Amérique du Sud

Contraception pour contrer le virus Zika, un «moindre mal» dit le pape

Le pape Françcois s'adressant aux journalistes à bord de l'avion le ramenant en Europe, après son voyage du Mexique, le 17 février 2016.
Le pape Françcois s'adressant aux journalistes à bord de l'avion le ramenant en Europe, après son voyage du Mexique, le 17 février 2016.   (CNS Photo/Paul Haring)
2016-02-22 10:55 || Vatican Vatican

Au moment où l’épidémie Zika bat son plein en Amérique du Sud et qu’un grand nombre de médecins incitent leurs patientes à éviter toute grossesse, en raison des risques de malformations congénitales engendrées par ce virus, le pape François affirme que le recours aux contraceptifs pourrait être un «moindre mal».

Lors d’une conférence de presse à bord de l’avion pontifical, au terme de sa visite officielle au Mexique et à Cuba, le pape François a été questionné à propos des enjeux bioéthiques liés au virus Zika. Un journaliste lui a demandé si le recours aux contractifs et à l’interruption volontaire de grossesse serraient un «moindre mal» lorsqu’un enfant à naître est exposé à un risque élevé de malformations congénitales.

Avortement et contraception

Le pape s’est empressé de distinguer très nettement l’avortement de la contraception. «L’avortement n’est pas un moindre mal: c’est un crime », a-t-il dit. «Prendre une vie pour en sauver une autre, c'est digne de la mafia. C'est un crime. C'est le mal absolu.»

Aux yeux du pape, on ne saurait confondre avortement et contraception. Contrairement à l’avortement, ajoute-t-il, «éviter la grossesse n'est pas un mal absolu». Le pape a même reconnu qu’en certaines circonstances, le recours aux contraceptifs peut même être un «moindre mal». François a alors fait allusion à la décision prise par son prédécesseur Paul VI dans les années 1960, lors de la guerre civile ayant déchiré l’ex-Congo belge dans les 1960. Au cours de ce conflit, le viol a été utilisé comme une arme de guerre par les belligérants. Paul VI a lors autorisé des religieuses à avoir recours aux contraceptifs, parce qu’elles étaient régulièrement violées par des militaires.

Le pape a néanmoins exhorté les médecins et les scientifiques à «tout faire pour trouver des vaccins» afin d’endiguer le virus Zika.

Le Vatican fait le point

Le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège a fait le point sur la déclaration du pape, lors d’une émission diffusée sur les ondes de Radio Vatican. Il a rappelé les distinctions apportées par le pape entre l’avortement d’une part, et, d’autre part, «le possible recours aux contraceptifs [oraux] ou au condom, en cas d’urgence ou lors de situations précises». Le pape, ajoute-t-il, n’a jamais approuvé «la suppression de la vie humaine», il a simplement reconnu la légitimité de l’«évitement de grossesse».

«Il n’a pas dit que la contraception peut être utilisée et approuvée sans discernement et en toutes circonstances.» Ce que le pape a dit, par contre, et ce, assez «clairement», ajoute le père Lombardi, c’est qu’il faut «être sensible aux situations d’urgence». L’allusion faite par François à la guerre civile au Congo belge montre bien qu’il n’approuve pas le recours aux contraceptifs «dans la vie courante». Au contraire, la contraception ne saurait être approuvée que lorsqu’on fait face des «situations grandement dangereuses».

Le porte-parole du Vatican a rappelé que, dans son livre d’entretiens avec le journaliste Peter Seewald (Lumière du monde, 2010), le pape émérite Benoît XVI avait lui aussi légitimé l’utilisation de contraceptifs comme le condom «lors de situations présentant un grand risque de contagion: le sida, par exemple».

Selon le père Lombardi, ce que le pape François a laissé entendre, c’est que le «recours aux moyens de contraception, lors de situations urgentes, ouvre la porte à examen de conscience aussi profond que sérieux». Or, «dans le cas de l’avortement», note le père Lombardi, le pape «refuse catégoriquement d’ouvrir la porte à ce genre de considérations».

Les autorités médicales ont exhorté les femmes à éviter toute grossesse au cours des deux prochaines années, en raisons de liens entre le virus Zika et la forte occurrence de la microcéphalie, une malformation congénitale qui inhibe la croissance de la boîte crânienne des bébés, ce qui empêche leur cerveau de se développer normalement.

De manière générale, l’Église catholique interdit à ses fidèles d’avoir recours aux contraceptifs chimiques ou mécaniques. Elle exhorte plutôt les couples catholiques à gérer leur fertilité par le biais de méthodes contraceptives naturelles.

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adapt. Présence/Frédéric Barriault

 

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