain. Le développement de relations plus harmonieuses entre nos deux pays facilitera la coopération au sein de notre hémisphère et améliorera le sort du peuple cubain ».

La foule qui s’était massée sur le parterre de la Maison Blanche a applaudi presque toute les phrases prononcées par le pape et le président. François, qui reconnaît ne pas être un virtuose de la langue de Shakespeare, a lu son texte dans un anglais clair. Il a çà et là gesticulé à l’aide de ses mains afin d’appuyer son propos.

Avant de se rendre à l’intérieur de la Maison Blanche pour un tête-à-tête, les deux chefs d’État ont abordé les questions environnementales. Ils se sont notamment attardés à Laudato si', la récente encyclique de François, laquelle exhorte les États et la communauté internationale à prendre des mesures concrètes et sérieuses afin d’endiguer les changements climatiques et de venir en aide aux pauvres, qui sont les premières victimes des désastres environnementaux.

« Les changements climatiques sont un problème sérieux que nous ne saurions léguer aux générations futures », a dit le pape au président. Nous faisons face, dit-il, à un « moment critique » : il est encore possible de changer les choses pour le mieux mais nous devons agir rapidement.

« De tels changements supposent une réflexion empreinte de sérieux et de sens des responsabilités. Nous devons nous demander quel genre de monde nous voulons léguer non seulement à nos enfants mais aussi aux millions de personnes soumises à un système qui ne s’est jamais soucié de leur sort », a ajouté Francois.

Nous ne nous sommes pas suffisamment souciés des besoins de la Terre et de ceux des pauvres, dit-il. « J’aimerais utiliser ici une phase éloquente de Martin Luther King selon laquelle nous n’avons jamais remboursé notre dette et que l’heure est maintenant venue de l’honorer ».

Le président Obama a certes remercié le pape pour son encyclique. Cela dit, l’essentiel de son discours s’est contenté de saluer le style de leadership adopté par le pape Francois depuis le début de son pontificat.

« Votre Sainteté, vos paroles et vos actes sont un témoignage moral d’une grande profondeur », a-t-il dit. « Dans vos exhortations aussi douces que fermes, vous nous rappelez nos devoirs envers Dieu et envers nos semblables ». Ce faisant, ajoute-t-il, « vous secouez notre torpeur et notre complaisance ».

 « Plusieurs d’entre nous peuvent, à l’occasion, ressentir un profond malaise en constatant le gouffre qui subsiste entre la façon dont nous menons notre vie au quotidien et les choses que nous jugeons être vraies et justes », ajoute-t-il. Or, aux yeux du président Obama, pareille prise de conscience nous incite à « nous réunir, dans un esprit d’humilité et de générosité, afin de contribuer à l’édification d’un monde plus aimant, plus juste et plus libre ».

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adap. Présence - information religieuse

 

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