Des infirmeries vulnérables

Au moins 37 membres de communautés religieuses tués par la COVID-19 au pays

Au moins 37 sœurs, frères et pères sont décédés de la COVID-19 dans les infirmeries de leurs congrégations. Les urnes de cinq Antoniennes de Marie, à Chicoutimi, ont été placées à l'avant de l'autel de la chapelle de leur maison mère.
Au moins 37 sœurs, frères et pères sont décédés de la COVID-19 dans les infirmeries de leurs congrégations. Les urnes de cinq Antoniennes de Marie, à Chicoutimi, ont été placées à l'avant de l'autel de la chapelle de leur maison mère.   (Image fournie par les Antoniennes de Marie)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-05-05 18:41 || Canada Canada

Le mois d'avril a été funeste pour les communautés religieuses du Canada. Au moins 37 sœurs, frères et pères sont décédés de la COVID-19 dans les infirmeries de leurs congrégations.

Au Pavillon Saint-Joseph de Ville Saint-Laurent, une infirmerie dirigée par les Sœurs de Sainte-Croix, on déplore 11 décès de religieuses de cette congrégation en un mois. Trois membres d'autres congrégations féminines y sont aussi décédées, précise la religieuse Monique Paquette, conseillère générale des Sœurs de Sainte-Croix.

Sœur Paquette prononce ces chiffres, la voix étranglée par l'émotion. «Jamais, nos sœurs à l'infirmerie ne décèdent seules. Selon notre tradition, des sœurs veillent toute la nuit et sont relevées par d'autres.»

Mais à cause des actuelles mesures de confinement, «on ne peut pas être présentes», à leurs côtés. «C'est une épreuve qui nous habite beaucoup». Heureusement, dit-elle, la directrice aux soins de leur infirmerie, une laïque, veille sur chacune des religieuses dont la fin approche. «On apprécie tellement sa présence.»

Quelque 120 religieuses de la congrégation des Soeurs de Sainte-Croix ou des autres communautés sont hébergées au Pavillon Saint-Joseph.

Résidence De La Salle

Le 21 avril 2020, deux frères et un père sont décédés de la COVID-19 à la Résidence De La Salle de Laval, une infirmerie où sont soignés les membres d'une dizaine de communautés masculines.

Le lundi 4 mai, deux semaines plus tard, le frère Florent Gaudreault, le supérieur provincial des Frères des Écoles chrétiennes du district du Canada francophone, a annoncé que 12 religieux y sont maintenant décédés. En fait, 11 sont membres d'institut religieux. Le douzième est un prêtre de l'archidiocèse de Montréal.

Vingt-quatre heures plus tard, on comptait trois nouveaux décès attribuables à la COVID-19. «Ce sont deux frères des Écoles chrétiennes et un capucin», a précisé le frère Gaudreault le 5 mai.

Les jésuites

À Pickering, en Ontario, 16 résidents et certains membres du personnel de la maison René Goupil ont été testés positifs, ont indiqué dimanche matin les Jésuites du Canada. «Quatre jésuites sont décédés à la suite de complications liées au virus», ajoutait-on. Dimanche soir, la congrégation déplorait un cinquième décès.

«Vos prières pour les hommes de René Goupil et leurs soignants sont aujourd’hui plus nécessaires que jamais. Tous les jésuites continuent de prier pour vous, vos proches et le monde entier alors que nous faisons face ensemble à cette pandémie», a indiqué la congrégation religieuse.

Elle a précisé qu'«aucun cas de COVID-19 n’a été signalé dans d’autres communautés jésuites du Canada, notamment dans la communauté jésuite de l’infirmerie de Saint Jean de Brébeuf à Richelieu, au Québec.»

Les antoniennes de Chicoutimi

Le 10 avril 2020, la religieuse Bertha Laforest des Sœurs Antoniennes de Marie devenait la toute première religieuse au Canada à décéder des suites de la COVID-19.

Quatre autres religieuses de cette congrégation sont depuis décédées, a indiqué samedi la religieuse Ginette Laurendeau, la supérieure générale des Sœurs Antoniennes de Marie.

«Trois de ces décès sont attribuables à la COVID mais le quatrième décès est de mort naturelle». La religieuse Marie-Alice Boily, âgée de 104 ans, «c'était notre aînée», dit sœur Laurendeau, est décédée à l'infirmerie mais «elle n'a pas contracté la maladie».

Elle confirme qu'un déconfinement a débuté le 27 avril. «Les religieuses dans la zone rouge peuvent marcher, avec de l'aide, dans le corridor», alors qu'elles étaient confinées dans leur chambre depuis le 1er avril.

«La Santé publique a permis à nos sœurs de la zone verte d'aller à la chapelle pour se recueillir.» C'est à l'avant de l'autel de la chapelle de la maison mère qu'ont été déposées les urnes des cinq religieuses. Quant aux «sœurs de l'infirmerie, leurs compagnes, elles ont pu se recueillir un moment devant les cendres», dit-elle.

Nouvel appel au premier ministre

«Ce sont là de bien tristes nouvelles», reconnaît Béatrice Prado, directrice générale de l'Association des trésorières et trésoriers des instituts religieux (ATTIR).

Il y a une semaine, ce regroupement acheminait une lettre d'urgence au premier ministre François Legault afin qu'il intervienne, «pendant qu’il est encore temps», afin d'éviter que plus de personnes traitées dans les infirmerie de congrégations ne soient atteintes de la COVID-19 et qu'il y ait un plus grand nombre de décès.

«On a reçu beaucoup de soutien de la population après le cri d'alarme lancé par notre présidente, sœur Claire Houde», reconnaît Mme Prado. «Mais on n'a pas eu un seul contact avec les bureaux du premier ministre ou de la ministre de la Santé. Aucun retour.»

«Actuellement, nos infirmeries sont à la recherche de tests. Elles ont aussi un urgent besoin de matériel de base, comme des visières et des jaquettes», ajoute la directrice générale de l'ATTIR.

«Les résidences privées pour personnes âgées et les CHSLD privés ont accès à ces équipements. Nous, non», déplore-t-elle.

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