Aide médicale à mourir

Les évêques de la Saskatchewan publient leurs directives pastorales

Saskatoon.
Saskatoon.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-02-15 14:20 || Canada Canada

Ce n'est qu'en de très rares occasions que les personnes qui ont recours à l'aide médicale à mourir seraient privées du sacrement des malades ou encore de la célébration de leurs funérailles à l'église, édictent les évêques catholiques de la Saskatchewan.

Dans une série de trois documents sur la mort et sur les soins de fin de vie qu'ils viennent de publier, les évêques des diocèses de Regina, Saskatoon, Prince-Albert et Keewatin-Le Pas réfléchissent sur l'accompagnement des personnes en fin de vie, et notamment de celles qui souhaitent recourir à l'aide médicale à mourir.

Dans un document intitulé Aide aux personnes en fin de vie: Normes pastorales en cette ère de suicide médicalement assisté et d'euthanasie, les évêques écrivent que dans «les rares cas où quelqu’un se voit refuser l’administration d’un sacrement ou d’un rite funéraire, c’est par respect pour la décision de cette personne de rejeter en partie, et  en connaissance de cause,  la grâce de Dieu, car, en ces circonstances, le geste irait à l’encontre de l’expression de la foi de l’Église»

Ils ajoutent ensuite que «même dans ces situations, l’Église n’abandonne pas la personne pour autant.  Des rites non-sacramentels peuvent  être offerts, ainsi qu’ils le devraient, en toute révérence pour la liberté et l’intégrité. L’accompagnement pastoral doit également s’étendre généreusement à l’entourage de la personne» qui a opté pour l'aide médicale à mourir.

Divergences au sein de l'épiscopat canadien

En septembre 2016, les évêques catholique de l'Alberta ont aussi publié des normes pour leur personnel appelé à travailler auprès des malades en fin de vie. Une personne qui a recours à l'aide médicale à mourir pourrait bien ne pas avoir droit à des funérailles à l'église ou encore au sacrement des malades, avaient-ils écrit dans leur document.

La position des évêques de la Saskatchewan est différente car elle note que chaque cas est unique et que des mécanismes de consultation seront mis en place pour aider les intervenants, observe le théologien saskatchewanais Brett Salkeld.

«Cela veut dire que les sacrements et les funérailles ne seront pas automatiquement refusés et qu’un prudent discernement sera nécessaire dans chaque cas», dit ce théologien qui travaille auprès de l’archidiocèse de Regina.

«On ne peut pas dire d’avance quels seront les résultats, en pourcentages, de ce discernement. Mais c’est notre intention d’offrir le soulagement et la grâce (comfort and grace) des sacrements autant que possible», ajoute-il.

Vivre sa fin de vie

Les trois documents , rendus publics le 11 février, à l'occasion de la Journée mondiale des malades, sont signés par l'archevêque de Régina, Mgr Donald J. Bolen, l'archevêque de Keewatin-Le Pas, Mgr Murray Chatlain, l'évêque de Prince-Albert, Mgr Albert Thévenot, et l'évêque éparchial ukrainien de Saskatoon, Mgr Bryan Bayda. Pour le diocèse de Saskatoon, sans titulaire depuis la nomination de Mgr Bolen à Regina, c'est l'administrateur diocésain, l'abbé Kevin McGee, qui signe les lettres épiscopales.

Dans Vivre sa fin de vie, le premier des trois documents, les signataires estiment que «notre peur de la mort nous pousse à résister ou à ignorer ce que cette expérience humaine fondamentale pourrait avoir à nous enseigner, sur Dieu et sur nous-mêmes». Cette réaction de déni est dorénavant accentuée par «la récente légalisation de l'euthanasie et du suicide médicalement assisté au Canada». Ce nouveau contexte juridique «donne l'impression que nous pouvons contrôler les circonstances de notre mort comme nous essayons de le faire dans d'autres aspects de la vie», déplorent-ils.

«Nous nous sentons éplorés chaque fois qu'une personne cherche à mettre fin à sa propre vie. Notre appel ici et maintenant est d'offrir une solide formation sur la vie et la mort d'un point de vue chrétien, afin que nous puissions témoigner au monde qu'il existe une alternative à l'euthanasie», écrivent les évêques de la Saskatchewan dans ce document destiné aux catholiques.

«Vivre la mort est à la fois notre responsabilité finale et le dernier cadeau que nous pouvons faire de notre vie. C'est un acte que nous devons éprouver et endurer, un acte formateur et une offrande ultime à Dieu», écrivent-ils.

Les évêques reconnaissent qu'aujourd'hui, «face à la violence, la douleur incessante, l'absence de pardon, le manque d'accès aux soutiens nécessaires, la peur et autres situations possibles, la tâche de mourir peut sembler complètement écrasante». Pourtant, «vivre l'approche de la mort nous appelle à cheminer dans trois domaines clés de l'œuvre spirituelle: le pardon, l'amour et l'abandon».

Directives

Les Normes pastorales, publiées dans le troisième document épiscopal, ont été acheminées aux prêtres, aux diacres ainsi qu'aux personnes laïques qui accompagnent des malades en fin de vie. Dans les hôpitaux où ces intervenants travaillent, il n'est plus rare qu'ils aient à accompagner des gens qui s'interrogent sur le sens de leurs souffrances et sur les options de fin de vie qui leur sont offertes.

«Quand des gens réfléchissent à des choix que nous désapprouvons, on peut les accompagner dans leur discernement, en leur proposant, respecteusement et sans pression, une autre manière de voir», écrivent les évêques de la Saskatchewan.

«Vous êtes en première ligne  de l'engagement pastoral de l'Église» et vous serez, de plus en plus, «appelés à réagir à des situations complexes», disent-ils aux intervenants spirituels dans les centre hospitaliers.

Les évêques donnent donc à ces agents de pastorale le conseil suivant. «Nous vous demandons de ne pas prendre des décisions sans consulter des experts en théologie, en éthique, en pastorale et en droit canonique. Ils pourront vous aider à prendre des décisions qui respecteront votre conscience ainsi que la sagesse de l'Église.»

 

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