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La présence de groupes importants remise en question

Sainte-Anne-de-Beaupré: d’autres traditions pèlerines ébranlées

Le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré accueille 800 000 personnes par année.
Le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré accueille 800 000 personnes par année.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2018-03-02 14:46 || Québec Québec

Désarçonné par la fermeture définitive de l’Auberge de la basilique à Sainte-Anne-de-Beaupré, le plus ancien pèlerinage canadien – qui fréquente ce sanctuaire depuis 143 ans – annonce qu’il n’emmènera pas ses quelques 500 pèlerins habituels cet été.

«C’est avec beaucoup de tristesse que je vous avise qu’il n’y aura pas de pèlerinage en autobus à Sainte-Anne-de-Beaupré cette année», a indiqué l’organisateur Michael Budge dans un courriel envoyé aux participants le 19 février.

Le pèlerinage d’Ottawa et des diocèses avoisinants d’Ontario et du Québec est une véritable institution de par son ancienneté et le nombre de personnes qu’il déplace annuellement au sanctuaire dédié à la grand-mère de Jésus.

L’an dernier encore, le groupe comptait neuf autobus, pour un total de 540 personnes. De ce nombre, M. Budge affirme que 355 personnes ont couché à l’Auberge.

Il dit que la fermeture de l’Auberge «condamne» les organisateurs comme lui à annuler leurs plans pour les habituels pèlerinages à Sainte-Anne-de-Beaupré, «étant donné que l’auberge était essentielle pour le bon fonctionnement de ceux-ci». Afin de tout de même perpétuer la tradition avec un 144e pèlerinage en août prochain, ils ne seront que quelques-uns de son groupe à faire le trajet en voiture.

Au bout du fil, sa frustration est palpable. À ses yeux, les récentes fermetures de bâtiments, dont le Musée de sainte Anne et l’Auberge, de même que l’intention des pères rédemptoristes de quitter leur monastère de Sainte-Anne-de-Beaupré, ont comme effet de briser le lien de confiance qui existait avec son groupe.

Il se dit «dégoûté» de la tournure des événements. Il raconte qu’il a eu plusieurs échanges avec les rédemptoristes au cours des dernières années, notamment autour de l’avenir de l’Auberge, et qu’il a toujours insisté pour leur rappeler à quel point ce lieu d’hébergement bon marché situé directement en face de la basilique est crucial pour un groupe comme le sien.

L’été dernier, la diminution des services à l’Auberge et sa fermeture appréhendée ont largement influencé la décision du plus ancien pèlerinage américain à Sainte-Anne – le Ahearn Memorial Pilgrimage – de mettre fin à son traditionnel séjour pendant la neuvaine du mois de juillet. Le groupe venait depuis 1923.

M. Budge critique durement le recteur du sanctuaire, le père Bernard Gauthier, et le supérieur de la communauté, le père Charles Duval, qu’il qualifie «d’antéchrists» dans la version anglophone de son message, un mot qui a été gommé dans la version francophone. Il les accuse de penser d’abord et avant tout à leur communauté religieuse, au détriment des pèlerins.

Réaction du sanctuaire

La vice-rectrice du sanctuaire, Assunta Bouchard, affirme qu’elle et ses collègues se doutaient bien que ce groupe ne viendrait pas en 2018. Mais elle trouve «extrêmement dommage» les propos «méchants» de M. Budge.

Elle rappelle qu’il aurait fallu effectuer des travaux de 800 000 $ pour maintenir l’Auberge ouverte et que, devant la diminution de leur nombre – il ne restera que dix pères rédemptoristes au monastère de Sainte-Anne-de-Beaupré à partir du mois de mai – ceux-ci ont préféré la fermer.

«On travaille extrêmement fort pour avoir une solution pour nos pèlerins. Nous aurons une solution très positive, qu’on va dévoiler bientôt dans le cadre d’une conférence de presse», assure-t-elle. Cette conférence de presse pourrait se tenir un peu après Pâques, a-t-elle précisé. Les détails restent à confirmer, mais les informations qui ont filtré jusqu’à présent laissent croire qu’il s’agirait d’un partenariat avec des hôteliers de la côte de Beaupré. Un système de navette serait envisagé pour aider les pèlerins à se rendre au sanctuaire.

De son côté, le supérieur de la province rédemptoriste de Sainte-Anne-de-Beaupré s’est dit «attristé» par les propos de M. Budge. Il assure qu’en tant que responsables du sanctuaire, les pères rédemptoristes cherchent des solutions réalistes pour continuer d’accueillir le mieux possible les visiteurs et les pèlerins.

Un dernier été pour le Comité de l’Espoir?

Ce sera aussi vraisemblablement le dernier été du Comité de l’Espoir au sanctuaire. Fondé au début des années 1990, il permettait à une quarantaine de malades et d’infirmes d’assister à la neuvaine. En raison des soins particuliers dont ces personnes avaient besoin, on les logeait au Séminaire Saint-Alphonse, en sachant qu’il serait possible de les déplacer à l’Auberge à l’avenir.

Selon le cofondateur du Comité du l’Espoir, le père rédemptoriste André Morency, les autorités du sanctuaire lui ont indiqué que ce sera le dernier été où il sera possible d’accueillir ce groupe au Séminaire.

«Dans la tête des autorités du sanctuaire, c’est clair que c’est la dernière année», indique le père Morency. Il est déçu mais semble se faire une raison, lui qui doit aussi veiller à l’avenir de son œuvre pour les personnes qui souffrent d’une dépendance, la Fraternité Saint-Alphonse, à Québec.

«Rager ne sert à rien», dit-il. Il confie cependant prier pour que «Dieu leur mette dans le cœur de ne plus vendre l’Auberge».

L’Auberge n’est pas encore mise en vente, mais il y a quelques jours les rédemptoristes ont annoncé qu’ils prévoient «une liquidation des bâtiments et terrains excédentaires».

Le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré accueille environ 800 000 personnes annuellement. Ce chiffre s’est maintenu au cours des dernières années.

 

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