Entrevue avec Marc Pelchat

Églises et déconfinement: «On est à veille de perdre patience»

«On ne veut pas brûler les ponts, on veut être de bons citoyens, mais il y a des limites», dit Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec. Les évêques pressent le gouvernement de considérer la réouverture des lieux de culte.
«On ne veut pas brûler les ponts, on veut être de bons citoyens, mais il y a des limites», dit Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec. Les évêques pressent le gouvernement de considérer la réouverture des lieux de culte.   (Archives Présence/P. Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2020-05-08 17:28 || Québec Québec

L’exaspération commence à être palpable dans les rangs de l’Église catholique au Québec, alors qu’on ne se gêne plus pour dire que les relations avec le gouvernement sont difficiles pour préparer le déconfinement et rouvrir les églises.

Le 7 mai, l’archidiocèse de Québec a publié un message reprenant les grandes lignes d’un mémo reçu la veille par l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ). L’objectif officiel? Rassurer la population et le personnel pastoral en affirmant qu’on travaille pour relancer les diocèses et les paroisses. Mais on espère aussi mettre un peu de pression sur le gouvernement de François Legault.

«L’Église catholique et les chrétiens en général au Québec on a été les premiers à appliquer les mesures de précaution avant même que le gouvernement les impose à tout le monde», rappelle Marc Pelchat, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Québec et président du Conseil Église et société de l’AECQ.

Il confie que depuis la décision de fermer les églises, les autorités diocésaines n’ont jamais cessé de recevoir des messages de déception et de frustration de la part de fidèles et de membres du clergé. L’entente conclue entre le gouvernement italien et la conférence épiscopale italienne cette semaine vient désormais rajouter un peu de pression en vue d’une réouverture des églises au Québec.

Mgr Pelchat et ses confrères évêques espèrent «sensibiliser» les autorités publiques. «Nous sommes un peu absents de leur réflexion», ressent-il.

Un dialogue entre les évêques et le gouvernement a été établi il y a un certain temps, dit-il, mais les résultats se font toujours attendre.

«Les effets apparents, on n’en voit aucun. Le gouvernement parle des cabanes à sucre, des bars, mais jamais des églises. Pourtant, nous apportons du réconfort à beaucoup de gens. Nous rassemblons des centaines de milliers de personnes chaque semaine.»

L’un des points d’achoppement se situe présentement du côté des services funéraires. Des salons ont le droit de tenir certains rituels, mais pas les églises. Ce «deux poids deux mesures» ne tient pas la route, croit Mgr Pelchat, car les églises pourraient aisément offrir des services funéraires: les salles – les églises – sont bien assez grandes pour permettre à un nombre restreint de gens de garder leurs distances. Les portes sont grandes et nombreuses.

«Nous aimerions le faire – et c’est un devoir de compassion, c’est notre rôle – pour les familles en deuil. Nous voulons négocier et signer un protocole d’entente, mais nous n’avons pas de réponse!», déplore Mgr Pelchat.

Le gouvernement actuel ne semble pas très à l’aise dans ses contacts avec les groupes religieux, reconnait l’évêque. Devant sa difficulté à contacter certains groupes, il a d’ailleurs sollicité l’aide des évêques, qui ont initié un regroupement de leaders religieux de diverses confessions pour émettre une déclaration commune le 23 mars dernier. Celle-ci incitait les fidèles à respecter les consignes du gouvernement.

«Nous voulons collaborer, mais nos demandes restent sans réponse», dit-il.

«Les évêques ont relancé les leaders des groupes religieux au Québec pour travailler ensemble pour peut-être commencer à négocier avec l’État sur des règles de déconfinement pour des rassemblements de prière, notamment dans les lieux de culte. Nous aimerions maintenant que les leaders puissent présenter leurs demandes. Mais il n’y a pas de lieu de dialogue actuellement», ajoute-t-il.

Il croit même qu’une telle instance de relations et de consultations entre les groupes religieux et le gouvernement, si elle voyait le jour, pourrait devenir une instance permanente. Les projets de loi 21 sur la laïcité et 40 sur la réforme de la Loi sur l’instruction publique, ainsi que le dossier de la refonte du cours Éthique et culture religieuse, ont d’ailleurs mis en évidence l’absence d’une telle instance au cours des derniers mois.

En mars, pour faire respecter les mesures de confinement, le gouvernement Legault a dû solliciter l’aide du Parti libéral du Québec, car il avait lui-même peu de contacts avec les communautés juives et musulmanes.

«Du côté des catholiques, nous voudrions désormais établir un protocole spécifique pour nos rites, avec des scénarios différents pour les baptêmes, les funérailles, les confirmations et les messes. Car nous voulons nous remettre à vivre des rassemblements de manière sécuritaire. Nous aimerions avoir des accords avec la direction de la santé publique et respecter ce qu’ils nous demanderont: nous ne voulons pas de passe-droit», assure l’évêque auxiliaire.

Issu du monde universitaire, Marc Pelchat a l’habitude des instances consultatives et des dédales administratifs. Mais face à la difficulté à établir un dialogue, il ne cache pas son exaspération croissante.

«On commence à être un peu impatients envers le gouvernement. On est à veille de perdre patience. On ne veut pas brûler les ponts, on veut être de bons citoyens, mais il y a des limites», laisse-t-il tomber.

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