COVID-19

Les intervenants en soins spirituels, rouage délicat pendant la pandémie

La mission des intervenants en soins spirituels prend une importance accrue en ce temps de pandémie.
La mission des intervenants en soins spirituels prend une importance accrue en ce temps de pandémie.   (Pixabay)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2020-04-14 18:57 || Québec Québec

La mission des intervenants en soins spirituels prend une importance accrue en ce temps de pandémie.

L’abbé Jean-Pierre Kumpel est sur un pied de guerre depuis l’apparition du nouveau coronavirus au Québec. Intervenant en soins spirituels dans un CHSLD de l’est de Montréal aux prises avec des cas de COVID-19, il doit poursuivre sa mission dans un contexte inédit.

«Les résidents qui sont atteints par la COVID-19 vivent beaucoup de craintes. Ils ont énormément de questions. Ils sont isolés », explique-t-il.

Les intervenants veulent les épauler, mais doivent eux aussi composer avec leurs craintes.

«Nous avons peur nous-mêmes. Nous devons prendre toutes les précautions nécessaires. Cela nous met dans des conditions de travail très compliquées.»

C’est le cas avec le sacrement des malades, qui requiert un contact physique avec la personne. «Cela devient compliqué maintenant, dit-il. Vous comprendrez que la situation est vraiment difficile.»

L’abbé doit aussi intervenir auprès des résidents qui ne sont pas atteints, mais qui éprouvent beaucoup d’angoisses. «Ils sont anxieux. Ils veulent être rassurés. Nous tentons de les rassurer, de les apaiser tout en étant réalistes.»

Le personnel du CHSLD est aussi aux prises avec les mêmes peurs et les mêmes angoisses que les résidents.

«Du côté des employés, ils sont comme désemparés. Il y a des employés qui viennent me voir. Il y en a qui se sentent très très inconfortables. Ils veulent bien prendre des distances, mais il y a des obligations. Ce sont des situations très paradoxales. C’est une pression de plus qu’ils doivent vivre.»

Il remarque cependant l’existence d’une grande solidarité entre les employés, soucieux de prendre soin les uns des autres.

D’un point de vue de l’accompagnement spirituel, l’abbé Kumpel fait remarquer «qu’il y a des situations qui ne demandent pas trop de paroles. Cela relève plus de l’accompagnement silencieux. Parfois même, les mots de foi sont difficiles à trouver. Toutefois, j’essaye d’être présent, de faire un bout de chemin avec eux.»

Une exigence qui s’étend d’ailleurs aux préoccupations des familles des résidents.

«En entrant au bureau ce matin, j’avais devant moi des messages, des messages et des messages en provenance de familles! Il me faut les rappeler, les ramener dans la confiance. Leur dire que la situation est grave, mais qu’ils doivent garder espoir. Il faut leur faire comprendre que malgré tout, ce n’est pas la fin non plus. Devant les extrêmes, il me faut trouver un point de modération.»

Même si l’abbé Kumpel est conscient que son rôle est important, il vit ce drame en communion avec le personnel et les résidents du CHSLD.

«Nous sommes tous dans le même bateau!»

Faire face à l’inédit

De son côté, l’Association des intervenants et intervenantes en soins spirituels du Québec (AIISSQ) a mis sur pied un service d’écoute pour tous ses membres qui travaillent actuellement dans le milieu de la santé.

Nancy Johnson, membre du conseil d’administration de l’AIISSQ, se réjouit de cette initiative.

«Oui, nous sommes habitués à prendre soin de nous spirituellement et psychologiquement. Cependant en temps de crise, le niveau d’anxiété monte. Qui plus est, nous devons être calmes devant les patients, le personnel, les familles. Nous ne devons pas transmettre nos craintes, nos peurs», explique-t-elle.

«Nous créons des espaces sacrés pour vivre les émotions. Alors, si nous sommes submergés par nos craintes, nous ne pouvons pas faire correctement notre travail. Cela est encore plus vrai si dans un milieu nous ne sommes pas reconnus comme membres du personnel essentiel», poursuit Nancy Johnson.

Pour sa part, Pierre-Alexandre Richard, président de l’AISSQ et intervenant en soins spirituels, croit que même si l’ensemble de ses collègues s’en sort assez bien dans les circonstances, ils ont néanmoins besoin de soutien.

«Nous vivons quelque chose d’assez exceptionnel. Il y a beaucoup de stress, d’angoisse. Il y a beaucoup d’inconnus. En même temps, nous ne sommes pas trop déstabilisés, car nous sommes habitués à faire face à l’inconnu, pour le moins à accompagner l’inconnu. Nous sommes capables de faire face à la mort. Cependant, nous ne sommes pas des superhéros. De plus, nous ne sommes pas très nombreux. Nous ne pouvons pas accompagner toutes les personnes.»

Sans emploi à l’heure actuelle, Nancy Johnson profite de l’occasion pour arpenter Internet et les réseaux sociaux afin de trouver les meilleures pratiques de la profession en vigueur durant la pandémie, particulièrement aux États-Unis.

«Je sais qu’aux États-Unis ceux qui sont sur la ligne de front offrent du soutien psychologique et spirituel aux patients. Ils participent également à la réflexion éthique lorsque vient le temps de choisir qui recevra des soins appropriés et qui ne les recevra pas. C’est horrible, vous savez!»

Nancy Johnson lance un appel aux gestionnaires des hôpitaux et des CHSLD du Québec.

«Ne nous employez pas pour faire du ménage! S’il le faut vraiment, nous allons le faire! C’est important! Cependant avec toute notre formation universitaire, notre habilité dans la relation d’aide, nous sommes en mesure d’accompagner les malades et les membres du personnel. Je sais que dans certains endroits, les intervenants en soins spirituels sont inclus dans le personnel soignant. Malheureusement, notre histoire au Québec nous empêche encore de donner notre plein potentiel!»

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